115th Dream

Mes carnets de culture. Des livres, des disques, des films...Entre autres !

25 octobre 2009

Viol - Love Boat * * *

LoveBoatCher Monsieur Violin,

J'avais déjà beaucoup aimé votre précédent disque (qui n'avait pas de titre), mais là, je dois dire que cette fois-ci, je tends vers la rage. Depuis juin dernier, que notre ami commun Thomas, a mis en ligne votre Love Boat, je n'arrête pas de l'écouter. Cet album m'obsède, au point que j'aie fini par renoncer à mon idée de départ, celle de rédiger une chronique en bonne et due forme, pour écrire ces quelques mots. Monsieur Violin, quel est donc votre problème ? Comment se fait-il que vous en soyez réduit, si vous me passez l'expression, à diffuser votre musique sur le Golb, bouge dans lequel vous avez, certes, vos habitudes, mais qui sans le moindre doute, n'est pas à la hauteur de votre talent ? Je sais que le monde du disque est impitoyable. Mais tout de même : il me semble que votre place est ailleurs. Dans des lieux où votre sens, inné, remarquable, de la mélodie, saura être apprécié par le plus grand nombre. Et je ne le dis pas, croyez-moi, pour vous flatter.
La finesse avec laquelle vous placez votre (belle) voix, l'intelligence de votre écriture, le talent de vos textes, tout cela vous place bien au-dessus de la masse. Il y a, dans votre Love Boat, une fluidité, et une maîtrise, qui donnent l'impression que dix ans se sont écoulés, depuis l'album d'avant. En deux ans, vous voilà passé de jeune gars prometteur, à artiste accompli dont, à titre personnel, j'attends avec une certaine impatience le prochain "disque".
Parce que, Monsieur Violin, il y a sur celui-ci ce que j'appellerais, mais cela n'engage que moi, de grandes chansons. De celles qui vous marquent, que vous écoutez inlassablement, que vous ne sauriez oublier, ni dévaluer, avec le recul. Je le pensais il y a quelques mois, en entendant pour la première fois "Ignorance makes you pretty", "Seasons of the sun", ou "Death Letter". Je le pense encore maintenant, et je gage que je le penserai encore, dans un an. Lorsque ces morceaux ne me font pas frissonner (c'est le cas de la dernière que je citais, par exemple), ils se contentent de me faire chanter à tue-tête, ce qui est déjà remarquable, sans jamais avoir eu les textes sous les yeux, je les connais tous par cœur. Alors comment ne pas vous souhaiter le meilleur, pour la suite ?


Laiezza.

Télécharger l'album

PS : Je crois savoir que nous habitons, désormais, non loin l'un de l'autre. J'espère que vous aurez l'amabilité de me prévenir, si toutefois vous deviez y donner un concert !

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05 octobre 2009

"Spin City" - Bill Lawrence et Gary Goldberg * * *

Spin_City___title"Spin City", c'est sans doute, avec "Sex and the City", la série qui m'a le plus fait rire de toute ma vie. A l'époque, c'était facile, il n'y avait pas autant de super séries qu'aujourd'hui, et puis le téléchargement, le streaming, tout cela n'existait pas, on regardait bêtement ce qui passait à la télé (souvent pas le meilleur). Mais en sortant des cartons (avec pas mal d'années de retard) la série qui ressuscita la carrière de Michael J. Fox, Canal + a vraiment rendu un fier service à ses abonnés, leur garantissant quelques samedis soirs radieux.
Si vous n'avez jamais entendu parler de ce programme, pourtant souvent rediffusé (je crois qu'il passe encore sur France 4, en ce moment), "Spin City" raconte l'histoire du cabinet du maire New York, et plus spécialement celle de son premier adjoint, Mike Flaherty, qui a bien du travail pour éponger, dans chaque nouvel épisode, la dernière gaffe en date de Monsieur Winston (l'invraisemblable - mais hilarant - Barry Bostwick). Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que Mike n'est pas aidé, son équipe se composant surtout de bras-cassés : Stuart, le troisième adjoint obsédé sexuel, Paul, l'attaché de presse demeuré, Nikki, la comptable fleur bleue, James, le gentil naïf écrivant les discours, et bien sûr Carter, embauché dans le premier épisode pour représenter les minorités au sein du cabinet (il est black ET gay). Au fil des épisodes, ce "noyau dur" sera rejoint par d'autres personnages (et même un chien suicidaire), tous plus loufoques les uns et que les autres.
Tout cela n'est pas très sérieux, vous dites-vous, et vous avez raison. A la différence de "Scrubs", série écrite, quelques années plus tard,  par la même équipe, et qui parfois le cède à l'émotion, "Spin City" n'a pas d'autre ambition que d'être une comédie drôle, efficace et, de préférence, familiale. Elle remplit plus que très bien son rôle, (avec même, parfois, un zest de mauvais esprit), manque rarement son but, et ce jusqu'au bout (ce qui est rare, pour une série). Et, lorsqu'au bout de quatre saisons Michael J. Fox, gravement malade, est obligé de céder sa place à Charlie Sheen, la série, loin de s'enliser, trouve une seconde jeunesse grâce à la botte secrète des auteurs : l'auto-dérision. "Spin City" est une série qui se moque d'elle-même en permanence, et tourne ses propres acteurs en dérision. Ainsi, pendant quatre ans, Fox jouera de son image de zébulon monté sur piles. Plus tard, Heather Lockler se montrera sous un jour totalement inattendu, tout comme Denise Richards se moquera de son image de bimbo, ou Sheen de sa réputation de séducteur invétéré et fêtard de première (la même réputation qui lui valut, au début des années 90, une longue traversée du désert).

Bref, de l'énergie, de la bonne humeur, de vannes qui tuent, et des acteurs survoltés. C'est le cocktail d'un bon sitcom, et celui-ci est un des meilleurs. Essayez si vous ne me croyez pas, vous ne serez pas déçus !

seriestv

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24 septembre 2009

"Plage de Manaccora, 16h30" - Philippe Jaenada * * *

9782246680215FSTiens, mais que devient Philippe Jaenade, ex Aristochat (mais membre des Chats, à titre honorifique) de son état ?

Eh bien. Il lui en arrive, décidément, des vertes et des pas mûres. Figurez-vous que Philippe, alors qu'il essayait d'avoir une vie ordinaire, en partant en vacances en Italie, a totalement raté son coup, puisqu'il a failli mourir. Entre nous, une telle constance dans la catastrophe, cela force le respect. Philippe a beau se réclamer de Bukowski, il évoque quand même, de plus en plus, Gaston Lagaffe. Si l'on met bout à bout tous ses livres, il lui est quand même arrivé un nombre d'aventures effrayant (le nombre, mais les aventures sont assez effrayantes, également).
On pourrait ne pas rire, après tout le narrateur et sa famille sont en train de risquer leur vie, mais c'est mal connaître Philippe J., qui ne manque jamais de délivrer au passage une petite vanne, une remarque acide, ou une considération existentielle ne manquant pas de rappeler les célèbres : "Lois fondamentalement fondamentales régissant l'univers" (marque déposée). Néanmoins, l'ensemble reste assez tendu, et le texte, particulièrement dense. C'est sûrement le livre le plus complet que Jaenada ait signé à ce jour, à la fois un bonheur de lecture, et en même temps un texte fort, mélancolique et haletant (oui, tout cela à la fois).
En temps que lectrice fidèle, c'est un véritable plaisir, car si j'avais jusqu'alors toujours l'impression, dans ses romans, qu'il manquait un petit quelque chose, ce n'est pas du tout le cas dans "Plage de Manaccora, 16h30". Celui-ci me donne l'impression exactement contraire : que rien ne manque, et que rien n'est en trop (je pense aux nombreuses digressions, typiques de l'auteur). A ne surtout pas manquer !


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07 septembre 2009

"Supermodified" - Amon Tobin * * *

supermofidiedAyant eu une discussion un peu houleuse avec G.T., considérons cet article comme ma tournée de réconciliation. Je le dis haut, je le dis fort : sans le grand, l'immense, le vénérable G.T., je serais totalement passée à côté de ce fabuleux album, qui, si cela continue ainsi (c'est parti pour), finira par devenir l'un de mes préférés.

Je n'en suis pas encore là, mais en tout cas, Supermodified, d'Amon Tobin, occupe déjà une place de choix dans ma discothèque. Ce qui, pour les cinq personnes qui me lisent régulièrement, constitue déjà, en tant que tel, un évènement. En effet, on ne peut pas vraiment dire que je sois une grande fan de musiques expérimentales, encore moins instrumentales. Le commentaire pourra sembler étrange, venant d'une mordue de jazz. Je m'explique : le rock instrumental, ou l'electro instrumentale, sont des registres qui m'ennuient profondément. Je déteste le côté démonstratif et vain du premier (sauf Karma To Burn, et encore, pas tout), tout comme je déteste le côté répétitif de l'electro (du moins d'une partie de l'electro).
Rien ne me prédestinait donc à tomber amoureuse de cet album. Sauf une chose, que je ne pouvais pas savoir, car personne ne me l'avait dit avant : Supermodified n'est pas un album d'electro, mais bien un album de jazz, déguisé en electro. Comme je connais mal le reste de la discographie d'Amon Tobin, je ne suis pas en mesure de déterminer s'il est partie d'une base de jazz pour construire de la drum'n'bass, ou bien s'il a fait le chemin inverse. Ce qui est certain, c'est que l'on retrouve sur Supermodified plus de groove que sur n'importe quel disque de jazz "contemporain".
D'ailleurs, de par la variété d'émotions et de registres qu'il aborde, Supermodified s'inscrit comme supérieur à énormément de disque parus ces dernières années. C'est à la fois contemplatif et dansant, approprié à une écoute attentive et intimiste, comme à un boucan de réveil matin (je n'avais jamais entendu des "ultra-basses" comme celles-ci, mes murs implorent désormais ma pitié). En plus, c'est très accessible, ce qui n'est pas le cas de tous les autres disques d'Amon Tobin (Foley Room, le dernier en date, m'a paru beaucoup plus ardu)...Et je peux vous dire que les disques de jazz (et de drum'n'bass, d'ailleurs, même si je connais moins bien) qui soient parfaitement compréhensibles par une néophyte, ne sont pas si courants.

Si vous voulez découvrir ce disque pas comme les autres, il est en écoute sur deezer.

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29 juin 2009

"Duma Key" - Stephen King * * *

Duma_KeyConsidérablement diminué et traumatisé après que sa voiture ait été écrasée par une grue, Edgar Freemantle hésite à en finir, avant de se laisser convaincre de se remettre à la peinture et de changer de vie.
C'est ainsi qu'il emménage à Duma Key, réalisant, au large de la Floride, le célèbre fantasme de l'île déserte, et peignant comme un damné, dans l'espoir secret de s'oublier. Mais bien sûr, comme l'on pouvait le craindre, son art, de plus en plus macabre, semble devenir peu à peu incontrôlable. A tel point que le lecteur, terrifié, se cache sous la couette.

L'essentiel à propos de ce livre a déjà été dit, sur de nombreux autres sites. Dans une volonté de retour aux sources, Stephen King, dont on pensait pourtant qu'il avait cumulé assez de points retraite pour couler des jours heureux, vient de signer un de ces excellents thrillers dont il a le secret. Avec des personnages trop humains, confrontés à des situations trop horribles, dans un cadre à la fois idyllique, et effrayant. "Retour aux sources" ne signifiant pas, en l'occurrence, "redite". Au contraire, Stephen King reprend les choses là où les avait laissées "Dreamcatcher", il y a quelques années. D'une certaine manière, son art atteint ici une sorte d'apogée : la construction est plus maîtrisée que jamais, le style, particulièrement percutant.
Réflexion à peine voilée sur l'art, comment il se révèle à nous et nous amène la lumière, tout en étant exclusivement bâti à partir des ténèbres, "Duma Key" est un livre profond et émouvant, en plus d'être un thriller redoutable. Qui trustera sûrement sans mal le hit des plages 2009, à juste titre.

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15 juin 2009

"Coraline" - Henry Selick * * *

coralinePetite merveille d'animation signée par sa majesté Henry Selick ("L'Etrange Noël de Monsieur Jack", "James et la pèche géante"), "Coraline" propose une revisitation des plus intéressantes et, il faut bien le dire, des plus sinistres, du mythe d'"Alice au Pays de merveilles". Pour être exact, Selick adapte très librement un conte de Neil Gaiman, qui lui-même rendait hommage à "Alice" avec un certain goût pour le souffre, auquel il ajoute son goût propre pour les ténèbres, ce qui débouche sur un résultat aussi superbe qu'un peu flippant.
Sombre, mais jamais gothique façon Burton des clichés (Burton qui, d'ailleurs, a fait beaucoup trop d'ombre à Selick à l'époque de "Monsieur Jack"), "Coraline" évoque, en fait, un mélange entre "Alice" et "le Magicien d'Oz", deux contes fondateurs de l'imaginaire anglo-saxon, connus aussi bien pour leur fantaisie que pour leur cruauté un brin perverse. On pourrait presque parler de "film d'horreur pour enfant", tellement il devient vite évident que le résultat, pour superbe qu'il soit, ne s'adresse pas à tous (loin de là). On imagine même, avec un certain plaisir, les questions tordues que le film pourrait provoquer chez certaines têtes blondes.
Ambigu, le film l'est clairement, et si en tant qu'adulte on ne peut que jubiler face à une histoire aussi habile, on ne peut s'empêcher, aussi, de s'interroger sur la nécessité de le "vendre", contre vents et marées, comme un film pour enfants. C'est une constante depuis cinq ou six ans (un peu plus, même ; depuis "Shrek", en fait), chez les studios d'animations, de mettre en scène des dessins-animés à "double-fond" afin de jouer sur tous les tableaux, et de séduire tous les publics. Il n'est pas certain que "Coraline", comme un ou deux autres du genre, avant lui, ne séduise pas prioritairement les parents. Ses qualités (mise en scène virtuose, écriture particulièrement soignée) semblant plus appréciables pour des adultes, que pour des enfants. En l'état, c'est un excellent film. Pour vous et moi. Ce qui, cependant, est déjà beaucoup !

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14 mai 2009

"The Afterlife" - Elysian Fields * * *

elysian_fieldsJe m'étonne, depuis quelques semaines, de ne pas encore avoir lu d'article sur le superbe dernier album d'Elysian Fields, sorti en mars. Un sixième disque en quinze ans (sept, si l'on compte Black Acres, jamais sorti de manière "officielle") qui creuse le même sillon que le précédent (Bum raps and love taps), une sorte de jazz torride, ténébreux, érotisant...(J'arrête ici pour ne pas tomber dans certains travers).
The Afterlife, c'est le genre de disques qui vous font douter, vous obligent à chercher vos mots : "superbe", c'est fait ; "torride", "ténébreux", "érotisant", c'est bon. Si je rajoute "sexy", est-ce que ce ne sera pas trop ? Mais en fait, avec Elysian Fields, ce n'est jamais trop, surtout lorsqu'il est question d'Afterlife (leur meilleur ?), et c'est en grande partie à cause de Jennifer Charles, si tourmentée (donc : rayonnante). Enlevez sa voix, c'est beaucoup moins bien. Lorsqu'Oren Bloedow pointe le bout de sa voix (sur "Ashes in winter light"), c'est pour ânnoner la moins bonne chanson de l'album, et là, tout est dit.
Ce n'est pas, pourtant, une question de la musique qui serait inférieure à l'interprétation, ou des arrangements qui vaudraient surtout pour ce qu'ils accompagnent ; pas du tout : c'est surtout qu'Elysian Fields a trouvé, il y a déjà longtemps, une formule miracle, une adéquation parfaite entre l'organe vital de Jennifer Charles, et des compositions lui permettant de s'exprimer pleinement ("How to die" est le meilleur exemple, sur cet album, dont c'est aussi le meilleur morceau, sinon même le meilleur morceau du groupe, tout court).
Alors, évidemment, certains affreux petits snobs noteront que c'est toujours un peu pareil, un site a même osé écrire cette phrase odieuse : "A force, on a un peu l'impression que tout ça sent le vieux sexe avec deux anciens amants qui recherchent les bonnes vieilles combines pour se chauffer mais qui, au final, se retrouvent à resservir toujours les mêmes potages.". Je ne prendrai même la peine de répondre ; ne pas savoir faire la différence entre un groupe qui ressasse, et un groupe qui a son style, quand on prétend parler de culture, c'est assez dommage.

Cliquer sur l'image pour écouter un extrait.

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30 juillet 2008

"22 dreams" - Paul Weller * * *

Paul_Weller_22_Dreams_Album_CoverIl n'y a que 21 chansons au nombre des 22 rêves de Paul Weller. Cela n'empêche pas ce nouveau double-album  (simple, en cd) d'être merveilleux. Le moins que l'on puisse dire, c'est que "Modfather" (pour les intimes) fête cette année ses cinquante ans avec une sacrée classe, ce qui n'étonnera pas ses fans : depuis l'époque The Jam (faux groupe punk, vrai groupe "britpop" avant la lettre), jusqu'à aujourd'hui, en passant par les années 80 et le Style Council (groupe jazz-pop, aujourd'hui oublié), Paul Weller n'a pas toujours été très inspiré, mais même lorsqu'il a pu errer, il l'a fait avec élégance.
Pourtant, depuis quelques temps, les amateurs doutaient : après le chef d'œuvre Heliocentric (publié début 2000, et dont il faudra que je reparle), Weller semblait s'être un peu perdu en route. Un album de reprises anecdotique (Studio 150), un album plus personnel mais raté (As Is Now), et voilà la jolie résurrection des années 90 oubliée !
Oui, mais en écoutant 22 dreams, on retrouve la foi. On se dit même que, peut-être, c'est le disque que Paul Weller a toujours voulu faire. C'est, en tout cas, celui qu'il n'a jamais pu sortir avec Style Council : un mélange parfait de pop, de garage-rock, de psychédélique, de soul, de jazz, qu'une production (signée par le chanteur lui-même) dense réussit à rendre cohérent. Les invités sont venus nombreux (deux Oasis, un ex-Blur, un ex-Stone Roses, un ex-Ocean Colour Scene...) mais ont su se faire discrets, et les compositions sont RAYONNANTES. "Sea Spray" fait penser à Bowie, "Why walk when you can run" à Led Zeppelin, "All I wanna do (is to be with you)" au Velvet Underground, "Empty Ring" à Marvin en personne !... Des références "retour aux sources" que Paul Weller mélange à un swing bien à lui, bien aidé par le multi-instrumentiste Steve Cradock, en passe devenir un véritable alter ego !
Alors d'accord, certains diront que cette tonalité plus jazz, ce casting avec des "jeunes" (du moins : des plus jeunes que lui), ce "retour aux sources", dont je parlais plus haut... Tout cela fait vraiment "typique album de vieux rockeur". Ce n'est pas faux. Je dirais même que plus les années passent, plus "l'album des 50 ans" devient un genre musical, à part entière. Et après ? Dans le genre (justement), 22 dreams est plus qu'une excellente surprise : un régal.

Cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Sea Stray"

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05 juillet 2008

"Le petit copain" - Donna Tartt * * *

donnatarttL'avantage des vacances, c'est qu'elles permettent de me délecter de lectures que je peinerais à finir, dans l'année, lorsque je travaille. "Le petit copain" est de celles-ci, énorme pavé dont chaque page est à savourer, en prenant son temps, comme pour une longue promenade dans un musée.
La comparaison peut sembler bizarre, mais c'est cela que j'ai pensé en lisant cet ouvrage sensationnel, signé par la protégée de Bret Easton Ellis, chouchoute de Gaëlle, de Thom... Dont j'avais lu, il y a longtemps, "Le maître des illusions". Un premier roman se jouant des codes du thriller, superbement écrit, tout en atmosphères... Mais, un petit peu surestimé, à mon avis.
Dans "Le petit copain", Donna Tartt prend une autre dimension, et s'amuse (me semble-t-il) à adopter le contre-pied de son premier livre. Pas de suspens insoutenable ici, par exemple, même si la trame est vaguement policière : Harriett, douze ans, décide durant l'été de résoudre le meurtre de son frère, Robin, retrouvé pendu dans la cour de la maison, à une époque où elle n'était qu'un bébé. Une accroche "vaguement" policière, écrivais-je, parce que l'on comprend vite que Donna Tartt marche plus dans les pas de William Faulkner (période "Sanctuaire"), que dans ceux d'un quelconque "maître du polar".
Je n'ai donc pas été étonnée de constater que, rapidement, les enjeux du roman allaient se révéler tout autres : il s'agit d'une oeuvre initiatique, sur le passage à l'âge adulte, les peurs de l'enfance, ajoutée à une satire assez habile de l'Amérique profonde. On est loin du "Maître des illusions", dont on retrouve la plume magnifique, la capacité à faire "exister" des personnages, mais pas du tout le côté cruel, et corrosif : dix ans après son premier roman, l'auteur a mûri. Moins rageuse ou cruelle, elle se laisse aller à la tendresse pour une petite fille étonnante, un petit copain ambigu, sans tomber dans la niaiserie, mais sans, non plus, verser dans le côté "ce monde vicieux de nos chères têtes blondes". En maintenant, et avec quel brio, l'équilibre entre les deux, elle parvient à écrire une fresque captivante, qui vaut bien plus par ses innombrables digressions (flashbacks détonnants, portraits de personnages secondaires, changements de point de vue, descriptions interminables...) que par son histoire elle-même.
Ceci explique, peut-être, les réactions parfois tièdes, que j'ai pu lire sur le Net. Dans ce second roman, Donna Tartt abandonne (volontairement ?) le côté : "grande littérature populaire", qui a fait le succès du "Maître des illusions". Tout ce qui faisait que ce précédent livre pouvait plaire aussi bien aux fans de Faulkner (ou d'autres classiques de la littérature américaine), qu'aux teenagers, ou aux amateurs de littérature de genre... Tout cela, on ne le retrouve pas dans "Le petit copain", qui est un livre bien plus abrupte, bien moins "accessible" et, sans doute, bien moins universel (au sens : "consensuel"). Mais il n'est pas illogique qu'un auteur trouve vraiment sa voie avec un second roman ; si la mue est plus brutale, c'est parce que tous les auteurs ne mettent pas dix ans à publier ce second roman. Dix ans de silence littéraire, c'est prendre le risque que le fan plus absolu du premier livre, garde d'un écrivain une image "figée" et oublie que, derrière l'évolution d'une bibliographie, il y a toujours "l'évolution humaine" d'une personne.
Je pense que tout le monde voit bien que ces réactions frileuses, souvent assorties d'un "quelle déception, après "Le Maître des illusions" !", m'ont contrariée : car "Le petit copain" est un livre immense, peut-être même un chef d'oeuvre, dont j'ai la sensation qu'il n'a pas trouvé son public pour de tristes raisons. Parce que l'auteur d'un super disque punk, super rapide et super nerveux, a décidé dix ans plus tard de sortir un second album de folk. Pourtant, tout le génie du "Petit copain", cette vision incroyable, cette force dans les personnages, ce souffle dans l'écriture, tout était déjà en germe dans le premier, et c'est ici transcendé ! Donc, comme le dit le nom de la catégorie : à ne surtout pas manquer !

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30 juin 2008

"The Golden forestate of heaven" - Alec Empire * * *

k17028e1pvt2002, Festival Le Rock Dans Tous Ses Etats A Evreux. Nous sommes nombreux, dans le public, à attendre avec impatience Tricky. Le concert n'aura jamais lieu (on ne saura jamais pourquoi). C'est alors qu'un type complètement excité monte sur la scène, avec un groupe tout aussi excité, surtout le guitariste hystérique (nous apprendrons plus tard qu'il s'agissait de Danny Lohner, de Nine Inch Nails). Ce fut une sacrée expérience. Le concert le plus violent de mon existence, une grosse demi-heure tout au plus... Mais qui aurait pu en supporter plus ? Boule de haine montée sur ressort, Alec Empire, quasi nu, a livré un show incroyable qui ne m'a donné qu'une envie : acheter tous ses disques en rentrant.
On voit que la vie est marrante, car en fait, je n'ai jamais adoré un seul album d'Alec Empire. Ni ses ouvrages "techno-hardcore" avec les cultes (mais abrutissants) Atari Teenage Riot ; ni ses premiers disques solos tendance "electro-expérimentale" ; ni ses albums d'après 2000 où, orphelin de son groupe d'excités, il renoue avec le rock industriel le plus sauvage. Finalement, la seule chose que j'ai adoré d'Empire, dans toute ma vie, a été cette demi-heure incroyable, primitive, tribale, même.
Et voilà, donc, The Golden forestate of heaven. Neuvième album solo (si mon compte est bon ?) qui n'aurait pas dû me toucher, et n'aurait même pas dû me tomber dans les oreilles.
Surprise : Alec Empire est devenu un être humain. Après quelque chose comme quinze ans de bruits, et d'expérimentations diverses, le berlinois vient de publier (enfin) un véritable album "pop". Pop, pas au sens Coldplay ; au sens où il s'agit de vraies chansons, avec des couplets, des refrains, qu'on retient et qu'on chante. Des chansons qui marchent, pas forcément plus "organiques" que sur les albums d'avant, mais plus humaines, plus abordables. Il semble avoir voulu résumer sa mue dans le titre : "New man", au texte relativement introspectif et à la mélodie rappelant Depeche Mode. L'ensemble du disque, d'ailleurs, est orienté dans cette direction : "new-wave" (c'est la mode), mais new-wave moderne. Alec Empire aime peut-être le "vintage", mais il ne perd pas son temps à jouer du "rétro". The Golden forestate of heaven est un compromis passionnant entre la new-wave d'hier, et l'électronique d'aujourd'hui, qui développe un son cybernétique captivant (sur "Death trap in 3D"), et une tonalité vocale qu'on ne connaissait pas chez Empire, rappelant Lou Reed (sur "If you live or die"). Difficile de ne pas être capté par la torturée (et super sexy !) "1000 eyes", et difficile de ne pas penser au David Bowie de la période Outside... en beaucoup plus direct, mélodique, dansant.
En bref : un des disques les plus intéressants de l'année en cours, par sa capacité à conjuguer le passé et l'avenir dans le même temps.

En cliquant sur l'image, vous pourrez écouter : "Death trap in 3D" (pas le morceau le plus réussi, ni le plus original, mais c'est le seul que j'ai trouvé...)

Posté par Laiezza à 11:38 - A ne surtout pas manquer - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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