12 juin 2008
"Accelerate" - R.E.M. *
Pourquoi est-ce que j'écris sur le nouveau R.E.M. ? Pourquoi, même, est-ce que je l'ai acheté ?
R.E.M., c'était vraiment le groupe que j'aimais beaucoup, plus jeune. En fait, c'était même le groupe qui ne me décevait jamais. Jusqu'aux années 2000 ; depuis, R.E.M. a inversé la tendance, et n'a de cesse de me décevoir à chaque fois.
Accelerate n'est pas un disque nul, mais il est loin d'être bon. Il a été vendu d'une manière limite mensongère, porte un titre des plus trompeurs, on l'écoutera avec plaisir une ou deux fois, puis il retournera sur l'étagère prendre la poussière.
Je disais "mensongère", je m'explique : Michael Stipe et ses amis nous ont vendu, à longueur d'interviews, le grand retour au rock de R.E.M., une douzaine d'années après l'inoubliable paire Monster / New adventures in hi-fi. Et donc, ce grand retour se nommait : Accelerate. Tout aurait dû être dit, là. Seulement non : Accelerate, non seulement n'accélère pas souvent, mais en plus n'est pas un disque de rock, plutôt une compile de chansons vaguement "pop" dans la droite ligne des albums de R.E.M. depuis 2000. On n'en fera pas une question de principe (rien n'oblige à R.E.M. à jouer du rock énervé s'il n'en a pas envie), juste on se demandera si Michael Stipe ne se paie pas un peu notre tronche, à moins qu'il ait oublié ce qu'était le rock'N'roll et croie vraiment que c'est ce qu'il joue sur ce disque (le pauvre).
Le plus embêtant, cela dit, ce n'est pas que le Accelerate soit mou, mais c'est surtout que ses chansons ne sont pas très bonnes. A part le premier single, "Supernatural Superserious" qui, pourvu d'un riff et d'une mélodie parfaite, rivalise avec le meilleur du R.E.M. des années 90 (mais pas des années 80, faut pas déconner)...Pas grand chose à se mettre sous la dent, sur un album composé surtout de "mid-tempo" qui se ressemblent toutes. On s'emballe un moment pour "Living in the well best revenge", la chanson la plus rapide du disque, qui évoque Monster, voire l'antique Document (1987). On se dit que, sur scène, ce titre doit être assez fabuleux. "Hollow man", agréable morceau gigogne, est plutôt plaisant, aussi. Cela n'ira, hélas, pas beaucoup plus loin : "Sing for the submarine" est jolie, mais je suis presque certaine de l'avoir entendue sur Reveal (2001). Et le reste se compose surtout, soit de titres avec beaucoup de disto et peu d'idées, soit de titres mous avec quelques idées sur lesquels on se rend bien compte qu'utiliser la disto, c'est tout un art...
En cliquant sur l'image, vous pourrez écouter : "Supernatural Superserious"
10 juin 2008
"Bleu poussière" - Jennifer D. Richard *
Il y a du bon et du moins, dans ce premier roman à la très belle couverture. Et, ce qui est très étonnant, c'est que ce que j'ai aimé dedans est tout ce que je n'ai jamais aimé ailleurs.
Etant, en général, très méfiante vis à vis de la science-fiction (qui doit être, de loin, le genre littéraire que j'aime le moins - pardon, Lhisbei), j'ai été assez surprise de me retrouver captée par l'histoire, et "enchantée" (le mot n'est pas trop fort) par l'imaginaire de l'auteur. Si l'idée de plonger un jeune homme ordinaire dans la peau d'un autre, au cœur d'un monde futuriste angoissant, n'a rien de très originale...J'ai trouvé la manière dont ce monde était développé tout à fait convaincante. Il s'agit d'ailleurs, si je me fie à mes informations, plus d'anticipation que de SF (c'est peut-être pour cela que ça m'a plu !). Donc, d'un monde très proche du nôtre, comme le nôtre, même, dont les menaces auraient été outrées pour le besoin de l'intrigue. Poussant le concept de politiquement correct jusqu'à l'extrême, l'auteur invente donc un univers régit par l'obligation d'être dans "L'Euphorie perpétuelle" (pour reprendre les mots de Pascal Bruckner). Idée remarquable, qui atteint son paroxysme avec l'usage des "cellules de rêve" (autrement dit : les endroits où l'on jette les malheureux, les dépressifs... Et les gens normaux, le plus souvent, car les gens normaux ne sont pas souvent heureux). La barbarie douce, séduisante ; engloutie sous le consensuel et les bonnes intentions.
Malheureusement, cette partie presque satirique ne constitue pas l'essentiel du livre, qui se résume surtout à une quête identitaire trop superficielle pour être touchante, et une intrigue de "thriller" aux ficelles épaisses comme des blagues de Bigard (j'exagère, mais je n'ai pas trouvé de comparaison !). Le grand final, surtout, est à la limite de la paresse, ou plutôt : il est assez mal amené, trop brutal, et si peu étoffé, qu'il passe pour un retournement à deux balles. Pourtant, dans son ensemble, "Bleu poussière" n'est pas complètement raté. Par exemple, il n'est pas dénué de rythme, ni d'humour, ce qui est toujours bon à prendre. Il manque surtout beaucoup de maturité, à l'image de ce style "djeuns" qui n'est pas nul, juste complètement décalé, par rapport à l'atmosphère générale, et qui manque un peu de souffle. Dommage, pour une fois que j'aimais bien quelques trucs SF !!
27 mai 2008
"Le Jugement de Léa" - Laurence Tardieu *
J'avoue mon incrédulité. J'avais abandonné "Puisque rien ne dure", il y a quelques mois. Ce n'était pas, à l'époque, le genre de livre que j'avais envie de lire. Je l'avais rendu à sa propriétaire, me faisant une raison ; c'est un peu par hasard que je suis revenue à Laurence Tardieu, avec ce petit livre (antérieur, si je ne m'abuse). Cette fois je me suis sentie plus réceptive, question de période ? "Le Jugement de Léa", sous couvert d'être une histoire différente, me parait assez proche de la moitié de "Puisque rien ne dure" que j'avais lue. C'est à dire très triste, très épuré, et très statique.
Il s'agit de l'histoire de Léa, mère suspectée d'infanticide, qui attend le verdict de son procès. Seule, dans une petite pièce, elle se lie peu à peu avec son gardien, parvient enfin à parler, se révèle petit à petit... Et ainsi s'achève le roman. Ne croyez pas que je vous dissimule une quelconque péripétie, ou un incroyable rebondissement : "Le Jugement de Léa" se résume à ce que je viens d'écrire, à peu de choses près. Il est vrai qu'il est court. D'un autre côté, on aurait pu mettre beaucoup de choses dans ces 120 pages, proportionnellement. C'est ce qui m'a un peu déroutée !
Parce que j'ai trouvé l'ensemble bien écrit, et plutôt intéressant, malgré une certaine complaisance dans le pathos (que j'ai choisi de voir comme un parti pris). Ce qui m'a dérangée, c'est la superficialité du personnage de Léa, qui n'existe que par son geste fou, viscéral. Or, comme ce geste n'est pas du tout explicité, ou tout du moins l'est de manière très confuse...Cela nuit à l'épanouissement du personnage (et donc, à mon plaisir de lectrice). Il est possible que cela soit volontaire, que Laurence Tardieu ait souhaité verser dans la suggestion radicale. Il m'a semblé, à moi, qu'à trop vouloir être suggestive, elle devenait évasive...
24 mai 2008
"Un dernier verre avant la guerre" - Dennis Lehane *
Aussi bien écrit, mais plus traditionnel, que "Ténèbres prenez-moi la main", ce premier épisode des aventures de Patrick Kenzie et Angela Genaro, est aussi le tout premier roman de Dennis Lehane. C'est sûrement pour ça que le résultat, s'il dispose déjà les obsessions récurrentes de l'auteur (misère sociale, violence en chacun de nous, fantômes de l'enfance...), s'avoue moins convaincant.
Les deux détectives y mènent une enquête à hauts risques, impliquant différents notables de Boston, et semblant liée à la guerre des gangs qui agite la banlieue environnante. C'est l'occasion pour l'auteur de se livrer à une série de portraits pour certains poignants, pour d'autres très drôles. Aucun personnage ne laisse jamais indifférent, et certains passages sont complètement prenants.
Pourtant, il manque encore quelque chose, qui se retrouve dans les autres livres de l'auteur (ceux que j'ai lus, en tout cas) : la "transcendance". Dans "Un dernier verre avant la guerre", on a quand même affaire à un roman policier assez classique, avec une intrigue un peu convenue, et un duo de héros attachant mais "déjà vu". C'est dommage, mais c'est un début (de carrière, et de série), et il aurait sûrement fallu que je commence par ici, pour l'apprécier à sa juste valeur.
Voir aussi, du même auteur :
(les commentaires de Thom et de Claude, chez les Chats)
12 mai 2008
"Le Montespan" - Jean Teulé *
Comme tout le monde, il m'est arrivé de dire qu'on ne jugeait pas d'un livre à sa couverture. Et comme tout le monde, il m'est arrivé de me montrer imprécise, sur ce sujet : car la couverture appartient à ce que l'on appelle le "paratexte" ; elle ne fait pas partie du texte, mais elle fait bien partie du livre. Et lorsqu'elle est illustrée, elle dit quelque chose dessus dont j'imagine (peut-être à tort) qu'elle s'étend au-delà de la bête accroche promotionnelle. Or, celle du nouveau Jean Teulé, elle a quelque chose d'inquiétant : cette caricature aux couleurs criardes, montrant un carrosse doté de cornes, est-elle à l'image du roman ? Plutôt, oui.
Vous en avez peut-être entendu parler : "Le Montespan" raconte, tout simplement, la vie du mari de la Montespan, favorite du Roi. Cocu magnifique, à une époque où être cocufié par le Roi est presque un privilège, notre héros, excessif et amoureux (excessivement amoureux...), ne l'entend pas de cette oreille. Et il dresse le projet fou de séduire la Reine, histoire de remettre les pendules à l'heure. Ce point de départ est tellement génial, il flatte tellement l'imagination du lecteur, que j'ai été d'autant plus déçue par son traitement.
Quand avec mes amis les Chats, nous avions interviewé Jean Teulé, celui-ci nous avait confié ne plus vouloir retenter l'expérience des poètes, de crainte que cela ne tourne au procédé. Ce qui est étonnant, c'est qu'il y a différents "procédés", et qu'en fait, dans "Le Montespan", Jean Teulé se contente de décliner la formule autrefois appliquée à "Villon" et "Verlaine". La figure historique n'est plus un poète, mais l'idée est là, et l'univers est très, très proche de celui de "Villon". C'est à dire baroque, déjanté, très BD. Or, ce qui collait à merveille avec le Moyen-Age, époque violente dont on sait en fait peu de choses, est beaucoup moins adapté à celle de Louis XIV. Voir la cour changée en lupanar de luxe est assez perturbant, et le côté caricatural des personnages et des situations est plus agaçant qu'amusant. Jean Teulé aurait-il péché par excès de démesure ? C'est ce que j'ai pensé à la lecture, à moins peut-être qu'il s'agisse d'excès de légèreté. La quantité documentaire, qui conférait leur solidité à "Verlaine" et "Villon", semble ici bien moindre. Pas un seul personnage qui ne manque d'épaisseur, de nuance, et l'auteur se transforme en caricaturiste ordinaire. Le résultat n'est pas un mauvais livre, mais un livre un peu cheap ; l'argument est très intéressant, son traitement un peu trop j'menfoutiste pour me captiver durant plus de trois cent pages.
Voir aussi, du même auteur :
06 mai 2008
"La Théorie des codes" - José Carolos Somoza *
Après trois très bons romans, l'ayant imposé comme le maître du "thriller lettré", José Carlos Somoza se lance à présent dans le "thriller scientifique", et même mathématique. Au vu du succès planétaire de ses précédents ouvrages, la prise de risque est réelle, et mérite d'être reconnue et saluée. Avec son style vif et limpide, Somoza est sans doute l'un des rares auteurs capables de faire se passionner des littéraires pour des théories mathématiques (véridiques, il faut le souligner), et si je dois avouer que de prime abord ce livre m'attirait moins que les autres, je dois aussi reconnaitre que Somoza développe la théorie du titre avec une vraie pédagogie.
Ce qui est un peu paradoxal, c'est qu'en fait, si "La Théorie des cordes" se révèle moins réussi, ce n'est pas du tout parce que l'auteur a changé de genre. C'est parce qu'il commet des maladresses chez lui inhabituelles, maladresses on ne peut plus littéraires - je veux dire. Le début du roman est aussi prenant que déjà-vu : une universitaire perturbée s'aperçoit que d'anciens collègues, qu'elle avait côtoyés au cours d'une mission secrète dix ans plus tôt, sont tous éliminés les uns après les autres. Par qui ? Pourquoi ? En effectuant un retour vers le passé, l'auteur va narrer l'histoire de cette mission scientifique qui va dérailler, poser ses habituels questionnements philosophiques, et faire frémir le lecteur. Rien de nouveau sous le soleil ! Et j'aurais bien du mal à expliquer pourquoi, vraiment, ce qui marchait ailleurs ne fonctionne pas ici.
L'impression est celle d'une mécanique qui tournerait à vide. Tous les romans de Somoza, jusqu'à celui-ci, partaient d'un postulat plus ou moins éculé (ou disons : simpliste), pour aboutir à quelque chose d'inédit. A un renouvellement de thèmes ancestraux. Dans "La Théorie des cordes", le postulat (énième variation sur les voyages dans le temps) n'a rien de nouveau, c'est un fait. Mais surtout, la transcendance n'a jamais lieu, comme si en se lançant dans le SF, Somoza avait perdu une grande partie de son inventivité. Les ficelles sont trop grosses, les personnages trop nombreux et peu crédibles. Il ne reste du Somoza que j'ai aimé ailleurs, que le style (toujours aussi exceptionnel !), et ce sens du rythme, qui lui permet d'écrire des pavés sans jamais être assommant. C'est suffisant pour me distraire ; pas assez pour me passionner.
Voir aussi, du même auteur : "La Dame N°13"
21 avril 2008
"Ferraille à vendre" - Anthony Burgess *
La "Feraille à vendre", c'est Excalibur, rien que ça. Retrouvée au vingtième siècle, l'épée légendaire se trouve catapultée dans une époque décadente et superficielle, où sa valeur ancestrale n'a plus lieu d'être.
Mais l'épée du Roi Arthur n'est ici qu'en guise de symbole. Le véritable nœud du roman, c'est l'étrange lien entre Daniel et Reginald, les deux héros. Deux frères dont l'un vient d'Occident, l'autre d'Orient, qui finissent par se retrouver, et constater les dégâts provoqués par une civilisation perdue, gâchée par des avancées technologiques aussi prétentieuses qu' incontrôlables, des nationalismes exacerbés...etc.
Finalement, ces deux antihéros vont se réfugier dans...le terrorisme ! Ce qui permet d'apprécier, une fois encore, la portée visionnaire de l'œuvre d'Anthony Burgess (auteur de "L'Orange mécanique"), pour qui la solution semble donc être dans Excalibur - c'est à dire dans le passé. Une idée intéressante, mais je dois dire qu'à un moment, je me suis quand même demandée si Burgess condamnait le terrorisme, ou en faisait son apologie. Evidemment, la première hypothèse est la bonne lorsqu'on connait l'auteur (cela semblera moins évident à un lecteur qui ne l'aurait jamais lu, je pense).
Beaucoup d'idées dans ce livre, vraiment. Trop, en fait ! si la vision, à la fois pessimiste et terriblement réaliste, de l'auteur séduit, sa narration semble se perdre en conjectures. Le livre part dans tous les sens, enchaine élucubrations incompréhensibles, et délires mystiques bizarres. On ne sait pas trop s'ils sont l'œuvre des personnages, ou de l'auteur...
Un livre vraiment étonnant, en tout cas !! Pas mauvais, mais pas facile à suivre. Un livre qui dit des choses importantes du point de vue philosophique, et existentiel mais qui, du point de vue romanesque, se révèle relativement décevant, et inutilement compliqué.
(ceci est une archive, déjà publiée sur le forum des chats, devenu depuis le blog des Chats ; j'ai trop peu de temps pour lire et écrire, cette semaine, d'où cette entorse au règlement :)
19 avril 2008
"Chroniques de l'asphalte 1/5" - Samuel Benchetrit *
Cher Monsieur Benchetrit,
Je vous ai écrit il y a deux semaines, pour vous parler de votre film "J'ai toujours rêvé d'être un gangster". Le hasard a fait que depuis, j'ai lu votre livre, "Chroniques de l'asphalte 1/5". Si j'ai bien compris, c'est le premier volume de vos mémoires, c'est bien ça ? A 35 ans, est-ce bien raisonnable ? D'autant qu'à la fin de cet épisode 1, vous en avez fini avec la jeunesse, il vous reste une grosse quinzaine d'années pour quatre épisodes...J'ai dans l'idée qu'après, il va y avoir des longueurs...
Je vous charrie, car ce ne fut pas, pour moi, une lecture désagréable, j'ai même été attendrie, car vous écrivez un peu comme mon cousin (un fana de Bukowski âgé, à ce jour, de 17 ans). Vous racontez la banlieue de votre enfance avec tendresse, avec humour, il y a dans ce livre tout ce qui manque à votre dernier film, je veux dire qu'on y sent une sincérité, et une authenticité.
Je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas non plus un très grand livre, même pas un excellent livre, c'est juste un livre passable. Ca, c'est votre vieux travers, je commence à vous connaitre : vous êtes un paresseux, approfondir le caractère d'un personnage, travailler la construction d'une histoire...Vous trouvez cela trop fatigant. Il vous manque l'essentiel, pour être un écrivain : le travail, il y en a pas mal à fournir, pour que votre talent s'épanouisse.
En attendant, vous avez quand même réussi le test. Je lirai votre second épisode avec attention. En espérant que vous ne prendrez pas mal mes missives, qui ne visent qu'à vous aider à progresser pour qu'enfin, vous méritiez un peu votre succès !
(voir aussi les critiques de Thom, et Yueyin)
04 avril 2008
"J'ai toujours rêvé d'être un gangster" - Samuel Benchetrit *
Moui. Monsieur Benchetrit, comment vous le dire sans vous vexer ? Votre film, là, "J'ai toujours rêvé d'être un gangster"...Il n'y a que le titre qu'est bien, dedans. J'exagère un peu : il y a de bons acteurs en roue libre. Une bande-son sympathique. Et, sans aucune doute, la bande-annonce de l'année ! Tellement drôle, que j'avais vraiment envie de l'aimer, votre film. Le problème, c'est que vous n'avez pas fait de film, Monsieur Benchetrit. Vous avez juste fait un peu de montage, bricolé deux, trois scènes avec cinq copains, cela ne s'appelle pas du cinéma, ça !
C'est ce qui m'a, je dois le dire, le plus étonnée : vous semblez être un authentique cinéphile. Comment peut-on se fourvoyer ainsi, Monsieur Benchetrit ? C'est très bien, d'avoir des références. Je pourrais passer des heures à collecter les vôtres : Audiard, Kaurismäki, Tarantino, une pincée des "Convoyeurs attendent", une autre de "Smoke"...Beaucoup de "Coffee and cigarettes", le célèbre film de Jarmusch, que vous décalquez carrément, à trois reprises. J'en ai été étonnée : il n'y avait pas mieux à décalquer, dans votre dvdthèque, que ce film attachant qui n'est pas, non plus, le plus grand monument du cinéma ? Enfin, ce n'est pas grave.
Ce qui est plus embêtant, de mon point de vue, c'est que vous oubliez que la référence, cela se manie avec mesure, et talent. N'est pas Tarantino qui veut. Lui, lorsqu'il repique des plans ici, ou là, cela ne gâche pas le film, on en parle en sortant, mais on ne se retrouve pas à les lister en cours de visionnage. Faut-il que nous vivions dans un pays d'incultes, pour que des gens louent ainsi l' "originalité" de votre projet ! Un commentateur, sur un blog, a même parlé de film "ambitieux". Je suis estomaquée, excusez-moi. Votre film, Monsieur Benchetrit, n'a rien d'original, mais en plus, il est ennuyeux à mourir ! Bavard, lent, non pas comme du Kaurismaki : comme du mauvais Lelouch.
Pas nul, pourtant, c'est ce qui ennuie pour en parler. Il y a un côté sympathique, dans votre démarche. Vos acteurs sont charmants, même si pas assez dirigés. L'idée seule du film, a quelque chose de sympathique. Le problème, Monsieur Benchetrit, c'est qu'il ne suffit pas de faire un film sympathique, pour qu'il soit bon. La sympathie, sincère, que m'inspire l'entreprise, n'a rien à voir avec la qualité du résultat. Tout comme, je le précise, le fait que votre film soit indépendant, comme vous avez demandé à vos acteurs de le souligner, pendant la promotion. Un film indépendant, cela signifie qu'il est indépendant, c'est très bien, mais cela ne veut pas dire qu'il est bien. Le vôtre, il est sympathique, mais il n'est pas très bien.
03 avril 2008
"Lignes de faille" - Nancy Huston *
Questions.
Qu'est-ce que le dernier Nancy Huston ?
Raconte-t-il vraiment quelque chose ?
Est-il bien écrit ?
Mérite-t-il d'avoir été si médiatisé ?
Est-ce un chef d'oeuvre, comme certains l'ont dit ?
Réponses.
Le dernier Huston, c'est un truc coupé en quatre. Histoire d'une famille, histoire d'un siècle (le vingtième). Le tout narré par quatre voix, issues de quatre générations. Quatre narrateurs ayant pour point commun d'être tous, sans exception, complètement frappés. Voilà ce que c'est. Voilà ce que ça raconte, aussi, car cela n'en dit pas beaucoup plus. Il s'agit, la plupart du temps, de divagations, de monologues intérieurs décousus, pas toujours inintéressants, mais épuisants à lire. A cause de l'écriture de l'auteur, particulièrement pompeuse, tordue, et distordue. C'est plus souvent lourd, que foudroyant. Et il n'y a pas de quoi en faire tout un plat. Vraiment, pas du tout. Ceux qui ont parlé de chef d'œuvre, je les somme de venir s'expliquer ! Je n'y ai vu qu'un livre intéressant, sans plus. Et très prise de tête, sans moins !
