26 août 2009
"True Blood" (saison 1) - Alan Ball °
Comme je l'ai dit ailleurs, dans mon article sur "Six Feet Under", je ne suis pas une grosse fan de séries, j'en regarde même assez peu. Mais, comme je l'ai dit ailleurs aussi, je ne pouvais passer à côté de la dernière création d'Alan Ball (qui a, justement, créé 'Six Feet Under').
Première difficulté, hélas : il aborde un domaine (les contes vampiriques) qui n'est pas du tout mon truc. Bien sûr, comme tout le monde, j'ai vu des films avec des vampires, lu des livres, mais je n'ai pas d'affection particulière pour cette mythologie. Si j'ai pu apprécier à une époque une série comme 'Buffy' (quoique je ne l'ai pas vue en entier, et l'ai abandonnée quand il a été clair que les auteurs jouaient inutilement les prolongations), c'est en grande partie (pour ne pas dire : uniquement) parce qu'elle faisait appel à d'autres ressorts narratifs. C'est évidemment beaucoup moins le cas de 'True Blood'.
Pourtant, dans les premières minutes, je fus agréablement surprise : dans cet univers les vampires, bien aidés par l'invention d'une boisson à base de sang synthétique, essaient de s'intégrer parmi les hommes (en l'occurrence : une petite communauté de Louisiane). L'idée est originale, l'allégorie séduisante et, dans les premiers épisodes, plutôt bien menée. Malheureusement, cela tourne court. Je ne connais pas les livres dont la série est adaptée, je ne suis donc pas en mesure de dire de quoi il retourne. Ce qui est certain c'est que le virage guimauve, que la série prend au bout de quelques épisodes, m'a assommée. En dehors du fait que le truc de la jeune blonde amoureuse du vampire ténébreux, on l'a vu mille fois, cette "revisitation" de la figure du couple maudit n'apporte rien de nouveau, mis à part quelques scènes de sexe racoleuses que l'on ne risque pas, c'est certain, de croiser dans le très chaste univers de 'Twilight'. Et alors qu'on aurait pu espérer que la romance devienne une intrigue secondaire, il n'est rapidement plus question que des "coucheries" des uns et autres, ce dont, personnellement, je me fous éperdument. Quant aux dialogues, personnages, ambiances...C'est vraiment très faible, à côté de 'Six Feet Under' bien sûr, mais à côté aussi de la plupart des séries que j'aie pu voir dans ma vie...Tout y est tellement caricatural ! Les caractères sont si grossiers, les situations si téléphonées...
"Quel est le projet poursuivi par Alan Ball ?" me suis-je demandée, une fois arrivée (péniblement) à la fin. La reconversion en machine à fric, après, il est vrai, plusieurs projets (dont un film) ignorés par le public ? Parce que c'est lui, j'avoue que je me pose plein de questions qui ne me seraient pas venues à l'esprit, sinon. Il faut me comprendre : pour n'importe quel fan de 'Six Feet Under', digne de ce nom, la première saison de 'True Blood' ressemble à un gag. Une blague pas drôle, un pied-de-nez raté, un exercice de style façon "voyons comment on pourrait faire le truc plus vulgaire et racoleur possible"...Le pire est que cela ait, déjà, à l'heure actuelle, dix fois plus de succès que le chef-d'œuvre qu'était 'Six Feet Under' n'en a jamais eu. Mais il est vrai que l'autre série d'Alan Ball était sans doute trop subtile, intelligente, écrite, pour vendre du merchandising et appâter les ados...Et ceci n'est pas une vanne facile : quand on pense que les producteurs songent à sortir la boisson 'tru blood' pour de vrai, tout n'est-il pas dit, à propos de cette série ?
02 août 2009
"Harry Potter et le Prince de sang-mêlé" - David Yates °
Ceci n'est pas un billet, c'est une demande (une supplique !) publique de moratoire. Il faut immédiatement arrêter le massacre, prendre le temps de réfléchir, de se recentrer. Il faut mettre un terme à ces adaptations d'Harry Potter, ce n'est plus possible, c'est un supplice pour tout le monde, pour les fans, les pas fans, les acteurs, et même pour Tim Burton (qui n'a, certes, rien à y voir, c'est tout le problème).
Mais récapitulons : Harry Potter est une série de livres, que vous connaissez peut-être...d'accord : Harry Potter est le plus grand succès littéraire des quinze dernières années. C'est bien cela qui nous mets dedans, si vous me passez l'expression. Parce que le Seigneur des anneux (par exemple) avait eu du succès, mais tout le monde, et par tout le monde j'entends : tout le monde, public, critiques, fans, artistes s'en inspirant...tout le monde avait eu le temps de le digérer. On appelle cela : le recul, et il paraît que parfois, cela peut s'avérer bien utile. Harry Potter, déjà, en a eu bien plus de succès (il s'est plus vendu, en moins de temps), chanceux qu'il fut de naître à la belle époque du marketing. Ce qui n'en fait pas un vulgaire produit : contrairement à ce que pensent beaucoup de gens ne l'ayant pas lu, par lassitude du battage, Harry Potter est une saga vraiment intéressante, inventive, souvent merveilleuse (dans tous les sens du terme). Les personnages sont bien plus complexes que dans le premier best-seller venu, et si la trame générale manque des fois un peu de liant, elle demeure palpitante.
Le problème, c'est que les films qui en sont adaptés, eux, n'ont pas cette dimension artistique servant de "plus-value". D'une part, parce que les réalisateurs changent tout le temps, ce qui n'est pas très pratique pour établir une "cohérence stylistique". Et, d'autre part, parce que depuis les premiers volets, la série filmique bat tous les records. Du coup, réaliser un Harry Potter, ce n'est pas réaliser n'importe quel film, c'est réaliser un mega blockbuster de commande, mais en pire, il faut non seulement tenir compte des désirs de Warner Bros, mais aussi de ceux de JK Rowling, de ceux des acteurs, de ceux des scénaristes, de ceux des fans...Alfonso Cuarón en sait quelque chose, le pauvre en a pris plein la figure, avant, pendant, et après l'épisode 3, qui illustre bien tous les symptômes : un film bancal, écartelé entre l'envie de faire quelque chose de beau et d'original, et l'obligation de remplir trois cahiers des charges. Je vous le dis : réaliser Harry Potter, ce n'est pas une vie, c'est un sacerdoce.
Recruté depuis un épisode 5 déjà bien mauvais, David Yates n'a pas tous ces problèmes : d'exigence artistique, il n'a aucune (c'est même probablement pour cela qu'il a été choisi). On lui demande juste d'adapter du mieux possible les romans, de doser romance, scènes héroïques, et mythologie de la saga. Pour "Harry Potter et l'Ordre du Phénix", il a reçu un sucre et un bon point, personne ne sait trop pourquoi, puisqu'à part quelques groupies personne n'a aimé ce film. Pour "Harry Potter et le Prince de sang-mêlé", il aspire désormais à trois bons points et une image, et vu le nombre d'entrées, c'est un objectif raisonnable. Mais, là aussi, on ne sait pas trop comment c'est possible que tout le monde y aille (gloire à toi ! marketing !), parce que cet épisode 6 est, de loin, le plus nul de tous, d'une nullité affolante, d'une nullité provocant le rire nerveux de la moitié de la salle (je n'exagère pas). Ce n'est même pas un nanard, ce serait lui faire trop d'honneur ! C'est un très mauvais film, qui ruine le livre (mais cela, à la rigueur, c'est la tradition), est monté n'importe comment, dont les acteurs sont complètement en roue-libre (avec Dumbledore et Slughorn en plein concours de cabotinnage). Plus de deux heures complètement dépourvues d'intensité (alors que le livre, je le précise, est ténébreux et oppressant à souhaits), de nuances, d'intrigue. Qu'on n'y cherche pas le moindre parti-pris (comme c'était encore le cas dans les quatre premiers films), il n'y en a pas plus que d'idées.
J'en suis sortie stupéfaite, surtout à cause des raccords pourris entre les scènes, et de la réalisation indigne d'un téléfilm. Ce film, paresseux et bâclé, transpire le mépris du spectateur (et de l'œuvre dont il s'inspire, et à laquelle il doit tout), le cynisme marchand, et pour avoir vu beaucoup de blockbusters, c'est pourtant la première fois que je ressens cela de manière si "viscérale".
26 juillet 2009
"Watchmen" - Zack Snyder °
"Mais qu'est-ce que je fais ici ?", me suis-je demandé quelques minutes après que les lumières de la petite salle près de chez moi, qui reprojetait ce film que j'avais manqué à sa sortie, se sont éteintes. "Mais qu'est-ce que je fais ici, et qu'est-ce que c'est que ce truc ?" Une seconde, j'ai hésité à me pencher vers mon voisin (un ami obsédé par les comics, je sais : j'ai de drôles d'amis), pour lui demander de m'expliquer ce que j'étais en train de regarder ; comme il avait l'air très absorbé par ce qu'il voyait, je n'ai pas osé le déranger, et j'ai repris une pincée de pop-corn, même si j'avais juré que les sucreries et moi, c'était fini. Pour sûr, il n'y a pas des masses de sucrerie dans "Watchmen", on ne peut pas reprocher au réalisateur (un certain Zack Snyder, qui avait fait un remake plutôt sympathique de "Zombie", de Roméro) d'avoir rendu "fréquentable" le bouquin d'origine. Il l'a même plutôt corsé, du moins en ce qui concerne la "narration" (pas sûre que le mot soit bien choisi, tellement c'est confus).
Parce que je l'avais lu, le roman graphique d'Alan Moore et Dave Gibbons. Mais il y a très longtemps, et avant d'y aller, mon ami avait oublié de me prévenir que c'était : révision obligatoire. En fouinant dans les critiques spectateurs, je suis d'ailleurs tombée sur un message d'un internaute disant que quelqu'un n'ayant pas lu le livre, ou l'ayant oublié, aurait l'impression d'avoir manqué la première demi-heure du film. C'est exactement ce que j'ai ressenti. L'impression d'être inondée d'images surpuissantes, de couleurs, de sons, que je n'arrivais pas à relier à une histoire, qui m'échappait tout le temps.
L'ironie du sort, c'est qu'à côté de cela, je n'ai rien retrouvé de ce dont je me souvenais du livre. Cette profondeur, incroyable pour une histoire de superhéros, avait marqué ma mémoire, or, là, j'ai surtout eu l'impression de regarder un "film pop-corn" (ça tombait bien !), qu'on aurait camouflé sous une esthétique "arty" un peu malhonnête, et fait jouer par des acteurs encore plus mauvais que ceux de la série "Heroes" (ce qui n'est pas rien). Bref, à la question : "Mais qu'est-ce que je fais ici ?", je n'ai jamais trouvé de réponse (mais le pop-corn était très bon !)
06 septembre 2008
"Blaze" - Stephen King °
Chaque nouvelle publication de Stephen King m'emplit de joie. Bien sûr, l'excellence n'est pas toujours au rendez-vous ; mais c'est presque toujours l'assurance d'un moment de plaisir rare, d'une lecture prenante, qu'on aurait du mal à lâcher avant la fin. Même les moins bons restent au-dessus de la moyenne, le problème de Stephen King n'étant pas la qualité, mais plutôt : l' "hétéroclicité".
Oui... Mais là, cette fois, non. Je ne tournerai pas autour du pot longtemps : "Blaze" est sans doute le "truc" le plus mauvais que Stephen King ait publié à ce jour (j'ai lu la plupart, je parle donc en connaissance de cause). Un impossible navet, que j'imagine écrit à la va-vite pour honorer un quelconque contrat, qui pompe "Des souris et des hommes", et met un terme définitif à la réputation de "modestie" du grand écrivain. On a, en effet, du mal à croire que quelqu'un de "modeste", d' "humble", ait l'idée saugrenue d'offrir une lecture personnelle (terriblement plate) du grand chef-d'œuvre de John Steinbeck. Ou comment un colosse débile kidnappe un bébé, afin de toucher l'argent de la rançon, suivant une idée de feu son complice (évidemment très intelligent, pour sa part). Sans surprise, on verra Blaze apprendre au contact de ce petit être fragile, révéler sa vraie nature, le tout au terme d'un livre se réclamant de Jim Thompson, mais croulant sous un moralisme typiquement américain, auquel Stephen King ne nous avait pas habitué. Comment peut-on oser publier un tel torchon, moins d'un an après la magnifique "Histoire de Lisey" ? Un jour, peut-être, nous comprendrons la raison de cette graphomanie (probablement pathologique, Stephen King est un des seuls écrivains de l'univers, à ne pas avoir besoin d'argent).
En attendant, mieux vaut éviter d'écorner le mythe, et oublier "Blaze" !
Voir aussi, du même auteur :
(à lire également, l'avis d'Ananke, chez les Chats de Bibliothèque(s))
06 août 2008
"Les tribulations d'un chinois en Chine" - Jules Verne °
"Les tribulations d'un chinois en Chine" est un des tous premiers livres que j'ai lus, si j'ai bonne mémoire. Jules Verne, c'était Jules Verne : il plaisait aux petits et aux grands ; nos parents nous en faisaient une lecture chaque soir. C'était assez génial, enfin : ce sont des souvenirs d'enfance.
Pourtant, en relisant ce livre une fois adulte, je ne le trouve vraiment pas terrible. On y fait la connaissance de Kin-Fo, riche chinois blasé ayant perdu la valeur des sentiments, alors qu'il acquiérait celle de l'argent. Lorsqu'il se retrouve (plus ou moins) accidentellement ruiné, il décide d'en finir avec la vie pour épargner l'humiliation à sa fiancée... Et, juste à ce moment là, il se rend compte que même la mort ne lui procure aucune émotion. Il décide donc de vivre un peu avant de mourir...
Ce rapide résumé suffit à expliquer ce qui m'a agacée dans cette relecture : j'en gardais le souvenir d'un livre rigolo et picaresque, et je me suis retrouvée à lire un roman moralisateur au possible, ni très original ni très bien écrit. Au point que, franchement, je ne sais pas trop quoi ajouter à ces quelques lignes laconiques...
Certains livres de Jules Verne ont résisté à l'épreuve du temps, et sont certainement immortels ; pas celui-ci, loin de là.
04 août 2008
"Romance at short notice" - Dirty Pretty Things °
Il y a deux ans, les Dirty Pretty Things avaient créé la surprise avec Waterloo to anywhere, album punk et nerveux, qui s'est depuis installé confortablement dans ma discothèque. Alors que personne ne les attendait, les ex-Libertines Carl Barât, Gary Powell et Anthony Rossomando, avaient, contre toute attente, mis Doherty et ses Babyshambles à l'amende, offrant un premier opus puissant et racé.
Dire qu'il n'en va pas de même pour Romance at short notice, voici un doux euphémisme. Passé un single plaisant ("Tired of England", qui refait le coup des cuivres à la "Bang bang, you're dead !", sur l'album d'avant), le seul mot qui vient à l'esprit pour qualifier ce nouvel album est : "insignifiant". Alors que la presse anglaise annonçait un grand disque de la maturité, et qu'à la lumière de Waterloo to anywhere, nous étions prêts à y croire, voici un disque emmerdant au possible. Pas toujours désagréable à écouter (en musique de fond), mais dépourvu de la moindre chanson qui accrocherait ("Chinese dogs" mise à part... Qui n'est qu'une vieille face-B de "Gin and Milk" !), essentiellement composé de mid-tempos ennuyeuses. Le seul bon côté des choses, c'est que les Libertines semblent très loin, et que Carl Barât semble, enfin, s'être émancipé de son glorieux passé. A quel prix ? Il est certain que désormais, comparer cette pop fadasse, à Babyshambles, ce serait d'une rare cruauté : si les albums de Pete Doherty sont loin d'être parfaits, ils ont au moins le mérite de l'authenticité, de la sueur, du rock'n'roll. Ils contiennent toujours, de plus, une moitié de très bon titres (même un peu plus, en ce qui concerne le récent Shotter's nation).
On est loin de cela ici, où la mollesse l'emporte de très loin (Gary Powell, d'ailleurs, semble complètement absent du disque ; avoir en son sein le meilleur batteur de sa génération, et ne pas l'utiliser, c'est une honte) : le balourd "Hippy's son" (qui sonne comme la pire période des Who), la ballade soporifique "The North", le pompeux "Buzzard and crows"... Difficile de gober qu'il s'agit du même groupe qui, il y a deux ans, publiait, avec "Deadwood" ou "Doctors and dealers", quelques unes des meilleures compositions punk des dernières années...
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Tired of England")
03 août 2008
"Le Complexe de Di" - Dai Sijie °
Ce qu'il y a d'étrange, et même parfois ennuyeux, dans l'oeuvre de Dai Sijie, c'est qu'elle ne peut être séparée de sa nationalité (chinoise) et de son "contexte socio-politique". C'est frappant dans "Le Complexe de Di", dans lequel l'auteur joue avec un grand interdit de la société chinoise : la psychanalyse. Ce sujet, particulièrement subversif en Chine, a fait l'objet d'au moins cent romans, rien que pour la France de ces dix dernières années. Comment Sijie peut-il, dès lors, l'aborder de manière originale, tout le moins sous l'oeil déjà bien éprouvé du "lecteur occidental de base" ?
Son roman commence comme un conte, celui de Muo, chargé, pour sauver sa propre vie, de ramener une vierge au terrible Juge Di. Ces premières pages sont légères, plutôt drôles et intemporelles. J'ai cru que l'auteur allait réussir à écrire un livre à multiples entrées, mais non : très rapidement, l'histoire devient convenue. C'était une bonne idée d'écrire le roman sur le mode du conte. Mais c'est un conte en fait très prévisible et attendu, avec peu de fantaisie (à part l'Embaumeuse).
Dai Sijie a des choses à dire, le problème c'est qu'il n'est pas un écrivain exceptionnel. Au niveau de l'écriture, il me fait plus penser à Alexandre Jardin qu'à Voltaire. Je n'ai rien contre Jardin : son écriture correspond très bien avec le genre de livres qu'il écrit. Celle de Dai Sijie ne correspond pas du tout au genre du conte philosophique, j'ai eu l'impression qu'il avait eu les yeux plus gros que le ventre. C'est même pire : en lisant ce roman, j'ai eu la certitude que si un français ou un anglais avait écrit le même livre, personne n'y aurait accordé d'intérêt. Et je trouve qu'encenser un écrivain juste correct, juste parce qu'il est chinois, et que c'est très bien et très courageux d'écrire ce qu'il écrit quand on est chinois, c'est terriblement condescendant et même un peu méprisant. Tout ceci est bien dommage, car j'avais beaucoup aimé "Balzac et la petite tailleuse chinoise", petit livre adorable et sans prétention, ce qui n'est pas du tout le cas de celui-ci.
25 juin 2008
"Ace Of Spades" - Mötörhead °
A l'occasion du Top Of The Flops Of The Pops Of The Blogs, organisé tout l'été par Thom "j'ai cinq idées par minute" du Golb, j'aurais pu prendre n'importe quel disque de metal, ou de hard-rock, sous-genres musicaux (qui prétendent honteusement être des genres à part entière !) qui cristallisent à peu près tout ce que je déteste musicalement, artistiquement, socialement, philosophiquement, humainement, vestimentairement. Mais Mötörhead s'est imposé tout seul. Pourquoi ? Parce que Mötörhead, tout le monde aime. C'est quand même étonnant, une énigme digne de la construction des pyramides, qui à mon avis ne peut trouver sa solution que dans l'hypocrisie d'une grande part du public rock.
C'est vrai que Mötörhead ne véhicule pas tous les clichés du heavy-metal, juste quelques uns : vulgarité, saleté, méchanceté, look "biker" ridicule (qui donne son titre à cet album), et beuglements de phoque en rut. Ce minimum syndical devrait pourtant suffire, normalement, à faire fuir n'importe qui de normal. Mais non : là où tout le monde est d'accord pour moquer Iron Maiden, Metallica et tous leurs clowns, les gens de la scène "rock généraliste" vouent un culte malsain à Mötörhead, seul groupe de metal (avec Slayer) à bénéficier d'une crédibilité en dehors d'un ghetto dont il n'aurait jamais dû sortir. Privilège des grands anciens, sans doute (Lemmy Kilmister fit partie, brièvement, d'Hawkind : un des fondanteurs du genre). Quand même : l'écoute d'Ace Of Spades, considéré par les motards et les sourds comme un chef d'œuvre, est angoissante. La voix, déjà, est insupportable. Lemmy braille, grogne, éructe, le plus souvent des conneries, pleines de références sexuelles sordides. On a du mal à croire que ce type, déjà particulièrement hideux physiquement, ait pu avoir des groupies, en chantant un truc comme "Dirty Love" (un résumé de sa carrière, musicalement, et textuellement). Au moins cette chanson, là, veut-elle dire quelque chose. "Love me like a reptile", beaucoup cherchent encore à comprendre, ceci dit sans vouloir moquer les préférences sexuelles du Monsieur.
Toujours est-il que, ne soyons pas chiens, on comprend bien, à l'écoute, pourquoi les ados pré-pubères aiment Mötörhead : Lemmy a quatorze ans depuis les années 60. Le gros riff du sarkosyste "Live to win" a de quoi séduire un garçon débordant d'hormones. Celui de "Fire, fire" aussi (non, ce n'est pas le même, enfin : je ne crois pas). Ace Of Spades est même un disque amusant, parfois, au second degré. Comme une soirée "Secret Story" entre copines, ou d'aller en boite pour danser sur "Papillon de nuit". De là à oser écrire : "le boucan de Mötörhead se ressent plus qu'il ne s'explique" ; ou encore : "une rage, une énergie, et une intensité électrique exceptionnelles"... Ecoutons "Ace Of Spades" ensemble, et jugeons sur pièces ces extraits d'articles de bloggueurs réputés (dont nous tairons les noms, par respect pour leurs familles). Ne vous font-ils pas penser à deux journalistes du Nouvel Observateur se sentant obligés d'écrire sur une finale de coupe d'Europe, à grand renfort de métaphores homériques, et de références platoniciennes ?
Alors donc, non, la crédibilité de Mötörhead n'est pas compréhensible. Ni excusable ! On peut se demander combien des amateurs de rock, ou de pop, qui célèbrent Lemmy Kilmister, l'écoutent régulièrement ? Aucun, probablement. Citer Mötörhead, cela fait toujours bien, cela fait fils de bonne famille qui s'encanaille, fille qui n'est pas fermée au hard, la preuve : elle adore Mötörhead... Ce groupe dont elle possède un CD-R piqué à son mec, et encore : il est possible qu'elle l'ait récupéré par hasard, parce qu'il avait été rangé, par inadvertance, dans la boite du best of de Tori Amos. Quand on prend la peine de l'écouter, on le voit bien, que Mötörhead c'est moche, de la musique pour routiers qui ne se lavent jamais, pour motards, pour maçons. Du Johnny revisité par Gibson et Heineken ! De l'affreux, sale et méchant... La définition du rock'n'roll, selon certains. Quand on pense à l'élégance des Rolling Stones, à la classe naturelle de Jimmy Page... Vous avouerez que cela laisse quand même songeur ! Mais bon, il est de bon ton de louer l'intégrité de Lemmy, qui n'a pas pris de douche depuis dix ans, et est toujours aussi con et crasseux qu'en 1980. Un jour, il faudra que quelqu'un m'explique en quoi ne pas évoluer, c'est être intègre... Moi, je n'ai pas changé de coiffure depuis des années. Je trouve qu'on sous-estime beaucoup mon intégrité !
17 avril 2008
"Elle s'appelait Sarah" - Tatiana de Rosnay °
Je ne suis pas une midinette. Je n'ai même pas de cœur. Cela rassurera mes amis, qui se moquent tout le temps de mon côté "fleur bleue". Hélas, la seule chose que j'ai ressenti en lisant ce livre, c'est de l'affliction.
Tatiana de Rosnay raconte, en alternance, l'histoire de Julia, journaliste américaine enquêtant sur la rafle du Vel' d'Hiv', et celle de Sarah, petite fille qui en a été la victime. Le roman saute donc sans arrêt de 1942 à nos jours, et inversement, étalant des thématiques très larges, et à mon avis, un peu trop. C'est en fait le même parti-pris que dans "Windows on the world", de Beigbeder (je m'étonne de n'avoir lu aucun commentaire, parmi les deux cents sur le Net, le soulignant). Ce qui était agaçant, lourd chez l'un, ne l'est pas moins chez l'autre.
Julia l'américaine se bat pour le Devoir de Mémoire, c'est très joli, mais ce n'est pas suffisant, je crois, pour écrire un roman ! Sans s'attarder sur le fait que se battre, de nos jours, pour la reconnaissance de faits figurant depuis trente ans dans tous les manuels d'histoire, connus et reconnus de tous depuis le procès Papon (1997, et 1995 pour le discours de Jacques Chirac), relève plus de la bonne conscience contemporaine que du noble combat des Klarsfeld (on se demande même un peu contre quoi elle se bat, la fille, sinon contre son propre nombrilisme)...Sans s'attarder là-dessus, côté Sarah, tout n'est qu'une succession de clichés, sur l'occupation, sur la guerre, sur le nazisme, même sur les juifs...Rien que des choses racontées mieux ailleurs. Qu'on lise Levi (Primo, pas Marc), Appelfeld, ou même Vittori. On aura là des livres intelligents sur ces questions, ni plus ni moins "populaires" que cette soupe, faisant dans la simplification permanente. J'ai failli arrêter plus d'une fois, tant cela m'était insupportable. L'histoire de Sarah n'est pas bouleversante, elle est surtout gnangnan et manichéenne. L'auteur s'attaquerait à la collaboration ? Pas du tout : elle raconte l'histoire des gentils en danger à cause des méchants. Je vous renvoie au superbe livre de Gilles Perrault, "L'orchestre rouge", pour en apprendre un peu sur l'occupation, la collaboration, la Résistance, ou la déportation des juifs. Dans "Elle s'appelait Sarah", on n'apprend rien de plus que dans un manuel de troisième, aucune documentation, le comble, quand l'autre héroïne du roman est une journaliste ! Et je ne parlerai même pas de l'écriture, insipide, mettons cela sur le compte de la traduction, histoire de ne fâcher personne.
Je pense que je n'ai pas besoin de faire plus pour que vous compreniez mon avis. Il n'y a rien d'émouvant, encore moins de "noble", dans cette mélasse compassionnelle, surfant sur le Devoir de Mémoire, comme on surfe sur une mode quelconque ("pour ne pas l'oublier", inscrit sur la couverture, l'accroche promotionnelle ne se cache même pas). "Elle s'appelait Sarah", en choisissant de suivre une petite fille toute mimi, et en prenant le parti de ne raconter l'histoire que sur le mode purement émotionnel, est dans la droite ligne des idées récentes de notre Président, et en conséquence, il provoque autant mon indignation. En tant que lectrice, en tant qu'enseignante (enseignant justement cette mémoire), et en tant que juive. Bien sûr, ce noble combat n'appartient pas qu'à moi. Que l'auteur ait voulu publier ce livre hors les frontières, pour qu'on s'en rappelle au-delà de la France, pourquoi pas ? Ici, désolée, je crois qu'il y a assez de livres, de romans, de films, de documentaires, sur cette question, pour qu'on se passe de l'aide intéressée de Tatiana de Rosnay.
13 avril 2008
"Les enfants du plastique" - Thomas Clément °
Juste avant de partir en vacances, je regardais le documentaire que Jimmy consacrait à Thierry Ardisson, animateur que j'aime bien, comme beaucoup de gens, surtout parmi les amateurs de rock. Justement, Ardisson disait à un moment avoir voulu produire "des émissions rock", plutôt que "des émissions sur le rock". L'idée se tient, et elle est louable. Problème : je peux me tromper, mais à mon avis, si la musique rock sans l'état d'esprit n'est rien, l'état d'esprit sans la musique rock n'est pas grand chose, non plus. Or, il suffit de regarder une émission d'Ardisson cinq minutes, pour voir que sa culture en la matière est plutôt limitée, finalement très consensuelle, mercantile, et démago. Parce que c'est compliqué, son idée : il ne suffit pas de connaitre les Stooges pour être rock. Ce serait trop facile. Il faut encore les comprendre.
Aussi me suis-je demandée ce que Thom, avait fumé le jour où il a qualifié "Les enfants du plastique" de "livre rock" (appellation que, de toute façon, j'ai toujours trouvée idiote). J'ai trouvé qu'on était, ici, dans la droite ligne de la "culture rock à la Ardisson". Une bonne base, très loin de la mienne, qui est sans doute plus populaire, pour ne pas dire : prolétaire. Ce n'est de toute façon pas le même rapport. "Manque de Clash", concluait Lhisbei. Je suis d'accord, au moins là-dessus : le rock de ce livre, au titre pourtant guerrier, c'est du rock bon teint qui n'effraierait même pas ma grand mère. Dans cette histoire, l'auteur confronte un patron de multinationale du disque au fantôme de son passé grunge, de sa rock'n'roll attitude enfouie. L'idée est séduisante, mais elle est très mal exploitée, car elle repose sur une définition de la rock'n'roll attitude que le livre n'illustre jamais : adolescence éternelle, ode à la liberté, rage against le système. C'est respectable, mais quand on construit son livre comme une succession de slogans publicitaires, et qu'on a un style plus proche de Beigbeder, que de Lester Bangs...Cela fait un peu décalé. S'il suffisait d'avoir les bonnes références musicales pour être rock, Ardisson le serait, mais Dominique de Villepin aussi ; et Lemmy, de Mötörhead, qui avoue ne quasiment jamais écouter de rock, ne le serait pas. Mais Lenny Kratvitz, oui. Etc.
C'est pourquoi, quand par moment il y a un côté "nampe-dropping rock'n'rollement correct" (surtout au début), j'ai juste eu l'impression que l'auteur essayait de draguer la critique littéraire de Rock&Folk. Je ne sais pas si cela a marché. J'en doute, car il manque beaucoup de choses à ce livre, pour qu'il soit rock : la poésie, le romantisme, le côté "écorché vif ", de cet esprit. Le rock y donne le sentiment d'une caution que le livre, s'il racontait les déboires d'un ex joueur de mambo, n'aurait pas. Parce que j'ai trouvé que, si on enlevait le rock, il ne restait rien du livre. L'écriture est fade, le livre est mal rythmé, il n'y a pas vraiment de construction, il n'y a qu'un seul personnage pourvu d'un caractère (complètement cliché, hélas)...Juste de la formule facile, beaucoup d'esbroufe...Un très joli titre, il faut le dire, qui m'a fait envie pendant longtemps ! Un super slogan, une belle couverture pour emballer, qui donnent envie d'acheter le produit. Le teaser, c'est un peu l'inverse du rock. Le plus drôle (ou triste) c'est que la morale de l'histoire, c'est que le rock ne meurt jamais, mais que ce livre prouve le contraire.
Une critique beaucoup plus longue que d'habitude, mais je n'étais pas satisfaite de mon premier crossover, par rapport à ceux, si excellents, des autres ; je voulais aussi être précise, pour ne pas me fâcher avec mes deux copains qui ont consommé "Les enfants du plastique"...oups : "aimé", je veux dire !!
