15 septembre 2009
"Hours" - David Bowie *
Des fois, quand vous blogguez (je ne saurais jamais écrire ce mot), il se passe des choses étranges. J'étais partie pour écrire une chronique très positive de l'album Hours, qui m'a été attribué par un hasard nommé Xavier, dans le cadre du David Bowie Blog Tour. Moi, consciencieuse, je ressors l'album des cartons (je ne l'écoute pas tous les jours, vous non plus, je parie), je le passe un peu, histoire de m'en imprégner...Et là, c'est le drame, je m'ennuie comme pas permis, et m'aperçois que je ne le trouve pas terrible du tout. Comment est-ce possible ? J'aurais pourtant été prête à parier que Hours, c'était un très bon disque, et même un grand album méconnu. Tout ceci était-il un mirage ?
Hours est sorti en 1999, après deux grands disques, Outside, l'album préféré de tous les snobs, et Earthling, le véritable (et à mon avis seul) grand chef-d'œuvre de Bowie dans les années 90, un grand disque "pop" caché dans un costume drum'n'bass. Pour Outisde je blague, bien sûr, c'est un très bon disque, mais qui contient énormément de longueurs, ce que Bowie lui-même a reconnu quelques années plus tard. Tenez : on pourrait dire pareil d'Hours, en fait. Sauf que ce serait juste un bon disque. Et que les longueurs seraient surtout du remplissage.
En fait, Hours fait appel à un procédé que, dieu soit loué, le téléchargement a fini par éradiquer. La technique, très répandue dans les années 90, consistait à mettre le meilleur titre du disque (qui était aussi, souvent, le single) en plage un, de manière à ce qu'en découvrant l'album sur une borne d'écoute, on reste sur une bonne (ou excellente) impression. En l'occurence, un certain "Thursday's child", qui donne l'impression d'être un inédit caché par Bowie en 1971. N'importe quel amateur entendant cela, il achetait l'album (de toute façon, à cette époque, les amateurs de musique achetaient tous les albums des artistes qu'ils aimaient, souvent sans passer par la borne d'écoute, c'était le bon temps, enfin surtout pour les "dir' com'"). Après, le reste pouvait bien n'être que remplissage, du moment que l'album était acheté, c'était bon. Cela ne vous étonnera pas, si je vous dis qu'Hours s'est plutôt bien vendu.
Le problème, c'est que derrière "Thursday's child", il n'y a pas de quoi monter aux rideaux. "Something in the air" est mignon, "Survive" est un très bon morceau de Placebo (que j'aime bien, n'allez pas croire!). "If I'm dreaming my life", c'est un de ces morceaux un peu "lounge" ("très ennuyeux", en français) que Bowie s'entête à caser sur tous ses albums depuis Black Tie, White Noise, un truc pas désagréable, mais que personne n'aurait la folie d'écouter jusqu'au bout. "Seven", considéré comme la chanson la plus autobiographique de Bowie, est de loin la meilleure du lot, une petite pétite folk, façon Space Oddity (l'album, pas la chanson, qui n'est pas folk du tout). C'est le seul morceau de l'album qui aurait mérité de devenir un classique. Le reste est vraiment soporifique, informe, répétitif. Sans ligne directrice apparente, Bowie passe d'une pop assez classe (mais un peu artificielle), à un cyber-rock affecté (si "The Pretty things are going to hell" n'est pas une chute d'Earthling, c'est très bien imité), et, sur le final, à de la drum'n'bass psychédélique, genre évidemment très lourd et ennuyeux, qu'il semble cependant avoir inventé.
Comment ce disque a-t-il pu s'attirer autant de bonnes critiques ? Mystère et boule de gomme. D'autant que c'est sur cet album que le guitariste Reeves Gabrels, considéré par les critiques comme un gros loser, à juste titre, a composé le plus de titres (en fait, il les a tous cosignés). Aucun doute qu'en 1992, avant la "résurrection", cet album inutile aurait été un gros four, et Gabrels renvoyé à ses disques de hard FM.
A présent, à qui je le refile, le tag ? J'aimerais assez voir ce qu'Emma a à nous dire, sur Bowie ;)
31 août 2009
"Together through life" - Bob Dylan *
Bob Dylan peut-il encore surprendre ? La question se pose, à l'écoute de son nouvel album. Je rappelle que Bob Dylan, sur ce blog, est ce qui se rapproche le plus de Dieu...Mais, de même que Dieu, des fois, semble peu concerné par la marche du monde, de même Bob Dylan reste critiquable, pas souvent, mais personne n'est immunisé contre un raté. Au premier, abord, Together through life en est un.
Pourtant, à lire certains journaux, et même certains blogs, Bob Dylan serait devenu quasiment intouchable depuis 1997, et Time Out Of Mind, peut-être un de ses deux ou trois meilleurs albums (si tant est que telle classification soit possible, concernant un artiste si prolifique, et si souvent génial). Soudain, vieillir n'était plus un problème pour les icônes. Soudain, vieillir pouvait être beau, digne, poignant. D'ailleurs, à partir de Time Out Of Mind, la presse s'est mise tout d'un coup à être très généreuse avec toutes ses vieilles idoles, nous sortant jusqu'à l'écœurement le coup de l'album hanté par la mort, mélancolique, revisitant le passé, tout songwriter ringard est devenu : "intemporel". Aucun, pourtant, ne jouait dans la catégorie de Time Out Of Mind.
Depuis, Dylan a creusé le sillon. Il y a eu un autre grand grand album, Love and Theft, son plus autobiographique. Dylan revenait sur son enfance, l'illustrait en revisitant les styles l'ayant bercée (blues, rockabilly, hillbilly), redonnait son juste sens au mot : NOSTALGIE. C'était beau, touchant, remarquable. Idéalement, cela aurait pu être son dernier album. Hélas, Dylan n'est pas plus mort, qu'il n'a raccroché la guitare. Et depuis lors, il semble passer la plupart de son temps à enregistrer son dernier album. Modern Times, son dernier album de 2006, était très beau, mais semblait parfois une simple "extension" de Love and Theft. Together through life, son dernier album de 2009, ressemble à une extension de Modern Times.
Le principe lasse, mais c'est, toutefois, moins le principe que son illustration, qui finit par poser des questions. Même en était fan, difficile de ne pas trouver que le Zim commence à radoter sévère. D'autant que, malgré tout le bien qu'en ont dit les journaux, Together through life présente toutes les caractéristiques d'un "album paresseux". Dylan, si grand soit-il, s'y contente en effet de recycler quelques vieux gimmicks blues, digresse, s'autocite outrancièrement. Cela n'est jamais déplaisant, notamment parce que sa voix est plus belle que jamais. Mais que raconte-t-elle d'intéressant ? Presque rien. Dylan est-il à ce point sûr de son génie, qu'il ne prenne même plus la peine d'écrire de véritables chansons ? Qu'il s'agisse de folk, de blues, ou de boogie woogie, que valent ces styles si on les aborde sous l'angle de l'atmosphère ("This dream of you"), de la citation ("My Wife's hometown" évoque tellement Willie Dixon que, j'avoue, j'ai cru que c'était une reprise), et jamais de la Chanson, avec un grand "C".
Ce qui rend Together through life plaisant, en réalité, est aussi ce qui peut le rendre très décevant : on a l'impression qu'un vieux monsieur, Bob Dylan, vient s'asseoir sur le rocking-chair, et bavarder au coin du feu. Son récit n'a rien de palpitant, mais il est bien raconté, c'est du récit pour le récit, plein de digressions, de silences, de parenthèses, et de points de suspension. C'est de la "graphomanie musicale" : il ne sait pas quoi faire d'autre, donc il écrit des morceaux, il n'a rien à dire, il soigne très peu le style, mais c'est Dylan, donc on dira que c'est de l'art. Le seul vrai culot, dans Together through life, c'est d'oser écrire quelque chose intitulé : "I feel a change comin' on", alors qu'on sait bien qu'après 33 albums (dont six de suite témoignant d'une autarcie complète, rapport à la musique contemporaine), et soixante-huit ans de vie, Bob Dylan serait bien en peine de sentir la moindre brise dans l'air du temps. Pour le reste, c'est très décevant, et pour la première fois depuis que le Zim a atteint le troisième âge, on a réellement l'impression que la fougue de sa jeunesse était, dans les faits, bien plus pleine de sagesse que ses contemplations de vieux sphinx affecté.
22 juin 2009
"Stromboli" - Montgomery *
Il est devenu difficile, en 2009, lorsque l'on est amené à trainer à Rennes, d'ignorer Montgomery. Le groupe du cru, plutôt bien accueilli à l'époque de son premier album, crée en effet depuis quelques mois un "buzz" considérable, encensé par la presse musicale, papier ou web, pour la singulière originalité différente d'une musique qui ne ressemble à personne (ceci, au moins, aura été compris même par plus bête d'entre nous).
Seule voix discordante, celle de Dans le mur... du son !, à laquelle je serais tentée d'ajouter la mienne. Non que Stromboli soit un mauvais disque ; mais j'avoue, au vu du bouche à oreille, m'être attendue à quelque chose de bien plus transcendant, quand finalement il ne s'agissait que d'électro/pop "foutraque" (= "qui part dans tous les sens, et fait un peu n'importe quoi"), style qui ne me parle pas énormément, style surtout auquel Montgomery, contrairement à ce que martèle la presse, n'apporte pas grand chose (car en réalité, "être original" ne signifie aucunement "apporter quelque chose" au schmilblick !)
On trouve certes, sur ce disque, de réelles qualités mélodiques et, plus encore, rythmiques. Montgomery se révèle rapidement être un orchestre doué, efficace et, c'est toujours bon à prendre, qui n'a peur de rien. Le revers de la médaille, c'est que son disque alterne fulgurances psychédéliques ravissantes, et trucs un peu kitsch dont on ne sait trop, faute de démarche clairement appréhendable, s'il faut en rire ou...en rire aussi, mais méchamment. Bref : si c'est volontaire, ou non. Ce qui, réflexion faite, s'applique à Stromboli dans son ensemble ; on ne sait, pas par exemple, si les titres calmes sont pénétrés, ou bien juste ennuyeux. Si cet album est incroyablement original, ou juste un peu ridicule. Avoir comme style la "n'importe-quoi-pop" n'étant pas, c'est le moins que l'on puisse dire, un argument très vendeur (je ne pense d'ailleurs pas particulièrement donner envie d'acheter Stromboli.)
Finalement, encore et toujours, la seule chose dont on est sûr à la fin, c'est que ce disque est d'une singulière originalité différente qui ne ressemble à personne. Qu'on ne s'étonne pas que les journaux insistent à ce point là-dessus : il est possible qu'en fait, ce soit sa seule et unique qualité (en considérant que l'originalité ait jamais été une qualité, en musique, comme en tout.)
03 septembre 2008
"The Dark Knight" - Christopher Nolan *
Récapitulons : "The Dark Knight" est un film sombre, et puissant, magnifique, une allégorie de l'Amérique contemporaine. La prestation d'Heath Ledger est terrifiante, l'écriture est impeccable, les atmosphères sensationnelles, Christopher Nolan est génial, Batman est le plus super des super héros, pour l'éternité.
Bien beau, tout cela, mais pas tout à fait exact. En fait, de toutes ces affirmations, la seule qui est exacte est celle qui concerne Heath Ledger, particulièrement flippant (mais pas forcément, ceci dit, meilleur qu'Aaron Eckhart, qui campe un Harvey Dent ambigu à souhaits). Le reste n'est pas complètement vrai, même si "The Dark Knight" est en effet un film très sombre, et particulièrement efficace. Pour le magnifique, pour l'allégorie... Faut voir. Le dernier Batman reste un blockbuster (inutilement) spectaculaire et un peu long, parfois, qui manque de poésie et surtout d'âme (parce que non, "film sombre", cela ne veut pas dire qu'il y a une âme derrière).
Très maniéré dans sa mise en scène, Christopher Nolan a livré une copie honnête, mais inutilement compliquée et surchargée jusqu'à la nausée. Surchargée de quoi ? De tout : de noirceur, de violence, de méchants (pourquoi deux méchants ? Un seul ne suffisait-il pas à notre bonheur ?), de rebondissements. A côté de cela ? Des carences, beaucoup, notamment dans ce parti-pris agaçant, de ne pas tenir compte de la préexistence des autres films de la série (qui, du coup, n'en est pas une). Batman ne serait qu'un James Bond ordinaire ? Il faut croire, puisqu'on peut tout se permettre avec lui.
28 août 2008
"La Fête impériale" - Arnauld Pontier *
Sous-titré : "Mémoires d'un libertin", ce roman (le premier de l'auteur), se présente comme les mémoires d'Arthur, fils de hobereaux creusois monté à Paris en quête d'élévation ; à travers cet autoportrait attachant, c'est aussi le portrait d'un Paris en pleine mutation, et d'une époque (la seconde moitié du dix-neuvième siècle), aussi riche en fêtes qu'en tourments...
Non, après "L'Enfant des lumières" le week-end dernier, nous ne sommes pas entrés dans un cycle "roman historique". C'est une coïncidence si j'ai lu coup sur coup deux livres appartenant à ce genre (et en fait j'en ai lu un autre entre deux, dont je ne parlerai pas ici, faute de temps), et je serais bien en mal de les comparer : si "L'Enfant des lumières" et "La Fête impériale" sont tous les deux des romans historiques, et s'ils m'ont tous les deux déçue à leur manière, ils sont, dans l'écriture et dans la construction, presque antagonistes. Le premier (de Françoise Chandernagor), c'est une grande fresque, pleine d'aventures et de rebondissements, c'est un peu le "roman historique pop-corn" ; a contrario, le livre d'Arnauld Pontier, c'est du "roman historique sérieux", bien charpenté, et soutenu par un travail documentaire manifeste. J'y devine d'ailleurs une volonté de se démarquer du "roman historique traditionnel", très "franchouillard", en fait, pour se rapprocher du travail anglo-saxon de "revisitation" d'une époque (le cas échéant, la fin du dix-neuvième siècle).
Cet aspect est, de loin, le plus intéressant dans le livre. Mais c'est aussi là que le bât blesse, car si telle est bien l'entreprise (je peux me tromper), il m'a semblé qu'elle était partiellement ratée : en effet, dans "La Fête impériale", j'ai été souvent assaillie par une impression de "déjà-lu", un peu dérangeante. Bien entendu, la construction du livre est très "moderne" (au sens : "pas surannée", non au sens "esthétique" du terme), le texte est assez court, ramassé, l'écriture est plutôt "nerveuse"... Mais, malgré cela, j'ai eu beaucoup de mal à m'intéresser à une histoire que j'avais l'impression de déjà connaître, écrite avec de belles phrases qu'il m'a semblé déjà avoir lues. Ce n'est pas un "roman historique traditionnel", je le maintiens, parce que j'ai eu l'impression, parfois, qu'on se rapprochait plus d'un pastiche (très réussi, si tel était le but). Pas un roman "qui se passe en", mais plutôt : "écrit comme en", ce qui est à la fois très original, et très banal, forcément. J'appliquerai donc à cette lecture, cependant intéressante, ce que Thom déclarait, à juste titre, à propos de Michael Cox : si un roman historique n'apporte pas de "valeur ajoutée" à la littérature de l'époque où il se déroule, comment les attentes du lecteur pourraient-elles ne pas être déçues ? Ce fut le cas des miennes.
24 août 2008
"L'Enfant des lumières" - Françoise Chandernagor *
Une révolte d'esclaves dans les Antilles, un couple de nobles sulfureux, un enfant perdu au milieu d'un monde hostile, une femme vivant par-delà les convenances, et assumant sa différence...
Tels sont les ingrédients de cette grande fresque historique, dont le but avoué est de capter la France de juste avant la Révolution, encore calme, mais déjà prête à exploser.
Cela marche parce que Françoise Chandernagor, même si elle est assez (injustement) méprisée des esthètes, est une auteur de talent, à la plume élégante, capable de rythmer parfaitement une intrigue. Cela marche aussi, probablement, parce que c'est encore un peu les vacances, et que je suis moins encline à pester contre les longueurs (le livre fait cinq-cents pages) et les invraisemblances. Celles-ci sont légion, mais je me demande, repensant à certains Dumas, si elles ne font pas partie intégrante du genre "roman historique" (?)
Bref, j'ai absorbé ce gros pavé sans trop réfléchir, consciente que je ne lisais rien d'extraordinaire, mais satisfaite de passer un moment agréable, en compagnie de personnages intéressants. Il m'a semblé aussi que, venant de l'auteur du très bon "L'Allée du Roi", ce roman-ci était peut-être un peu faible...
Mais peu importe : les ingrédients d'un roman historique efficace sont réunis, les intrigues à tiroirs, les rebondissements, la romance... Je n'en demandais pas beaucoup plus.
11 août 2008
"Grace" - Jeff Buckley *
Commençons par nous mettre d'accord : je ne pratiquerai pas, ici, la mauvaise foi. Je ne suis pas une fan de Jeff Buckley, qui s'amuserait à faire semblant de haïr son idole. D'ailleurs, je ne hais pas Jeff Buckley, ce qui prouve bien qu'il ne me touche pas. Bien sûr, il a pu m'arriver de l'écouter, adolescente. Il a pu m'arriver de siffler une de ses chansons, et même de dire que "Hallelujah" est magnifique, supérieure à l'originale de Cohen (compliment factice, quand on connaît l'originale, assez moyenne). Mais justement : à l'instar de mon ami Guic' The Old, je souhaitais mettre à profit le Top Of The Flops Of The Pops Of The Blogs pour remettre à l'heure les pendules de l'histoire.
Pour les gens de ma génération, en effet, Jeff Buckley est ce qu'on appelle : "un passeur". On le découvre jeune, et il amène à d'autres artistes, d'autres plaisirs, souvent moins connus, souvent moins accessibles. Beaucoup de gens de 25 / 30 ans aujourd'hui ont découvert la folk-music avec lui, ce qui est plutôt paradoxal, Buckley n'étant pas un "folkeux", à proprement parler. Mais il ouvre des portes, vers Cohen (c'est dit), vers son père ; il ouvre des portes aussi vers Nina Simone, et en 1994 il offre une compensation plaisante, lyrique, à la mort de Kurt Cobain. Des albums bien plus passionnants sont sortis cette année (Mellow Gold et One foot in the grave, de Beck ; Let love in, de Nick Cave ; Crooked rain, Crooked rain, de Pavement), une excellente année, non ? Quand on pense que la même semaine, paraissait The Downward Spiral, de Nine Inch Nails ! Pourtant, c'est Grace qui restera comme le disque de 1994. Voilà bien un exemple, comme demandé dans l'énoncé (le vrai, le bon) du jeu de l'été, de "classique largement surestimé". Un album pas trop mauvais à l'influence démesurée chez les prog-rockeurs des années 2000, quelques éclairs de génie, noyés dans une production franchement lisse, et une icône à la voix d'or, mais au charisme inexistant. La biographie croisée des Buckley père et fils, "Dream Brother", par David Browne, est assez intéressante : d'un côté Tim, qui même réhabilité reste méconnu (qui connaît vraiment bien son oeuvre, aujourd'hui, passés les deux premiers albums ? Nota : Thom, tu n'as pas le droit de répondre : "moi"), figure passionnante, mythomane génial, dont le charisme écrasera tous ses proches ; et de l'autre son fils, un gentil garçon bien élevé, dont le "pétage de plomb" d'après succès sera, quelle horreur, de se mettre à fumer ! Pas du crack, hein, des cigarettes. Quel rocker !
Bon, c'est un faux procès, mais cela dit beaucoup du "personnage Jeff Buckley", dont la biographie est, en fait, désespérément terne, sans bavures. Il a bien été l'amant de Liz Frazer, nettement plus âgée que lui, mais c'est bien la seule fois où Junior a traversé en dehors des clous. Le reste du temps, on jurerait que l'expression "bête et discipliné" a été inventée pour lui, au point que quand Gary Lucas essaie (plus ou moins) de l'entuber, en lui faisant signer un contrat d'exclusivité avec son groupe (Destroy All Monsters), Jeff se rend à peine compte qu'il se lie, tout seul, pieds et poings. Mais surtout, la partie biographique, si elle peut sembler accessoire, révèle beaucoup de choses sur le "pourquoi" de Grace. Que faisait Jeff Buckley, dans les années 80 ? Il jouait du hard progressif ! Quel était son groupe préféré ? Nirvana ? Les Pixies ? Sonic Youth, à lui, qui aimait tant errer dans les quartiers mal famés de Big Apple ? Non : le groupe préféré de Jeff Buckley, c'est Yes. Vous nous en direz tant !!
Ceci éclaire, évidemment, beaucoup, sur l'aspect "propre et sans bavures" d'un album, Grace, dont je répète qu'il n'est pas mauvais. Mais qui, si le monde de 1994 n'avait pas été tellement en quête d'icônes (= de nouveau Kurt), serait sans doute passé inaperçu. Il s'ouvre sur une composition charmante, "Mojo pin". C'est onirique, ça accélère, ça ressemble à du Led Zeppelin (période II, l'album fétiche de Jeff). On se lèche les babines, quand arrive le meilleur morceau du disque, "Grace", chef d'oeuvre injustement crédité "Buckley / Lucas" : ici apparaît la véritable imposture, non du gentil Jeff, mais de son entourage. Si Gary Lucas a, c'est vrai, essayé de se l'attacher par voie juridique (il en avait assez que tous ses chanteurs le plaquent au bout de deux disques), Buckley, sous la pression d'un entourage reniflant la bonne odeur du billet vert, l'a dévalisé d'un répertoire, qu'il s'est empressé de co-signer de manière carrément honteuse. Jeff Buckley n'a jamais composé "Grace" (il n'a jamais composé grand chose, en fait), il faudra attendre presque dix ans, pour que paraisse l'attachant Songs for no one, qui réhabilite l'apport essentiel de l'ex-guitariste de Captain Beefheart, sur un album qu'il a largement composé et où, la plupart du temps, son nom n'apparaît même pas ("So real", "Dream Brother", sont bien des morceaux de Lucas, pas rancunier, le gars).
La suite du disque, c'est "Last Goodbye", chanson pop qui détonne complètement, rapport à ce qui précède. C'est à ce moment que le disque se détricote et que la production devient éparse, c'est à ce moment que la suite devient à l'avenant. Un blues touchant mais gâché par des arrangements pompiers ("Lylac Wine") est suivi par "So real", clone un peu sombre de "Mojo pin". La reprise d' "Hallulejah" passant, on entre dans la seconde moitié, et là, c'est le drame : l'album retombe, tel le célèbre soufflé. "Lover, you should've come over", est sans doute le morceau le plus ennuyeux enregistré par Jeff (et pourtant, sur le double posthume, il en a fait quelques uns, des morceaux ennuyeux !), "Corpus Christy Carol" est insupportable, une reprise de Nina Simone où Buckley joue les cantatrices, on a envie de pleurer, mais ce n'est pas d'émotion. "Eternal Life" est un truc bruitiste dont on se demande ce qu'il fait là, Buckley essaie de faire du grunge, mais c'est bien trop lisse pour être rageur (encore une constante, qui se répètera sur le double posthume). Et voilà "Dream Brother", morceau emblématique de 5 minutes 46, qui en semblent 10 tant la mélodie, habile, s'étire de manière épuisante.
Au total, combien de chansons vraiment fortes ? Deux, trois en comptant "Hallelujah". Sinon : beaucoup de longueurs dans un album pourtant court ; un talent d'interprète réel, mais un goût prononcé pour les arrangements douteux. La recette idéale pour un classique surestimé, toujours présent dans la liste des meilleurs albums de tous les temps, mais finalement : rarement écouté par ceux qui le citent en référence. N'en jetez plus, comme dirait l'autre.
28 juillet 2008
"Diary of the dead" - George Romero *
Depuis qu'il a été redécouvert par une nouvelle génération, via des remakes idiots, et encore plus depuis qu'il est étudié dans les écoles de cinéma, George Romero n'en finit plus de faire revenir ses célèbres mort-vivants. Cette entrée en matière peut sembler un peu dure, mais soyons honnêtes, il y a dix ans le même Romero était has-been, et vue la médiocrité de ses productions d'alors ("La Part des ténèbres", "Bruiser"), rien n'était plus mérité. Cela dit, accordons lui, quand même, d'être revenu de manière honnête : artisan depuis ses débuts, c'est en artisan qu'il est revenu au début des années 2000. Sans démagogie comme l'avait fait son comparse Wes Craven (à la fin des années 90), et sans budgets faramineux qu'il aurait fichu par terre.
Donc, voici venu, après la Nuit, l'Aube (en V.O., "Zombies" s'intitulait : "Dawn of the dead"), le Jour et le Territoire, l'Agenda des mort-vivants. Le projet très attendu "Les mort-vivants font du ski" ayant repoussé (pour raisons techniques), on se satisfera de la nouveauté de cet épisode, à savoir l'idée de filmer en numérique. Pourquoi pas ? David Lynch a prouvé l'an passé que l'utilisation de ce format, considéré comme pauvre par les puristes, pouvait apporter au film une richesse esthétique inouïe. Seulement bon, est-il utile de préciser que George Romero, même s'il est très doué, n'est pas David Lynch (d'ailleurs, personne n'est David Lynch) ? Son idée, du coup, donne surtout l'impression d'un vieux briscard qui voudrait surfer sur la vague, en plus de manière complètement décalée, puisqu'il y a quelques mois Robert Rodriguez rendait hommage aux vieux films de zombies de Papi George (dans "Planètes Terreur"), en recyclant tous les gimmicks de ce genre adulé dans les années 80.
Alors il y aura toujours quelqu'un pour arguer que, comme toujours chez Romero, le message est plus important que le film lui-même. Moui. Peut-être, en effet, y-a-t-il dans "Diary of the dead" une amorce de réflexion, sur le rôle de l'image dans notre société moderne. Ce n'est, de toutes façons, pas suffisant pour faire oublier que ce film, en dépit d'une esthétique séduisante et de quelques scènes très réussies, est dépourvu de la moindre histoire (ce qui n'était pas le cas du précédent, l'excellent "Land of the dead"). Genre de "remake 2000's" de "La Nuit des morts-vivants", ce cinquième épisode n'est qu'une succession de scènes d'horreur "à l'ancienne", c'est à dire : "à la Romero". Les inconditionnels apprécieront, les ados fanas de "Resident Evil", un peu moins. Les autres ? Les autres, il y a des chances pour qu'ils passent à côté, et qu'ils s'en foutent. C'est un peu mon cas...
09 juillet 2008
"Néfertiti dans un champ de canne à sucre" - Philippe Jaenada *
Alors là, je botte en touche. Il y a des livres qu'on aime, des livre qu'on n'aime pas, et il y en a quelques uns dont on peut juste dire : "ce n'est pas mon truc, ce livre n'est pas pour moi". C'est le cas de celui-ci.
Alléchée (sans mauvais jeu de mot, please) par le "duel érotique et sentimental" qui m'était promis, j'ai commencé "Néfertiti dans un champ de canne à sucre", plutôt confiante (en plus, le titre me semblait vraiment chouette). Mais je me suis aperçue assez vite que ce que cela racontait ne me parlait pas, du tout. Deux personnages (l'homme et la femme), peu d'action, beaucoup de bavardages, beaucoup de scènes de sexe... Pas grand chose d'autre, ce qui est très surprenant par rapports aux autres Jaenada que j'ai lus (voir plus bas), qui avaient la particularité d'être très riches, et très variés. Là, il y a surtout de la séduction et de la digression, de l'érotisme un peu vulgaire (et pourtant je ne suis pas sainte-nitouche, j'adore la littérature érotique...)... Et le style de Philippe Jaenada, toujours aussi agréable, énergique, plein d'humour. Juste, cette fois-ci, ce qu'il raconte m'ennuie, je pense que si le livre avait été un peu plus long, je n'aurais pas été au bout.
Cependant, comme je le disais plus haut, c'est surtout que pour parler sommairement : "ce n'est pas mon genre". Je pense que d'autres personnes y trouveraient leur compte, et, "objectivement" (si on peut dire cela) ce n'est pas un mauvais livre. De là à dire que je suis la mauvaise lectrice, n'exagérons pas non plus !! Mais je pense que vous comprenez ce que je veux dire...
Voir aussi, du même auteur :
12 juin 2008
"Accelerate" - R.E.M. *
Pourquoi est-ce que j'écris sur le nouveau R.E.M. ? Pourquoi, même, est-ce que je l'ai acheté ?
R.E.M., c'était vraiment le groupe que j'aimais beaucoup, plus jeune. En fait, c'était même le groupe qui ne me décevait jamais. Jusqu'aux années 2000 ; depuis, R.E.M. a inversé la tendance, et n'a de cesse de me décevoir à chaque fois.
Accelerate n'est pas un disque nul, mais il est loin d'être bon. Il a été vendu d'une manière limite mensongère, porte un titre des plus trompeurs, on l'écoutera avec plaisir une ou deux fois, puis il retournera sur l'étagère prendre la poussière.
Je disais "mensongère", je m'explique : Michael Stipe et ses amis nous ont vendu, à longueur d'interviews, le grand retour au rock de R.E.M., une douzaine d'années après l'inoubliable paire Monster / New adventures in hi-fi. Et donc, ce grand retour se nommait : Accelerate. Tout aurait dû être dit, là. Seulement non : Accelerate, non seulement n'accélère pas souvent, mais en plus n'est pas un disque de rock, plutôt une compile de chansons vaguement "pop" dans la droite ligne des albums de R.E.M. depuis 2000. On n'en fera pas une question de principe (rien n'oblige à R.E.M. à jouer du rock énervé s'il n'en a pas envie), juste on se demandera si Michael Stipe ne se paie pas un peu notre tronche, à moins qu'il ait oublié ce qu'était le rock'N'roll et croie vraiment que c'est ce qu'il joue sur ce disque (le pauvre).
Le plus embêtant, cela dit, ce n'est pas que le Accelerate soit mou, mais c'est surtout que ses chansons ne sont pas très bonnes. A part le premier single, "Supernatural Superserious" qui, pourvu d'un riff et d'une mélodie parfaite, rivalise avec le meilleur du R.E.M. des années 90 (mais pas des années 80, faut pas déconner)...Pas grand chose à se mettre sous la dent, sur un album composé surtout de "mid-tempo" qui se ressemblent toutes. On s'emballe un moment pour "Living in the well best revenge", la chanson la plus rapide du disque, qui évoque Monster, voire l'antique Document (1987). On se dit que, sur scène, ce titre doit être assez fabuleux. "Hollow man", agréable morceau gigogne, est plutôt plaisant, aussi. Cela n'ira, hélas, pas beaucoup plus loin : "Sing for the submarine" est jolie, mais je suis presque certaine de l'avoir entendue sur Reveal (2001). Et le reste se compose surtout, soit de titres avec beaucoup de disto et peu d'idées, soit de titres mous avec quelques idées sur lesquels on se rend bien compte qu'utiliser la disto, c'est tout un art...
En cliquant sur l'image, vous pourrez écouter : "Supernatural Superserious"
