115th Dream

Carnets de culture d'une enseignante de 26 ans. De la lecture surtout, musique un peu, cinéma parfois, peut-être d'autres choses (on verra !).

05 juillet 2008

"Le petit copain" - Donna Tartt * * *

donnatarttL'avantage des vacances, c'est qu'elles permettent de me délecter de lectures que je peinerais à finir, dans l'année, lorsque je travaille. "Le petit copain" est de celles-ci, énorme pavé dont chaque page est à savourer, en prenant son temps, comme pour une longue promenade dans un musée.
La comparaison peut sembler bizarre, mais c'est cela que j'ai pensé en lisant cet ouvrage sensationnel, signé par la protégée de Bret Easton Ellis, chouchoute de Gaëlle, de Thom... Dont j'avais lu, il y a longtemps, "Le maître des illusions". Un premier roman se jouant des codes du thriller, superbement écrit, tout en atmosphères... Mais, un petit peu surestimé, à mon avis.
Dans "Le petit copain", Donna Tartt prend une autre dimension, et s'amuse (me semble-t-il) à adopter le contre-pied de son premier livre. Pas de suspens insoutenable ici, par exemple, même si la trame est vaguement policière : Harriett, douze ans, décide durant l'été de résoudre le meurtre de son frère, Robin, retrouvé pendu dans la cour de la maison, à une époque où elle n'était qu'un bébé. Une accroche "vaguement" policière, écrivais-je, parce que l'on comprend vite que Donna Tartt marche plus dans les pas de William Faulkner (période "Sanctuaire"), que dans ceux d'un quelconque "maître du polar".
Je n'ai donc pas été étonnée de constater que, rapidement, les enjeux du roman allaient se révéler tout autres : il s'agit d'une oeuvre initiatique, sur le passage à l'âge adulte, les peurs de l'enfance, ajoutée à une satire assez habile de l'Amérique profonde. On est loin du "Maître des illusions", dont on retrouve la plume magnifique, la capacité à faire "exister" des personnages, mais pas du tout le côté cruel, et corrosif : dix ans après son premier roman, l'auteur a mûri. Moins rageuse ou cruelle, elle se laisse aller à la tendresse pour une petite fille étonnante, un petit copain ambigu, sans tomber dans la niaiserie, mais sans, non plus, verser dans le côté "ce monde vicieux de nos chères têtes blondes". En maintenant, et avec quel brio, l'équilibre entre les deux, elle parvient à écrire une fresque captivante, qui vaut bien plus par ses innombrables digressions (flashbacks détonnants, portraits de personnages secondaires, changements de point de vue, descriptions interminables...) que par son histoire elle-même.
Ceci explique, peut-être, les réactions parfois tièdes, que j'ai pu lire sur le Net. Dans ce second roman, Donna Tartt abandonne (volontairement ?) le côté : "grande littérature populaire", qui a fait le succès du "Maître des illusions". Tout ce qui faisait que ce précédent livre pouvait plaire aussi bien aux fans de Faulkner (ou d'autres classiques de la littérature américaine), qu'aux teenagers, ou aux amateurs de littérature de genre... Tout cela, on ne le retrouve pas dans "Le petit copain", qui est un livre bien plus abrupte, bien moins "accessible" et, sans doute, bien moins universel (au sens : "consensuel"). Mais il n'est pas illogique qu'un auteur trouve vraiment sa voie avec un second roman ; si la mue est plus brutale, c'est parce que tous les auteurs ne mettent pas dix ans à publier ce second roman. Dix ans de silence littéraire, c'est prendre le risque que le fan plus absolu du premier livre, garde d'un écrivain une image "figée" et oublie que, derrière l'évolution d'une bibliographie, il y a toujours "l'évolution humaine" d'une personne.
Je pense que tout le monde voit bien que ces réactions frileuses, souvent assorties d'un "quelle déception, après "Le Maître des illusions" !", m'ont contrariée : car "Le petit copain" est un livre immense, peut-être même un chef d'oeuvre, dont j'ai la sensation qu'il n'a pas trouvé son public pour de tristes raisons. Parce que l'auteur d'un super disque punk, super rapide et super nerveux, a décidé dix ans plus tard de sortir un second album de folk. Pourtant, tout le génie du "Petit copain", cette vision incroyable, cette force dans les personnages, ce souffle dans l'écriture, tout était déjà en germe dans le premier, et c'est ici transcendé ! Donc, comme le dit le nom de la catégorie : à ne surtout pas manquer !

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30 juin 2008

"The Golden forestate of heaven" - Alec Empire * * *

k17028e1pvt2002, Festival Le Rock Dans Tous Ses Etats A Evreux. Nous sommes nombreux, dans le public, à attendre avec impatience Tricky. Le concert n'aura jamais lieu (on ne saura jamais pourquoi). C'est alors qu'un type complètement excité monte sur la scène, avec un groupe tout aussi excité, surtout le guitariste hystérique (nous apprendrons plus tard qu'il s'agissait de Danny Lohner, de Nine Inch Nails). Ce fut une sacrée expérience. Le concert le plus violent de mon existence, une grosse demi-heure tout au plus... Mais qui aurait pu en supporter plus ? Boule de haine montée sur ressort, Alec Empire, quasi nu, a livré un show incroyable qui ne m'a donné qu'une envie : acheter tous ses disques en rentrant.
On voit que la vie est marrante, car en fait, je n'ai jamais adoré un seul album d'Alec Empire. Ni ses ouvrages "techno-hardcore" avec les cultes (mais abrutissants) Atari Teenage Riot ; ni ses premiers disques solos tendance "electro-expérimentale" ; ni ses albums d'après 2000 où, orphelin de son groupe d'excités, il renoue avec le rock industriel le plus sauvage. Finalement, la seule chose que j'ai adoré d'Empire, dans toute ma vie, a été cette demi-heure incroyable, primitive, tribale, même.
Et voilà, donc, The Golden forestate of heaven. Neuvième album solo (si mon compte est bon ?) qui n'aurait pas dû me toucher, et n'aurait même pas dû me tomber dans les oreilles.
Surprise : Alec Empire est devenu un être humain. Après quelque chose comme quinze ans de bruits, et d'expérimentations diverses, le berlinois vient de publier (enfin) un véritable album "pop". Pop, pas au sens Coldplay ; au sens où il s'agit de vraies chansons, avec des couplets, des refrains, qu'on retient et qu'on chante. Des chansons qui marchent, pas forcément plus "organiques" que sur les albums d'avant, mais plus humaines, plus abordables. Il semble avoir voulu résumer sa mue dans le titre : "New man", au texte relativement introspectif et à la mélodie rappelant Depeche Mode. L'ensemble du disque, d'ailleurs, est orienté dans cette direction : "new-wave" (c'est la mode), mais new-wave moderne. Alec Empire aime peut-être le "vintage", mais il ne perd pas son temps à jouer du "rétro". The Golden forestate of heaven est un compromis passionnant entre la new-wave d'hier, et l'électronique d'aujourd'hui, qui développe un son cybernétique captivant (sur "Death trap in 3D"), et une tonalité vocale qu'on ne connaissait pas chez Empire, rappelant Lou Reed (sur "If you live or die"). Difficile de ne pas être capté par la torturée (et super sexy !) "1000 eyes", et difficile de ne pas penser au David Bowie de la période Outside... en beaucoup plus direct, mélodique, dansant.
En bref : un des disques les plus intéressants de l'année en cours, par sa capacité à conjuguer le passé et l'avenir dans le même temps.

En cliquant sur l'image, vous pourrez écouter : "Death trap in 3D" (pas le morceau le plus réussi, ni le plus original, mais c'est le seul que j'ai trouvé...)

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04 juin 2008

"Era Vulgaris" - Queens Of The Stone Age * * *

Era_VulgarisParu l'an dernier, le cinquième album des Queens Of The Stone Age a reçu un accueil mitigé, que j'ai un peu de mal à m'expliquer. Mais je ne suis peut-être pas une référence : après tout, j'ai toujours été plus réservée face à l'engouement, suscité par ce groupe né des cendres de Kyuss (groupe heavy-rock héros de mon adolescence). Si je reconnais de grandes qualités au méconnu Rated "R" (2000), si j'admire l'excellent Songs For The Deaf (2002)... Je ne fais pas partie de ceux et celles qui considèrent ce dernier comme le meilleur album de la décennie. Il en va de même pour le groupe, que j'aime bien, mais dont je trouve la production inégale (un premier album anecdotique, un Lullabies To Paralyze encensé en 2005, que j'ai trouvé bruyant et répétitif).
Peut-être parce que j'en attendais beaucoup moins que d'autres, j'ai été enthousiasmée par Era Vulgaris, premier disque du groupe culte que j'apprécie du début à la fin. Un album "a priori" plus mélodique, en tout cas plus léger, tout à la gloire de Josh Homme, leader du groupe dont la voix lisse se marie mieux au rock "classique", qu'au hard. En très grande forme, il a décidé de mettre l'accent sur les mélodies, plutôt que sur les gros riffs, en résulte deux chansons vraiment géniales : "Make It Chu" et "3's & 7's".
Comme sur chaque album des Queens Of The Stone Age, c'est cependant la production qui fait la différence. Depuis Rated "R", le groupe développe un son très personnel, à la fois lourd et clair, qui fait passer parfaitement la pilule de titres plus agressifs ("Sick Sick Sick" ou "Misfit Love"). Son succès planétaire, n'en doutez pas, vient de cette capacité à lisser (policer ?) le heavy-metal : les Queens Of The Stone Age ne sont ni trop trash, ni trop pop. Ils passent aussi bien en radio qu'en soirée, en voiture, je connais même une boite où ils passent aussi !
Cette universalité, déjà présente sur leurs précédents disques (je ne compte pas le premier, un très bon disque de hard, mais un disque de hard, sans plus), trouve sur Era Vulgaris une forme d'accomplissement. Sans perdre sa substance, ni ses rythmiques puissantes, le groupe avance vers une musique plus aérée, donc : plus agréable. Beaucoup ont fait au groupe le procès, l'an passé, de "virer pop". Une idiotie, doublée d'un préjugé : qui y a-t-il de "pop" dans "Sick Sick Sick" ? Ou "Run, Pig Run" ? La pop, il me semblait que c'était une musique universelle, n'écorchant pas les oreilles de ma voisine...

Comme d'habitude, vous pourrez écouter un morceau en cliquant sur l'image. Il s'agit de "Into The Hollow", une des meilleures chansons de ce cru 2007, qui montre les progrès incroyables de Josh Homme, en tant que chanteur.

(voir aussi les avis de Klak, et de G.T., sur une seule chanson !)

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03 mai 2008

"Dig, Lazarus, Dig !!!" - Nick Cave & The Bad Seeds * * *

lazaruswebDepuis que je me promène sur les blogs, j'ai remarqué qu'il n'y avait qu'un seul artiste pour y faire l'unanimité : Nick Cave. On aurait pu s'attendre à trouver plutôt David Bowie, ou Radiohead...Mais ceux-là sont, en fait, plus souvent (et plus durement) critiqués, que l'inaltérable auteur de "The Mercy Seat". Cela me surprendra toujours : dans la vie, je n'ai jamais croisé une aussi énorme concentration de fans de Nick Cave. Je dirais même que, parmi mes amis, peu de gens l'aiment. C'est normal : tous les fans français de Nick Cave, ils se planquent sur le Net. Un nouvel album de Nick Cave, c'est donc obligatoirement un évènement, sur les blogs.
Et pourtant ! Depuis quelques semaines, je lisais des critiques plus dures que d'habitude, à l'égard de Nick et de ses Bad Seeds. Dig, Lazarus, Dig !!! serait un disque fade, désincarné, lisse, sans aspérités (je vous épargne la liste exhaustive). Nick Cave aurait même viré "commercial", selon certains. A lire cela, il y a de quoi s'inquiéter. Mais le plus embêtant c'est que, dans un premier temps, cela se confirme ! Malgré un rythme entêtant, la première chanson (éponyme) s'avoue des plus frustrantes. Quelque chose semble manquer, mais on ne sait pas trop quoi. "Today's Lesson", morceau plutôt entrainant, pose les mêmes questions...Comme s'il y avait de très bonne idées, pas forcément achevées. Et le son est affreusement lisse, vraiment. Coup d'œil aux notes de pochettes : c'est bien Nick Launay aux manettes, comme sur les trois disques précédents (dont The Abattoir Blues, peut-être le meilleur disque "rock" des années 2000). C'est là qu'on se rappelle que Nick Launay, si on lui doit des classiques (Flowers of romance de PIL, If I die...I die, de Virgin Prunes), a aussi produit quelques vraies cochonneries (au nombre desquelles : les trois premiers Silverchair !).
Mais Nick Cave est un malin. Et Dig, Lazarus, Dig !!! : un disque des plus vicieux. Après la perplexité (une écoute), le rejet (deux à trois écoutes), ses chansons ont fait leur petit bout de chemin dans ma caboche, et voilà qu'un matin je me suis surprise à chanter "Albert goes west" en allant travailler. Bizarre ! Je reviens donc, le soir venu, sur cet album...Pour m'apercevoir que j'en connais, déjà, tous les titres par cœur (ou presque). Etonnée, je monte le son. Fort, un peu plus fort...Et je découvre, alors, un album de rock'n'roll comme j'en ai entendu bien peu, ces dernières années.
La principale qualité, ici, c'est le groove. Cela n'étonnera personne, connaissant Nick Cave, dont les albums ont toujours été pourvus de rythmiques assez obsédantes (voir Let love in ou Murder Ballads). A bien les écouter, "Today's Lesson", "Moonland", sont des descendants directs de "Stagger Lee". Une tension étrange, le rythme est plus speed qu'à l'habitude, mais en fait, Nick Cave fait toujours du Nick Cave. La vraie différence, c'est que c'est un album plutôt joyeux (du point de vue des mélodies, car les textes sont toujours aussi morbides). Il est même "accessible" (il faut que je le teste sur mes élèves). Il peut se chantonner sous la douche (les autres aussi...Mais ce n'est quand même pas l'idéal, quand c'est dimanche et qu'il fait beau dehors, je trouve).
Nick Cave dévoile, en fait, une autre facette de son talent, un peu nonchalante sur "More news from nowhere", peut-être un peu facile, ici ou là (cela sera mon unique reproche, mais Nick Cave aussi, a le droit parfois de verser dans la facilité). L'ambiance est souriante, décontractée. Sans jamais être trop légère, ni idiote...Dig, Lazarus, Dig !!!, c'est peut-être cela : ce que la musique pop devrait tout le temps être. Mais n'est pas souvent : chaleureuse, dansante, et, surtout : élégante.

(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Albert goes west")

(voir aussi les articles de G.T. sur Art-Rock, et de Thom sur Le Golb, qui a aussi écrit une somme sur Nick Cave en général, ici, et )

(P.S. : elle est assez longue, celle-ci, Gaël ? :)

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27 avril 2008

"Mystic River" - Dennis Lehane * * *

9782743612818Deux billets le même jour...Voilà qui n'est pas dans mes habitudes, mais je profite d'avoir un peu de temps (ce qui devient rare). De plus, je parle cette fois d'un livre particulier, puisqu'il a été lu dans le cadre du Blog des Chats, ce qui impose une minuscule contrainte de temps.
Moi qui n'ai aucune affinité avec le polar, j'avoue que j'ai un peu ronchonné, quand Dennis Lehane a été proclamé ARISTOCHAT. J'ai jeté mon dévolu sur "Mystic River", le premier que j'ai trouvé. J'avais beaucoup aimé le film de Clint Eastwood ; le roman dont il est adapté est tout aussi bon.
L'histoire, si vous ne le savez pas, est celle de trois adolescents réunis autour d'une même tragédie (l'un d'eux a été kidnappé sous les yeux des autres), qui se retrouvent à l'âge adulte, à l'occasion de l'assassinat de la fille d'un d'entre eux. Face aux coups du sort, à la fatalité, les souffrances des uns sont devenues les tabous des autres. Chacun s'apprête alors à jouer le rôle que le destin lui a réservé, dans cette pièce étrange ayant lieu sur les bords de la fameuse "Mystic River" : l'un est victime, l'autre suspect, l'autre enquêteur. Dennis Lehane va jouer avec les apparences, ménager le suspens et, surtout, multiplier les points de vue de manière assez passionnante. Pas de héros, pas de pourris, juste des êtres humains, ravagés par les fantômes du passé.
Je ne pouvais que me laisser séduire, puisque l'écriture est superbe, et surtout, parce que l'intrigue policière est très secondaire. L'intérêt réside plutôt dans une étude des mœurs d'une ville abimée par la misère sociale, dans la chronique de caractères que tout oppose, et qui finissent par communier dans la souffrance. L'histoire est aussi bouleversante que la plume, et lorsqu'on referme le livre, on reste hanté par ses héros longtemps, très longtemps après...

(voir aussi la critique de Thom)

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15 avril 2008

"Un mal qui répand la terreur" - Stewart O'Nan * * *

mal_qui_repand_la_terreurStewart O'Nan est un auteur assez génial. C'est vrai, n'importe qui passant après Thomas Clément m'aurait paru génial. Mais lui, O'Nan, il l'est vraiment, et "Un mal qui répand la terreur" est à mon avis son meilleur roman à ce jour, encore mieux que "Le nom des morts". Oui, carrément !
Ames sensibles s'abstenir, on s'y retrouve plongé dans le village de Friendship (!), en pleine guerre de sécession, où une épidémie de diphtérie répand la terreur...Mais aussi la mort, le sang, la folie. A mi-chemin entre "La peste", et une variation sur le mythe de Job, le roman de Stewart O'Nan présente ainsi la déchéance de Jacob, le fossoyeur, qui à force d'enterrer les corps de ses concitoyens, de s'épanouir dans la mort, finira par être possédé par elle.
Je reconnais qu'on ne nage pas dans la jovialité, et que ce livre a de quoi faire vraiment peur. La noirceur implacable d'O'Nan, transforme Friendship en un endroit étouffant ; le livre est aussi oppressant que lent, sinistre...Mais beau, aussi, le temps d'une danse, de Jacob avec son épouse, aussi lugubre que poétique (je vous promets...). Oui, il faut faire une ou deux concessions à cet univers si dur, pour parvenir à terminer "Un mal qui répand la terreur" sans fondre en larmes. Il y a des livres qui font pleurer à force de guimauve, celui-là, fait pleurer à force de la refuser. Cela ne se termine même pas bien, je vous préviens tout de suite.
Mais c'est BEAU, et prodigieusement bien écrit. Que faut-il de plus ? Un cœur bien accroché, peut-être...

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05 avril 2008

"Blessés" - Percival Everett * * *

9782742765386Percival Everett est, sans doute, le plus enragé de tous les écrivains américains actuels. Il le prouve une nouvelle fois avec "Blessés", son dernier publié en France, une histoire aussi belle que pessimiste, ambiance far-west, ou comment l'Amérique a été meurtrie par deux mandats de bushisme.
John Hunt vit retiré du monde, dans un ranch. Il y coule des jours paisibles, rien n'arrive plus dans sa vie, mais il n'en attend plus rien, et s'en satisfait très bien. Jusqu'à ce qu'un crime homophobe d'une incroyable violence survienne, à quelques kilomètres seulement de chez lui. Lentement, le comté va avancer vers la violence. John, noir peinant à assumer sa condition d' "african-american", ne peut s'empêcher de s'impliquer dans les évènements à venir. Jusqu'à s'y perdre complètement.
Il y a dans ce roman, en plus de l'histoire elle-même (digne des meilleurs polars de Jim Thompson), une thématique de l'échec très forte : où trouver l'espoir ? voilà ce que semble demander l'auteur. C'est le constat d'échec de toute une génération, celle du personnage, comme celle d'Everett, qui de sa vie d'adulte n'aura presque connu que des présidents conservateurs (Ford, Reagan deux fois, Bush père, Bush fils deux fois), et y aura laissé la plupart de ses illusions, tous ses rêves de bonheur, ou d'avancées sociales.
L'ambiance est désenchantée, sinon désespérée, et seule la langue semble porteuse de lumière : Percival Everett joue avec les mots avec bonheur, c'est très frustrant de lire un tel écrivain en français. D'ailleurs, le titre anglais de son livre n'est pas "Hurt", mais "Wounded" : "blessés", au sens "mutilés de guerre". Tout est dit, et, comme toujours avec Percival Everett, c'est du grand art !

Voir aussi, du même auteur : "Effacement"

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25 mars 2008

"Ghost Days" - Syd Matters * * *

ghostdaysTroisième album d'un groupe que je suis depuis ses débuts, et aime tout particulièrement : Syd Matters. Pas un groupe de nerveux, c'est peu de le dire que leur musique est douce. Mais quelle féérie !
Si le précédent disque, We will forsee obstacles, peinait à voir Jonathan et ses amis se renouveler, Ghost Days les retrouve à leur meilleur, plus subtils que jamais, s'illustrant dans des compositions exceptionnelles ! "Cloudflakes" les voient se hisser au niveau d'un Radiohead ; "Ghost Days" évoque un interlude d'Air, ou de Wilco (époque Yankee Hotel). Le reste du temps, on pensera à un mélange de Gainsbourg, de Nick Drake, de Jeff Buckley.
Beaucoup de groupes convoquent ces influences depuis quelques années. Cependant, ils sont rares à pouvoir affirmer une véritable personnalité, à partir de tout cela. Syd Matters n'a pas ce problème, car son leader possède une voix très personnelle, et immédiatement reconnaissable. A la fois on se sent "à la maison", dans des climats et des ambiances connues, et à la fois on est surpris par la singularité d'une musique moins facile qu'il parait : "It's a nickname", ou la sombre "Nobody told me", ont vraiment leur truc à elles.
Alors, d'accord, c'est de la musique pour neurasthéniques. Vous ne mettrez pas beaucoup d'ambiance en soirée avec Ghost Days. Vous ne vous ferez pas d'amis, dans le meilleur des cas, vous pouvez utiliser l'album pour vous endormir. Mais c'est aussi une qualité, de pouvoir composer une musique douce, et apaisée, pour la nuit. Il serait vraiment dommage passer à côté de celle-ci !

(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Everything else")

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21 mars 2008

"Histoire de Lisey" - Stephen King * * *

20070914_histoire_lisey_kingEncore un grand Stephen King ?, vous demandez-vous, en voyant la catégorie. Oui ! Mais cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé, quand même. Le dernier que j'avais lu, "Roadmaster", m'avait assommée (n'en cherchez pas la critique sur le blog, je ne l'ai pas fini). Alors, comme à chaque panne d'inspiration, Stephen King a utilisé sa botte secrète : l'histoire d'écrivain torturé. Je ne reviendrai pas sur la fort juste analyse de Thom (ICI), pour en venir à l'essentiel : l'histoire de Lisey, c'est surtout celle de Scott, dont elle est la veuve. Un écrivain torturé (pléonasme ?) a l'univers bien particulier, très riche, très coloré, très sombre (voir la très belle couverture).
Une fois Scott mort, Lisey va sombrer un peu (c'est le cas de le dire), et se perdre, littéralement, dans l'œuvre de son défunt mari. Donc, dans sa psyché baroque, et macabre. Stephen King nous fait assister là à des vision impressionnantes, délirantes comme les voyages "transdimensionnels" de "Rose Madder", douces et romantiques comme les rêveries de "Sac d'Os". "Histoire de Lisey", un "thriller psychologique" ? J'ai bien tremblé, de page en page. Pourtant, le suspens n'est pas le principal atout de ce ixième roman. "Roman psychologique" ? Oui, plutôt ! Et roman très, très réussi.
Il fallait bien que cela arrive un jour, voilà, c'est fait : pour la première fois (à mon avis : pas la dernière), le mot "THRILLER" sur un livre de Stephen King, est juste là pour ne pas désorienter les fanatiques. A voir leurs (mauvaises) réactions sur le Net, cela n'a servi à rien. Et bien : tant pis pour eux !! Stephen King n'a plus besoin d'égorger des femmes, de trucider des chiens, d'agresser des enfants...Pour dire ce qu'il a à dire, et faire passer l'émotion. Un roman superbe.

Voir aussi, du même auteur : "Running Man"

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29 février 2008

"Je, François Villon" - Jean Teulé * * *

JFVL'engouement, c'est communicatif, et c'est aussi, des fois, inquiétant. Celui qui entoure "Je, François Villon" l'est encore plus : il est encore plus fort que les autres. Des centaines de commentaires, pas une seule critique négative, à ma connaissance. Un succès fou chez les "blogs amis", plus le Prix des Chatsdebiblio 2007. Si ce livre avait été écrit par un inconnu, cela m'aurait paru beaucoup trop. Mais Jean Teulé a aussi écrit "O Verlaine", et "Darling", deux romans que j'avais beaucoup aimés. J'avais donc confiance.
Figurez-vous, chers lecteurs (je crois en avoir un, ou deux), que "Je, François Villon" est encore mieux que ce que je croyais ! Cette autobiographie à moitié imaginaire du grand poète médiéval, est carrément un régal !! Il y a, dans ce livre, tout le talent d'un grand romancier, ajouté aussi au talent d'un grand auteur de bande-dessinées, capable de donner à des situations déjà très drôles une force visuelle décoiffante ! Villon existe, au même titre qu'un personnage de roman ordinaire, sans les lourdeurs du genre biographique, mais avec le même savoir, la même science, et la même précision. C'est François Villon, en même temps ce n'est pas lui, c'est en fait une forme assez inédite, un roman n'ayant pas, je pense, d'équivalent ("O Verlaine" était un livre moins romancé). Cela donne l'impression que Jean Teulé a écrit une "sequel" des poèmes de Villon, a pris un personnage connu ailleurs, pour le mettre en situation. Résultat troublant, remarquable, d'une drôlerie irrésistible.
Je m'arrêterai ici, faute de temps je me contente de m'ajouter au concert de louanges. "Je, François Villon" est un livre exceptionnel, qui mérite son énorme succès, qui mérite d'être lu et relu. Courez-y !

Voir aussi, du même auteur : "Le magasin des suicides"

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