115th Dream

Mes carnets de culture. Des livres, des disques, des films...Entre autres !

31 août 2009

"Together through life" - Bob Dylan *

togetherBob Dylan peut-il encore surprendre ? La question se pose, à l'écoute de son nouvel album. Je rappelle que Bob Dylan, sur ce blog, est ce qui se rapproche le plus de Dieu...Mais, de même que Dieu, des fois, semble peu concerné par la marche du monde, de même Bob Dylan reste critiquable, pas souvent, mais personne n'est immunisé contre un raté. Au premier, abord, Together through life en est un.
Pourtant, à lire certains journaux, et même certains blogs, Bob Dylan serait devenu quasiment intouchable depuis 1997, et Time Out Of Mind, peut-être un de ses deux ou trois meilleurs albums (si tant est que telle classification soit possible, concernant un artiste si prolifique, et si souvent génial). Soudain, vieillir n'était plus un problème pour les icônes. Soudain, vieillir pouvait être beau, digne, poignant. D'ailleurs, à partir de Time Out Of Mind, la presse s'est mise tout d'un coup à être très généreuse avec toutes ses vieilles idoles, nous sortant jusqu'à l'écœurement le coup de l'album hanté par la mort, mélancolique, revisitant le passé, tout songwriter ringard est devenu : "intemporel". Aucun, pourtant, ne jouait dans la catégorie de Time Out Of Mind.
Depuis, Dylan a creusé le sillon. Il y a eu un autre grand grand album, Love and Theft, son plus autobiographique. Dylan revenait sur son enfance, l'illustrait en revisitant les styles l'ayant bercée (blues, rockabilly, hillbilly), redonnait son juste sens au mot : NOSTALGIE. C'était beau, touchant, remarquable. Idéalement, cela aurait pu être son dernier album. Hélas, Dylan n'est pas plus mort, qu'il n'a raccroché la guitare. Et depuis lors, il semble passer la plupart de son temps à enregistrer son dernier album. Modern Times, son dernier album de 2006, était très beau, mais semblait parfois une simple "extension" de Love and Theft. Together through life, son dernier album de 2009, ressemble à une extension de Modern Times.
Le principe lasse, mais c'est, toutefois, moins le principe que son illustration, qui finit par poser des questions. Même en était fan, difficile de ne pas trouver que le Zim commence à radoter sévère. D'autant que, malgré tout le bien qu'en ont dit les journaux, Together through life présente toutes les caractéristiques d'un "album paresseux". Dylan, si grand soit-il, s'y contente en effet de recycler quelques vieux gimmicks blues, digresse, s'autocite outrancièrement. Cela n'est jamais déplaisant, notamment parce que sa voix est plus belle que jamais. Mais que raconte-t-elle d'intéressant ? Presque rien. Dylan est-il à ce point sûr de son génie, qu'il ne prenne même plus la peine d'écrire de véritables chansons ? Qu'il s'agisse de folk, de blues, ou de boogie woogie, que valent ces styles si on les aborde sous l'angle de l'atmosphère ("This dream of you"), de la citation ("My Wife's hometown" évoque tellement Willie Dixon que, j'avoue, j'ai cru que c'était une reprise), et jamais de la Chanson, avec un grand "C".
Ce qui rend Together through life plaisant, en réalité, est aussi ce qui peut le rendre très décevant : on a l'impression qu'un vieux monsieur, Bob Dylan, vient s'asseoir sur le rocking-chair, et bavarder au coin du feu. Son récit n'a rien de palpitant, mais il est bien raconté, c'est du récit pour le récit, plein de digressions, de silences, de parenthèses, et de points de suspension. C'est de la "graphomanie musicale" : il ne sait pas quoi faire d'autre, donc il écrit des morceaux, il n'a rien à dire, il soigne très peu le style, mais c'est Dylan, donc on dira que c'est de l'art. Le seul vrai culot, dans Together through life, c'est d'oser écrire quelque chose intitulé : "I feel a change comin' on", alors qu'on sait bien qu'après 33 albums (dont six de suite témoignant d'une autarcie complète, rapport à la musique contemporaine), et soixante-huit ans de vie, Bob Dylan serait bien en peine de sentir la moindre brise dans l'air du temps. Pour le reste, c'est très décevant, et pour la première fois depuis que le Zim a atteint le troisième âge, on a réellement l'impression que la fougue de sa jeunesse était, dans les faits, bien plus pleine de sagesse que ses contemplations de vieux sphinx affecté.

Posté par Laiezza à 08:48 - A voir - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Excellent article !

De loin ton meilleur depuis ton come-back ;-)

Sinon je trouve cet album charmant et vraiment chouette...

Posté par Thomas, 31 août 2009 à 09:49

Moi, je l'aime bien, cet album.
Je le prends un peu comme une analyse et une épure des styles à l'origine de toute la musique populaire américaine, ce que je trouve très intéressant.
Mais c'est vrai qu'il ne contient pas que des chansons bouleversantes.
Et en fait, comme je n'ai pas son précédent, je ne peux pas juger s'il radote vraiment ;-)
Tiens, sur ta lancée, tu n'aurais pas écouté le dernier Neil Young, par hasard?

Posté par zaph, 31 août 2009 à 10:48

Oui, parce qu'en fait "Modern Times", et peut-être plus encore "Love and theft", faisaient déjà ça, en beaucoup mieux.

Neil Young ? Je ne suis pas très Neil Young, en fait. Mais Thomas en a parlé, lui : http://legolb2.blogspot.com/2009/05/copains-davant-pour-encore-un-moment.html

Posté par Laiezza, 04 septembre 2009 à 17:36

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