12 septembre 2009
"La clé de l'abîme" - José Carlos Somoza * *
Après le décevant "La théorie des cordes", José Carlos Somoza est de retour, et il creuse plus que jamais le sillon SF, avec toujours l'art qu'on lui connaît depuis "Clara et la pénombre". Art qui tient en quelques "éléments clés" : SF + surnaturel + roman conceptuel.
Le concept de Somoza du moment, c'est celui de s'inspirer de l'univers de Lovecraft, dans le but de nourrir son propre univers. Je connais peu Lovecraft, j'ai juste lu "L'affaire Charles Dexter Ward", lorsque j'étais plus jeune. J'aurais du mal à dire si le pari est tenu, ou non. Et j'oserai même dire que, dans le fond, je m'en moque pas mal.
Car La clé de l'abîme est vraiment un très bon livre, finalement plus un thriller, qu'un roman fantastique ou de science-fiction, dans lequel on suit avec passion le cheminement de Daniel, individu ordinaire traversant un futur ravagé (j'ai pensé, avec une certaine surprise, à l'univers du manga "Akira", du moins était-ce ainsi représenté par mon imagination), détenteur d'un secret menaçant l'équilibre du monde, puisque remettant en cause la liturgie toute entière, sur laquelle repose ce monde. Alors que dans "La théorie des cordes" et même, dans une moindre mesure, dans tous les autres livres de Somoza, il y a beaucoup d'effets de manche, "La clé de l'abîme" à l'air très limpide, à côté. Peut-être est-ce dû au fait de s'attaquer à un mythe (Lovecraft), dont il se veut le "passeur" respectueux. En tout cas, "La clé de l'abîme" est sûrement le livre le plus dynamique de l'auteur espagnol, peut-être encore plus prenant que "Clara", auteur qui développe toujours, par ailleurs, ce style unique, simple et séduisant.
Bref, c'est un vrai plaisir de le retrouver en si bonne forme !
A lire également, sur ce blog :
Voir aussi l'avis de Laurence, sur le Biblioblog.
07 juillet 2009
"I can wonder what you did with your day" - Julie Doiron * *
J'avouerai tout d'abord mon inculture : je ne connaissais pas du tout Julie Doiron (même pas de nom), il y a encore deux mois. Si j'ai découvert cet album, c'est par hasard, et en bonne partie grâce aux efforts conjugués de Thomas, et d'Arbobo. Le premier a mis dans son "Classement du Golb" un lien vers l'article du second ; intéressée par l'article en question, j'ai eu envie de me procurer l'album, et je ne l'ai pas regretté une minute, depuis.
Tout n'est pas parfait dans ce disque, c'est vrai. Quelques chansons sont un peu monotones, je pense notamment à "Je le savais", titre en français, ennuyeux comme de la chanson française. Mais dans l'ensemble, l'ambiance intimiste et chaleureuse, alternée avec des embardées "noise" bien dosées, fait mouche. C'est à la fois très travaillé, et sans prétention, un peu à la manière des albums de Grandaddy de la belle époque (Grandaddy auquel on pense beaucoup sur le meilleur morceau du disque, à mon avis, "Consolation Prize"). Souvent touchant, I can wonder what you did with your day est, avant tout, un album plein de vie, drôle (les textes sont aussi bons que les musiques, ce qui est rare), coloré comme sa pochette, et moins simple qu'il en l'air au premier contact. Un vrai, un beau disque pop, donc, du moins dans l'esprit, car ce n'est pas vraiment dans cette catégorie que la raison nous dicte de le ranger. En même temps ce qu'on en dit, de la raison...
31 mai 2009
"Dans le Café de la jeunesse perdue" - Patrick Modiano * *
Il fallait oser. Il fallait oser intituler un livre de Modiano : "Dans le Café de la jeunesse perdue", titre si (auto) caricatural que l'on ne sait s'il faut en rire, s'en inquiéter, s'il s'agit d'un geste d'autodérision bienvenu...ou de la preuve, si besoin était, que Patrick Modiano n'est plus qu'une parodie de lui-même.
Tourné vers le passé (on pouvait s'y attendre), ce nouveau roman l'est donc, articulé comme une "enquête" autour de la disparition de Louki, jeune femme habituée du fameux café, enquête constituée de quatre témoignages, de quatre voix (dont celle de l'intéressée), dévoilant une part du "mystère Louki" de manière assez éliptique : plutôt que d'éclaircir les choses, chaque témoignage a tendance à les embrouiller, livrant des indices difficiles à saisir, des références discrètes, des serrures sans clés et, plus étrange encore, des clés sans serrures. Le résulat est des plus étonnant.
Parce qu'il s'agit, d'une certaine manière, d'un exercice périlleux : en apparence, "Dans le Café de la jeunesse perdue" est un livre assez simple, dont la construction "chorale" n'a rien de très original, ni de très ambitieux. Oui, mais d'un autre côté, c'est aussi, peut-être, le roman le plus complexe que Patrick Modiano nous ait offert. Sans cesse, le texte, comme sa fascinante "antihéroïne", donne l'impression de se refuser à nous. De fuir la lumière, les interprétations, pour se tapir dans l'ombre, en appeler au symbolisme, à la poésie (de Yeats, en premier lieu). Tout en ambiance, il semble vouloir nous dire que si le passé ne peut être changé, il peut être réinventé, en permanence, par la mémoire.
Ainsi mis en images (enfin, plutôt : en mots), le constat est troublant de justesse.
22 mai 2009
"The X-Files" - Chris Carter * *
Il remet ça ! Thom Sinaeve, à peine l'odyssée des séries refroidie, "remet le couvert" avec "Retour vers le passé", référendum consacré, pour sa part, aux années 1990. De quoi raviver des souvenirs d'adolescence, à pas mal d'entre nous.
En ce qui me concerne, si je regarde peu de séries aujourd'hui (faute de temps, plus que de goût), j'en regardais beaucoup des les années 1990, et je peux vous dire que c'est avec émotion qu'hier, à l'occasion de ce nouveau référendum, j'ai revu, pour la première fois depuis des années, un épisode des "X-Files". En effet, aussi bizarre que cela puisse sembler, vu que je suis connue pour ne pas trop aimer la S-F, j'ai été, dans ma jeunesse, une fan des "X-Files". Et bien sûr de ses deux héros : Fox Mulder et Dana Scully. Ah ! Mulder et Scully ! ne seraient-ce pas les plus grandes icônes des années 1990 ?
En 1996-97 (époque de l'apogée de la série), vous pouviez aller n'importe où, prononcer leurs noms devant n'importe qui, tout le monde savait de quoi vous parliez. Même en France ! "X-Files", c'était plus qu'une série, c'était un phénomène de société. Un feuilleton long et complexe (c'est le moins que l'on puisse dire : 9 saisons, 201 épisodes !), parfois très difficile à suivre (parce que l'arc principal - environ 70 épisodes en tout - était dilué, sans doute trop, dans des intrigues secondaires), mais dont les deux personnages principaux étaient si charismatiques, qu'elle devint quand même un succès planétaire.
Mais c'est que les "X-Files", en dehors de leur contenu, avaient un côté très "novateur", qu'on a un peu oublié. Aucune série, avant celle-ci, n'avait traité les personnages de manière si paritaire (l'homme était toujours le héros, la femme le faire-valoir, ce qui n'est pas le cas ici, Mulder étant bien souvent le faire valoir de sa complice), n'avait osé des intrigues aussi complexe, ou à ce point soigné l'écriture, ou la mise en scène. A part, bien sûr, "Twin Peaks", à laquelle les "X-Files" doivent énormément. L'autre innovation d'importance étant, évidemment, l'introduction d'une mythologie dépassant largement les frontières du programme, pour revêtir un côté presque "interactif" ("X-Files" et l'essor du Web sont, d'ailleurs, intimement liés). Introduction ou réintroduction, plutôt, puisqu'une autre série avait déjà expérimenté cela, dans les années 1960 : "Star Trek".
Si l'expression "série culte" désigne, aujourd'hui, n'importe quelle série que dix personnes adorent, elle a été inventé pour qualifier les "X-Files", et ce n'est donc pas un hasard.
Bien sûr, ce billet n'était qu'une rapide mise en bouche. Une piqûre de rappel avant de voter, peut-être. Du teasing ! Je laisserai à d'autres le soin de décrypter cet univers, d'une rare richesse, qui a su doper l'imaginaire de ses spectateurs au-delà de ses défauts, ce qui n'est pas si courant.
16 avril 2009
"American Gangster" - Ridley Scott * *
"American Gangster" est un film bizarre, tout comme son réalisateur, Ridley Scott, est un réalisateur bizarre. On a l'impression de le connaître (le film, le réal aussi), de l'avoir déjà vu ailleurs, mais on n'arrive jamais à savoir où, à isoler cette impression de "déjà-vu" pour l'identifier.
En fait, ce film minimaliste racontant la carrière, puis la traque, de Frank Lucas, célèbre gangster des années 70, c'est un peu un patchwork de plusieurs autres films. Sans jamais les plagier, mais disons qu'il les réunit tous sous sa bannière. "Zodiac" est le premier qui vient en tête : on en retrouve l'esthétique, la reconstitution sobre et classe. "Arrête-moi si tu peux", pour la seconde moitié, est en filigrane, même si l'on est dans une histoire bien plus sordide. Jusqu'à dériver vers "Heat" (le film de Michael Mann avec DeNiro et Pacino, je ne sais pas si certains s'en rappellent, vu que cela reste un film assez "mineur").
Le résultat final est assez intéressant. Très détonnant par rapport à tout ce qu'on a pu voir, dans le genre film de gangster. Sans doute plus réaliste. Plus passionnant ? Pas forcément. Parce qu'en dépouillant son histoire du folkore, en réduisant sa mise en scène (ailleurs baroque, et sensationnelle) au plus strict minimum, Ridley Scott a réalisé un long-métrage qui, se voulant simple, devient par moments un peu plat.
Ceci dit, "American Gangster" reste vraiment un bon film. Son casting n'y est pas pour rien : de Washington en Crowe, en passant par Gooding Jr, il n'y a que des acteurs exceptionnels, et exceptionnellement en forme. Si l'on a parfois l'impression qu'ils font tout le boulot, quel boulot ils font, et quelle histoire singulière Scott nous raconte...
10 septembre 2008
"Le Médianoche amoureux" - Michel Tournier * *
Vingt contes et nouvelles, et autant d'histoires à la fois simples, et fantasques (si pas fantastiques).
Le concept est alléchant : un couple qui a décidé de se séparer invite tous ses amis à un médianoche pour le leur annoncer. Au cours de la soirée, chaque convive va raconter une histoire. Certaines sont vécues, d'autre imaginaires, d'autres tronquées, et d'autres encore sont fantasmées.
La somme de ces dix-neuf récits ammassés donne quelque chose d'étonnant, comme un unique "roman gigogne" qui peut se feuilleter ("s'effeuiller", même ?) à loisir. L'écriture est parfaite, raffinée comme toujours chez Michel Tournier (qui n'est pas considéré comme l'un des plus écrivains vivants pour rien) ; chaque mot donne l'impression d'être parfaitement à sa place, et le lecteur ne s'ennuiera pas une seconde. Surtout, ces petits contes et ces grandes nouvelles ont un sens commun : quelque chose comme de l'idéalisme, une sensation d'espoir permanente, qui peut-être n'est que de l'utopisme de la part de l'auteur. Mais dans le monde d'aujourd'hui, tous ces contes, tous ces rêves auxquels Tournier dresse une ode, sont plus que bienvenus : nécessaires.
19 août 2008
"Le Tailleur de Panama" - John Le Carré * *
Harry Pendell est un anglais bien tranquille, installé au Panama avec sa femme et ses deux enfants. Tailleur connu, et reconnu, il habille tous les notables de la ville, va de vernissages en cocktails, personnage discret, incontournable. A tel point que lorsque l'agent Osnard cherche à recruter une taupe au Panama, c'est à ce pilier de la communauté qu'il pense : à la fois omniprésent et méconnu, Pendell fait partie des meubles, et il présente le profil idéal, puisque son lourd passé (il a appris son métier en prison) le rend sensible à toutes sortes de pressions. Effrayé à l'idée de voir sa réputation s'effrondrer, Harry accepte donc de renseigner les services secrets britanniques, manque de chance : il n'a rien à leur dire !! Voici bien longtemps que le Panama n'est plus une zone à risques, il ne s'y passe plus grand chose, mais comment le faire comprendre à Osnard sans que cela passe pour un "refus de collaborer" ? C'est impossible, et Pendell n'a pas d'autre choix que d'inventer des histoires, telle une Shéhérazade en costume cravate !
John Le Carré ne cache pas que, pour ce livre, il s'est largement inspiré du classique de Graham Greene, "Notre agent à la Havane". Mais en exploitant le même point de départ (un mythomane du renseignement), il a réussi à construire le roman presque inverse. En effet, le livre de Greene est un thriller insoutenable, puisque le lecteur ignore durant toute l'histoire que le héros (dont j'ai oublié le nom) ment. Dans "Le Tailleur de Panama", c'est une évidence dès le premier bobard, et cela crée un décalage comique réjouissant : on se demande de bout en bout comment Harry va se tirer de son mensonge, s'il y parvient, et s'il ne risque pas de provoquer quelque catastrophe diplomatique, sur son passage. Peu de suspens, donc (on devine, assez vite, que tout cela va mal tourner), mais beaucoup d'humour, dans ce roman d'espionnage "pour rire", où l'auteur donne l'impression de se parodier lui-même avec bonheur. Idéal pour le peu de vacances qu'il vous reste.
Voir aussi, du même auteur : "Le Voyageur secret"
15 août 2008
"Accès direct à la plage" - Jean-Philippe Blondel * *
Quel étonnant roman que celui-ci, le premier de Jean-Philippe Blondel.
A mi-chemin entre le recueil de nouvelles et la partition (j'ai pensé, étrangement, à Blood on the tracks, mais c'est peut-être parce que je l'écoutais ?), cet "Accès direct à la plage" étonne par sa cohérence, sa mise en scène de souvenirs estivaux, en apparence fugaces, qui se révèlent au fil des pages comme les fragments d'une même (poignante) histoire. Il s'agit, en fait, de balayer trois décennies de souvenirs de plage, d'éclats, à travers les yeux d'une ribambelle de narrateurs. On y parle surtout de choses éphémères, des petits détails qui s'inscrivent dans une même histoire. Un puzzle / fresque difficile à raconter dans un billet, mais limpide sous la plume de l'auteur, et qui se reconstruit sous nos yeux, avec un mélange d'entrain et de gravité qui sied bien à cette époque bizarre de l'année : les vacances.
De la nostalgie à la mélancolie, il n'y a souvent qu'un pas, et en s'approchant de l'époque contemporaine, le roman s'enfonce en effet dans une tristesse infinie, mais non dénuée de tendresse. J'avais lu des critiques vantant un livre joyeux, j'avoue avoir été pour mes frais, ou plutôt si : mais il y a aussi de la peine. Je dirais même que c'est la rencontre de ces deux émotions qui le fait "ressembler à la vie" !
Du point de vue "technique", ce n'est pas encore "le Blondel de "Passage du gué", et cette manière de brouiller les cartes, noie un peu, par moments, les caractères. Mais il y a, déjà, ce goût pour le passé, l'adolescence envolée, cet attrait pour "la vie immédiate", qui m'a tellement plu ailleurs. Je vote donc pour, et (presque) sans réserve.
14 août 2008
"Gone, Baby Gone" - Dennis Lehane * *
"L'Enfer, ce n'est pas toujours les autres", concluait Thom à la fin de son billet sur ce terrible livre. Je ne saurais que trop lui donner raison. Une disparition d'enfant, des enquêteurs ambigus, une mère junkie affligeante, des héros brinquebalés au travers d'une ville au bord de l'explosion... "Gone, Baby Gone", c'est l'apothéose de la série Kenzie - Genaro, par Dennis Lehane.
Comme dans les précédents épisodes, la mécanique est bien huilée, les héros torturés (dans tous les sens du terme) et les questions posées, dérangeantes : extension de l'interrogation ouverte par "Ténèbres, prenez-moi la main", sur l'attrait que le "côté obscur" exerce sur chacun de nous, l'interrogation clé de "Gone, Baby Gone", ce pourrait être celle de l'attrait du "côté clair". Jusqu'où un homme peut-il éprouver ses propres valeurs, étirer sa propre morale, et jusqu'où l'horreur peut-elle mener un individu ordinaire ? L'écriture de Lehane est plus forte que jamais, les portraits brillants, jusqu'au plus petit second rôle, la fin insoutenable. Seul "bémol", pour moi : Patrick Kenzie ressemble de plus en plus à un superhéros. On peine à croire qu'il parvienne encore à se relever de ce qu'il traverse dans ce nouvel épisode. Bémol entre guillemets : il est possible qu'il ne s'en remette pas, et qu'on le retrouve complètement dépressif et suicidaire dans l'épisode suivant ("Prières pour la pluie"). A suivre, mais pas tout de suite : je ne sais pas pour Patrick, mais moi, j'ai eu ma dose d'horreur pour l'instant !!
Voir aussi, du même auteur :
(voir aussi l'avis d'Ingannmic, chez les Chats, et l'article de Gaëlle, sur l'ensemble de la série)
09 août 2008
"L'été meurtrier" - Sébastien Japrisot * *
Je connaissais bien sûr le film, inlassablement rediffusé, avec Isabelle Adjani, et Alain Souchon. A l'occasion d'un nouveau cycle de l'Aristochat, consacré ce "bimestre" à Sébastien Japrisot, j'ai découvert le livre. Très agréable surprise que celle-ci : si le film est trop typé "années 80", et a beaucoup vieilli, le livre, pour sa part, est très efficace, et complètement indémodable.
Histoire de vengeance à travers les générations, histoire d'amour fou, "L'été meurtrier" met en scène Pinpon, "un amant naïf et sentimental" (pour paraphraser John LeCarré). Séduit par Elle, il la suit dans sa course folle, elle qui veut retrouver et punir ceux qui, autrefois, violèrent sa mère. A tout prix, même s'il faut plonger son amant dans un état de servitude totale ; même s'il faut l'entraîner jusqu'à la perte.
Si l'écriture de Sébastien Japrisot m'a semblé un peu terne (succéder à Jaenada n'est pas facile !), difficile ne pas se laisser happer par l'ambiance sensuelle, troublante, qui se dégage de ce court roman. Si les notes de l'éditeur peuvent laisser croire qu'il s'agit d'un policier, on est surtout en face d'un vrai roman noir, genre dont je découvre que je l'aime beaucoup : l'étude de caractère est prépondérante, l'action réduite à l'essentiel... Le minimalisme de Japrisot sied bien à ce fait divers sordide, et lorsque le livre bascule dans une version trash de "Carmen", le lecteur succombe !
