02 juillet 2008
"Le Chameau sauvage" - Philippe Jaenada * *
"Le Chameau sauvage" raconte la vie tragicomique d'Halvard Sanz, héros malheureux d'une multitude d'aventures pas possibles, aussi malchanceux que maladroit. Alors évidemment, lorsqu'il rencontre une fille, ça ne peut pas être une fille normale, ce serait trop beau : il rencontre Pollux, nana fantasmagorique, complètement évanescente, qui n'arrête pas de disparaître, elle a l'air d'un mirage et il en tombe fou amoureux (c'est vrai qu'il avait peu de chances de retomber, un jour, sur une fille pourvue d'un nom plus ridicule que le sien).
C'est tout ? Et oui, c'est tout : "Le Chameau sauvage" est une enthousiasmante suite de digressions en tous genres, qui vaut surtout par la plume de Philippe Jaenada, étonnante par sa vivacité et sa force comique. Beaucoup de poésie dans ce livre, un côté "roman initiatique pour rire", de l'inventivité et surtout : une bonne humeur très communicative. "Le Chameau sauvage" est un livre qui ne se prend pas au sérieux, et provoque un plaisir de lecture rare, alors même qu'il ne possède pas plus d'intrigue, que de sujet digne de ce nom. Il suffit de l'ouvrir, pour se laisser emporter par le style de l'auteur, un peu bavard parfois, mais toujours touchant, et chaleureux. Oui, "chaleureux", c'est ça : le mot juste pour qualifier "Le Chameau sauvage". Avec "humain", "léger", et "tendre".
A peu près l'inverse du "Cosmonaute", en fait, que j'ai évoqué dans un précédent billet (ICI). Qui, probablement, me marquera sans doute plus, de par son âpreté. Mais qui ne m'aura pas autant réjouie que les aventures d'Halvard, antihéros nostalgique d'une femme à peine croisée, sur laquelle il projette fantasmes, rêves, folies... Toutes ces choses qu'on ne trouve plus tellement, dans les livres, aujourd'hui...
(voir aussi les avis d'Ingannmic chez les Chats, et de Thom, sur Le Golb)
28 juin 2008
"Seuls Two" - Eric & Ramzy * *
J'avais plutôt prévu, ce samedi, de vous parler de "Valse avec Bachir", mais figurez-vous que la petite salle près de chez moi était complète. Nous sommes donc allés voir "Seuls two", et autant vous dire (mais vous vous en doutez sûrement) que je me suis rendue là-bas en traînant les pieds : la dernière fois que j'ai ri aux pitreries d'Eric et Ramzy, je devais être au lycée, et encore, c'était pour m'intégrer.
Quelle surprise cela a été pour moi d'en ressortir enchantée par un film assez irrésistible, régressif juste comme il faut, et si bien écrit ! A partir d'un de point de départ amusant (le flic poursuit le bandit sans relâche depuis des années, jusqu'à un matin où ils se retrouvent tous les deux seuls, dans un Paris mystérieusement vidé de ses habitants), les deux compères, qui n'ont plus produit grand chose de propre depuis les "Mots" qui les ont fait connaître, ont signé un film tout à fait singulier, où ils sont parvenus (enfin) à canaliser leurs délires. Impressionnante pour un premier film, la mise en scène ne se révèle inventive ; on est, cela dit, surtout frappé par les qualités d'écriture du duo, la cohérence de l'intrigue, le rythme de la narration, et la qualité de dialogues qui font presque toujours mouche.
Les rares personnes à avoir vu "Steak", l'an passé, le savaient déjà : Eric et Ramzy sont loin d'être les deux guignols incultes qu'on voit à la télé. Amoureux des mots, fans de poésie absurde autant que de Tex Avery, ils ont surtout eu le tort de cachetonner dans de très mauvais films avant d'être assez populaires, pour pouvoir tourner celui-ci. Il leur restait, maintenant, à immortaliser leurs obsessions dans un film digne de ce nom ; on peut dire que c'est chose (très bien) faite, grâce à cette immense B.D. qui fait, forcément, penser au Frat Pack du début. Il y a de plus mauvaises références, en matière d'humour barré... Une excellente surprise.
(mais bon, quand même, on va reparler de "Valse avec Bachir", nom d'une pipe...)
07 juin 2008
"Le Cosmonaute" - Philippe Jaenada * *
Les histoires d'amour finissent mal, en général. Des fois elles commencent mal, aussi. Et des fois encore, elles finissent bien, mais c'est quand même plus rare. L'histoire du "Cosmonaute" mélange à loisir ces trois propositions, avec discernement mais sans distinction, et voici un livre à la fois très réussi et très déroutant.
Il s'agit donc d'une histoire d'amour. Le narrateur, Hector, tombe amoureux de Pimprenelle, la fille dont rêve n'importe quel homme de base, c'est à dire qu'elle est drôle, insouciante, belle, pas con, et pourvue d'un appétit sexuel considérable. Où va se nicher le fantasme, chers lecteurs !! Evidemment, Hector va rapidement déchanter : la vie conjugale va passer par-là. Au quotidien, Pimprenelle va se révéler être un vrai tyran domestique, maniaque, obsessionnelle, jalouse, hystérique...En quelques pages, elle passe de la femme idéale au cauchemar ambulant, on peine à le croire, et surtout : on peine à comprendre qu'Hector puisse rester avec elle. Surtout que l'arrivée d'un bébé ne va rien arranger !
Certains y verront, c'est prévisible, un déficit de crédibilité. Mais justement, c'est exactement ici que Philippe Jaenada veut nous amener, c'est à dire : à nous demander pourquoi Hector reste. La morale de l'histoire, bien sûr, c'est que l'amour est quelque chose de fort, de puissant, et de complètement irrationnel. Que l'on ne décide pas d'aimer ou non les gens, que l'on est soumis, parfois (souvent), à des pulsions contraires, et que ce qui nous attire chez les gens n'est pas juste une liste de qualités sur un "C.V. affectif". De ce point de vue, le roman est réussi, tout en étant complètement raté. En effet, si l'idée est belle, si l'écriture est exceptionnelle, et la construction, impressionnante...Il m'a semblé que Philippe Jaenada allait trop loin, dans sa satire de la vie de couple. Qu'il tapait trop fort.
C'est à dire qu'en fait, je comprends, avec le recul, que certains aient offerts une lecture du livre si différente, et sûrement erronée (je pense). Parce que le personnage de Pimprenelle est si sombre, si dur et si insupportable, que le lecteur a quand même du mal à trouver en elle la part d'humanité justifiant qu'Hector reste. C'est un peu comme si elle avait été complètement "amputée" de tout ce qui était doux, chez elle, qu'on entrevoit au début et qui disparait très vite (trop vite, en fait, c'est peut-être le défaut du livre : on n'a pas le temps de s'y attacher). Du coup, en face, Hector ne passe pas, jamais, pour un amoureux qui dépasse les défauts (énormes) de celle qu'il aime ; mais plutôt pour un gros lâche, qui s'écrase et qui cède, et qui n'a pas le courage de se tirer. Cela, je suppose que ce n'était pas l'idée de l'auteur, au départ.
Alors, pour résumer, ce livre est une caricature très efficace, souvent très drôle même si certaines situations confinent au glauque. Le style de Jaenada est incroyable, il y a un ton très personnel, quelque chose de grandiose, dans ce livre. Mais pour être une vraie belle histoire d'amour, il manque quand même un peu de tendresse, de douceur, de ce qui fait l'amour, si vous voulez. Comme si, en voulant éviter à tout prix les effets secondaires (le pathos, la guimauve), l'auteur avait carrément zappé leurs principales causes.
Du 1er juin au 31 juillet, Philippe Jaenada est l'Aristochat
01 juin 2008
"Indiana Jones et le royaume du crane de cristal" - Steven Spielberg * *
Le dernier Indiana Jones tient toutes ses promesses, notamment la première de toutes : être sévèrement critiqué par toute une partie de la presse, comme du public. On pouvait s'y attendre, s'il y a bien un film cette année pour lequel il ne faudra pas se fier aux critiques, c'est celui-ci.
Alors donc, qu'est-ce que j'en pense ? Comme tout le monde, j'ai trouvé le scénario assez basique, mais en même temps, je n'ai jamais trouvé que la série brillait par ses histoires. Le film n'en reste pas moins intéressant, ses deux principaux mérites étant de : confronter Indy à son âge, à l'érosion du temps, avec un certain humour ; conserver la même ambiance complètement désuète (années 50, Guerre Froide...) qui faisait déjà le charme des précédents opus. Le film tout entier semble construit sur cette exigence "vintage", son efficacité vient vraiment de là. Pas d'effets spéciaux tonitruants, pas de bagarres où les méchants feraient du kung-fu (comme dans l'horrible "Hannibal Lecter"), pas de modernisation inutile du mythe, façon James Bond (Indiana Jones, c'est maintenant un mythe)... Spielberg a réuni tous les ingrédients pour réaliser un petit film d'aventures à l'ancienne, on en oublierait presque qu'en son temps, le premier Indiana Jones était le summum de la technologie cinématographique !
Cette modestie, de toute évidence, n'est qu'apparente ; ce qui fait que le film marche, c'est justement parce que cette volonté de Spielberg s'inscrit "en creux", et même "en contre", par rapport aux productions contemporaines du genre. Ce sans chercher le kitsch volontaire (a contrario de "La Momie"), en cultivant le second degré, plutôt que le troisième. Difficile de dire si ce quatrième épisode au titre à rallonge s'inscrira dans la durée, et s'il sera aussi mémorable que les trois premiers. Ce qui est certain, c'est qu'il faudrait être bien exigeant pour en sortir déçu (mais c'est vrai aussi que la série est devenue si mythique , qu'on a fini par oublier que les premiers non plus, n'étaient pas des chefs d'oeuvre). C'est sans doute le meilleur film de pur divertissement du moment, c'est bien filmé, bien joué... J'ai beau chercher, je ne vois ce qu'il manque...
11 mai 2008
"Teeth" - Mitchell Lichtenstein * *
La découverte de la sexualité, c'est toujours quelque chose de traumatisant. Cela l'est encore plus, lorsque vous êtes une adolescente au cœur de l'Amérique puritaine. Cela relève du cauchemar, lorsque vous êtes atteinte de "vagina dentata". De quoi ? De cette étrange malformation affublant votre vagin de...Dents !
C'est ce qui arrive à la jeune Dawn, dont le prénom est déjà une métaphore. Le film en sera-t-il une, aussi ? Bien entendu ! "Teeth" fait penser, inévitablement, aux premiers films de Cronenberg, ces "séries B" horrifiques qui véhiculaient nombre d'interrogations plus métaphysiques. Plus spécialement à : "Rage", qui voyait une adolescente affublée d'un dard très phallique, sous son aisselle. C'est sous cette tutelle que Mitchell Lichtenstein a inscrit son premier film, dans lequel il met en abyme l'éveil au désir et à la sexualité, à la fois avec sensibilité, et avec humour.
Sans complexe, il exploite l'intégralité des images et allégories que lui offre son sujet : le sexe carnivore, l'arme défensive, l'objet de plaisir, la maitrise du désir, puis la maitrise du corps...Tout y passe, et tout passe. Au détriment, c'est vrai, de l'étude de caractères, un peu superficielle par instants (seule Dawn, en fait, est un personnage crédible). C'est un peu toujours l'inconvénient des satires. Cela n'empêche pas celle-ci d'être très réussie ; il ne manque vraiment pas grand chose à "Teeth", pour être un grand film.
09 mai 2008
"Ténèbres, prenez-moi la main" - Dennis Lehane * *
Dans lequel Patrick Kenzie et Angie Genaro enquêtent sur un tueur en série des plus sadiques, passent du rôle de chasseurs à celui de proies, et finissent par laisser parler leurs sentiments réciproques (car quand on manque de mourir à deux, cela rapproche !). Dire que tout cela semble "déjà-vu", ce serait en-dessous de la vérité : "Ténèbres, prenez moi la main" est un roman téléphoné de la première à la dernière page. Chaque rebondissement est prévisible avec un chapitre d'avance, l'intrigue est bien menée, mais elle est dépourvue d'éclat.
Et pourtant ! "Ténèbres, prenez-moi la main" est un excellent livre. Paradoxe ? Pas tellement : comme beaucoup de livres de première main, celui-ci tient sur pieds car il transcende son sujet, et dépasse le cadre de "simple roman sur un serial-killer". D'abord, l'écriture de Dennis Lehane est superbe. Très crue, mais très vivante, imagée, suggestive. Elle crée la tension, parvient à faire trembler comme une feuille, même lorsque l'on arrive à deviner le pourquoi du comment. Ensuite, l'auteur écrit autre chose qu'un polar, en fait : il pose une réflexion sur la part de ténèbres présente en chacun d'entre nous. A travers la descente aux enfers du héros, il sous-entend que la civilisation ne tient qu'à un fil, que l'humanité n'est qu'une notion relative qui doit être soutenue, toujours, par l'éthique, si elle veut résister aux épreuves. Et que, parfois, il est difficile de ne pas glisser de "l'autre côté".
Un constat qui n'est pas nouveau, il est vrai. Mais dans une société sursécuritaire, prônant continuellement le "risque zéro", où l'inconscient collectif cherche à éradiquer la violence, comme s'il s'agissait d'une simple maladie...Ce constat semblera plus dérangeant que jamais.
Voir aussi, du même auteur : "Mystic River"
(voir aussi l'article référence de Gaëlle, ICI ; les avis des Chats de Biblio, LA)
01 mai 2008
"Passage du gué" - Jean-Philippe Blondel * *
Cette histoire débute à Troyes, en 2006. Elle se poursuit dans cette même ville, en 1985. Comme toute bonne histoire, elle se conclut sur une ouverture vers l'avenir. Elle n'est pas vraiment drôle, n'est pas complètement triste, non plus. Elle ressemble à un peu à la mienne, et à la vôtre, à celle de tout un chacun, que Jean-Philippe Blondel réussit (miracle de la littérature), à dépasser.
"Passage du gué" revisite habilement le thème du triangle amoureux, à la sauce "jeunes gens plus vraiment ados, mais pas encore adultes". L'introduction est bien ficelée, les premières pages drôles, et tendres...Et puis, le livre bascule sans prévenir dans la tragédie (je ne préciserai pas laquelle, ménageons le suspens). A ce moment là, j'ai crains le pire, et le pire c'est la gu...Le pathos ! Amour, amitié, et deuil, font rarement bon ménage en littérature, sinon chez quelques génies. Jean-Philippe Blondel n'est pas un génie, mais il se sort très bien du guêpier, dans lequel il manque de se fourrer : au lieu de partir vers des climats trop sombres, de choisir le mode de l'affliction, il préfère faire avancer ses héros vers une forme de délivrance. Montre comment nous nous construisons tous, avant toute autre chose, sur nos blessures les plus secrètes.
Malgré son sujet plus grave (ou peut-être : à cause lui), "Passage du gué" est un livre moins viscéral que "Juke-box", plus distancié, dans le regard que l'auteur jette sur un thème très similaire : les années formatrices, et le passage à l'âge adulte. Il n'est pas parfait (le final est aussi touchant, qu'un peu mièvre à mon gout), mais il confirme en tout cas que Jean-Philippe Blondel est un auteur avec lequel il faut compter.
Voir aussi, du même auteur : "Juke-box"
(voir aussi les avis de Thom ICI, et des rédacteurs de Biblioblog, LA)
29 avril 2008
"Blonde comme moi" - BB Brunes * *
Vous êtes étonnés que j'écrive un billet sur les BB Brunes ? En fait : moi aussi ! Mais vous savez, je suis une enseignante dans le coup, moi ! Alors j'ai voulu jeter une oreille à la grande passion de mes élèves, ces jeunes BB que je n'aurais surement pas écoutés, sinon. C'est à dire que les autres groupes de la "nouvelle scène", Naast, Plasticines, m'avaient tellement ennuyée...Je n'avais pas très envie de remettre cela.
Pourtant, dans la vie, il ne faut jurer de rien : bien que rapprochés mentalement (et "médiatiquement") des deux autres groupes nommés, les BB Brunes sont d'un niveau très au-dessus, et proposent le premier disque complètement réussi de ce courant. L'album des Naast n'était pas nul, il était inégal, on voyait un potentiel, mais on baillait. Les BB Brunes, pour leur part, viennent de sortir un disque charmant du début à la fin, plein de pèche, de mélodies, et de rythmes sautillants. A la première écoute, on aura tôt fait de penser aux Libertines, mais en fait, c'est plus proche des Dirty Pretty Things (ils décalquent le riff de "You fuckin' love it", ce qui donne "Blonde comme moi"), ou des Hives.
Toutes les chansons ne sont pas parfaites. Mais il y en a plusieurs qui font vraiment mouche : "J'écoute les cramps" (très efficace), "Perdus cette nuit" (très jolie ligne de basse), et "Le gang", sont des chansons de première main, qu'il serait dommage de manquer par snobisme : "ouais, c'est d'la musique d'ados". Peut-être bien, mais le rock en général, c'est de la musique d'ados. Loin d'être les petits branleurs auxquels je m'attendais, les BB Brunes ajoutent à leur pose un côté "nous contre le monde" plutôt convaincant, des textes pas cons...On trouve même un ou deux morceaux urgents, où ils touchent au "truc", par exemple : "Mr Hyde". Dans l'ensemble, Blonde comme moi offre une nervosité assez rare, dans le rock français, un côté Smiths qui n'est pas pour me déplaire.
A découvrir, sans trop se fier au tube "Dis moi", qui est en fait le titre le plus fade d'un disque très sympathique. Cela mérite bien mieux que les moqueries des "vieux rockeurs" : à ne pas confondre avec l'ultra formaté Tokio Hotel. BB Brunes, sont vraiment rock 'n' roll.
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Perdus cette nuit")
27 avril 2008
"Sans arme, ni haine, ni violence" - Jean-Paul Rouve * *
La Société Générale n'a pas attendu Jérôme Kerviel, pour en voir de toutes les couleurs. En 1976, le truculent Albert Spaggiari lui imposait, à Nice, un casse monumental, entré depuis dans la légende : des mois durant, lui et ses complices ont creusé sous la banque, qu'ils vont dépouiller le temps d'un week-end festif ! Cette seule anecdote aurait suffit à le rendre célèbre, ce génie du crime. Cela ne lui suffisait pas : interpelé et emprisonné, il réalisera peu après l'une des évasions les plus spectaculaires de l'histoire. Puis, en cavale, Spaggiari s'est pris au jeu des médias, a nargué tout le monde...Un authentique héros de roman, pour qui le "biopic" semble avoir été inventé.
C'est Jean-Paul Rouve, acteur attachant, qui s'y colle, pour sa première réalisation. Il s'en sort vraiment bien ! C'est pourquoi je préfère évacuer les défauts, dès le début : le problème de Rouve, c'est qu'il se heurte à la Légende avec un "grand L", et s'y perd un peu. Il fait de Spaggiari un loser magnifique, un Robin des bois moderne...Oubliant l'aspect moins sympathique du personnage. Spaggiari était un facho de la pire espèce, ancien para, ancien de l'OAS, une pourriture raciste et antisémite, comme on en voit peu (mais déjà trop !). De cela, aucune trace (ou bien peu) dans "Sans arme, ni haine, ni violence", tout à la gloire du "personnage". C'est d'autant plus dommage, de mon point de vue, que Rouve (également acteur principal), compose un Spaggiari tout en nuances, et n'aurait sans doute pas eu de mal à le mettre aussi en perspective, cet aspect-là.
Il faut donc accepter le parti pris, et faire abstraction de ce que vous savez déjà, si vous connaissez l'histoire. Si vous y parvenez, vous risquez de prendre beaucoup de plaisir : "Sans arme, ni haine, ni violence" est un film d'aventures charmant, à l'ancienne, façon Belmondo - De Broca (comme tout le monde le répète inlassablement, depuis la sortie). De l'humour, du rythme, Rouve n'est pas le plus grand metteur en scène du monde (De Broca non plus...), mais il se débrouille mieux que beaucoup d'acteurs passant derrière la caméra. La distribution est convaincante (chapeau à la chouchoute de Thom, Alice Taglioni), le côté fresque réussi, et l'angle d'attaque (l'histoire est vue par le regard d'un jeune journaliste suivant Spaggiari) est des plus intéressants. Une biographie très partiale, couplée à un très bon film.
(voir aussi l'avis enthousiaste de La Nymphette)
30 mars 2008
"Diamond Hoo Ha" - Supergrass * *
Voyager à travers l'Europe m'a appris beaucoup de choses, celle-ci en tête : Supergrass est le Billy Crawford du rock. Un artiste anglo-saxon très connu en France...Et rien qu'en France. Dans le reste de l'Europe, et plus spécialement en Angleterre, dont il est originaire, le groupe est quasiment anonyme. La différence avec Billy Crawford, c'est que Supergrass mérite son succès.
Trois ans après Road To Rouen, qui avait fait plaisir à la normande que j'étais alors, mais pas tellement à l'auditrice, Supergrass revient en grande forme : Diamond Hoo Ha est un disque énergique, du glam-rock à la T-Rex. Donc une musique festive, sans complexe, volontiers dansante. C'est cette formule simple et joyeuse qui avait, déjà, fait le succès de Life On Other Planet, leur meilleur disque, paru en 2002. La mode étant revenue au rock, Supergrass aussi, et cela donne de grands moments, comme "Bad Blood", ou la chanson éponyme, dont l'intro ne manque pas de rappeler des souvenirs à l'amatrice de Gary Glitter que je suis.
Vous l'aurez compris, je recommande ce disque sans prétentions, mais pas sans finesse. Mon seul reproche sera que quelques ballades sont en trop (c'est le cas de "Ghost Of Friend"). Ce qui n'empêche pas Diamond Hoo Ha d'être mon disque préféré du moment.
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Diamond Hoo Ha Man")
