02 août 2009
"Harry Potter et le Prince de sang-mêlé" - David Yates °
Ceci n'est pas un billet, c'est une demande (une supplique !) publique de moratoire. Il faut immédiatement arrêter le massacre, prendre le temps de réfléchir, de se recentrer. Il faut mettre un terme à ces adaptations d'Harry Potter, ce n'est plus possible, c'est un supplice pour tout le monde, pour les fans, les pas fans, les acteurs, et même pour Tim Burton (qui n'a, certes, rien à y voir, c'est tout le problème).
Mais récapitulons : Harry Potter est une série de livres, que vous connaissez peut-être...d'accord : Harry Potter est le plus grand succès littéraire des quinze dernières années. C'est bien cela qui nous mets dedans, si vous me passez l'expression. Parce que le Seigneur des anneux (par exemple) avait eu du succès, mais tout le monde, et par tout le monde j'entends : tout le monde, public, critiques, fans, artistes s'en inspirant...tout le monde avait eu le temps de le digérer. On appelle cela : le recul, et il paraît que parfois, cela peut s'avérer bien utile. Harry Potter, déjà, en a eu bien plus de succès (il s'est plus vendu, en moins de temps), chanceux qu'il fut de naître à la belle époque du marketing. Ce qui n'en fait pas un vulgaire produit : contrairement à ce que pensent beaucoup de gens ne l'ayant pas lu, par lassitude du battage, Harry Potter est une saga vraiment intéressante, inventive, souvent merveilleuse (dans tous les sens du terme). Les personnages sont bien plus complexes que dans le premier best-seller venu, et si la trame générale manque des fois un peu de liant, elle demeure palpitante.
Le problème, c'est que les films qui en sont adaptés, eux, n'ont pas cette dimension artistique servant de "plus-value". D'une part, parce que les réalisateurs changent tout le temps, ce qui n'est pas très pratique pour établir une "cohérence stylistique". Et, d'autre part, parce que depuis les premiers volets, la série filmique bat tous les records. Du coup, réaliser un Harry Potter, ce n'est pas réaliser n'importe quel film, c'est réaliser un mega blockbuster de commande, mais en pire, il faut non seulement tenir compte des désirs de Warner Bros, mais aussi de ceux de JK Rowling, de ceux des acteurs, de ceux des scénaristes, de ceux des fans...Alfonso Cuarón en sait quelque chose, le pauvre en a pris plein la figure, avant, pendant, et après l'épisode 3, qui illustre bien tous les symptômes : un film bancal, écartelé entre l'envie de faire quelque chose de beau et d'original, et l'obligation de remplir trois cahiers des charges. Je vous le dis : réaliser Harry Potter, ce n'est pas une vie, c'est un sacerdoce.
Recruté depuis un épisode 5 déjà bien mauvais, David Yates n'a pas tous ces problèmes : d'exigence artistique, il n'a aucune (c'est même probablement pour cela qu'il a été choisi). On lui demande juste d'adapter du mieux possible les romans, de doser romance, scènes héroïques, et mythologie de la saga. Pour "Harry Potter et l'Ordre du Phénix", il a reçu un sucre et un bon point, personne ne sait trop pourquoi, puisqu'à part quelques groupies personne n'a aimé ce film. Pour "Harry Potter et le Prince de sang-mêlé", il aspire désormais à trois bons points et une image, et vu le nombre d'entrées, c'est un objectif raisonnable. Mais, là aussi, on ne sait pas trop comment c'est possible que tout le monde y aille (gloire à toi ! marketing !), parce que cet épisode 6 est, de loin, le plus nul de tous, d'une nullité affolante, d'une nullité provocant le rire nerveux de la moitié de la salle (je n'exagère pas). Ce n'est même pas un nanard, ce serait lui faire trop d'honneur ! C'est un très mauvais film, qui ruine le livre (mais cela, à la rigueur, c'est la tradition), est monté n'importe comment, dont les acteurs sont complètement en roue-libre (avec Dumbledore et Slughorn en plein concours de cabotinnage). Plus de deux heures complètement dépourvues d'intensité (alors que le livre, je le précise, est ténébreux et oppressant à souhaits), de nuances, d'intrigue. Qu'on n'y cherche pas le moindre parti-pris (comme c'était encore le cas dans les quatre premiers films), il n'y en a pas plus que d'idées.
J'en suis sortie stupéfaite, surtout à cause des raccords pourris entre les scènes, et de la réalisation indigne d'un téléfilm. Ce film, paresseux et bâclé, transpire le mépris du spectateur (et de l'œuvre dont il s'inspire, et à laquelle il doit tout), le cynisme marchand, et pour avoir vu beaucoup de blockbusters, c'est pourtant la première fois que je ressens cela de manière si "viscérale".
Commentaires
Après le 5, j'avais décidé de plus dépenser un centime dans un film de Harry Potter. Mais si vous dites que le 6 est encore plus nul (c'est quand même une performance!), même le téléchargement illégal me parait trop cher payer...
Bonjour Auguri,
Bon, après, ce n'est jamais que mon avis, je ne suis pas là pour 'en dégoûter les autres', si j'ose dire. Le film a beaucoup de bonnes critiques par ailleurs, y compris dans la presse "sérieuse". Mais bon. Je vous avoue que je n'avais pas lu ces critiques avant, et quand je les ai lues hier soir, j'ai été sidérée que des journalistes parfois très pointilleux passent sur des choses aussi horribles que le montage, le côté ridicule des scènes avec les mange-morts, ou la nullité de certains acteurs. Bizarrement, parce que je ne l'aimais pas trop avant, le seul que j'ai trouvé vraiment très bon, c'est Daniel Radcliffe, je trouve qu'il en gagne beaucoup en vieillisant, et il a fait d'Harry un personnage vraiment intéressant, et complexe. Mais il est vraiment bien seul, dans ce film.
Bon dimanche.
Je serais quand même un peu plus nuancé. J'ai nettement préféré celui-ci au précédent, et pourtant je suis grandement d'accord avec toi (ce qui fait de moi un drôle de schizophrène...).
Contrairement à toi cependant, j'ai trouvé qu'il y avait un vrai parti-pris de ce film (discutable, mais réel) : faire une comédie légère du tome le plus glauque de la série… Le résultat m'a paru assez rafraîchissant et, comme toujours avec les HP version ciné, on n'adore pas mais on s’ennuie pas. Non plus.
C'est vrai que Yates manque d'une touche personnelle. Rien d’étonnant à ça en fait : avant Potter, Yates étant avant tout un réalisateur de téléfilms de commande, pas un auteur confirmé au même titre que Cuaron ou Newell.
Ce qui m'a vraiment dérangé ici, c'est l'adaptation. Pourtant je suis du genre à prendre les films pour ce qu'ils sont et à ne pas systématiquement chercher les livres dedans. Mais là vraiment... impossible d'y voir autre chose qu'un saccage pur et simple. Au point de rendre incompréhensible certaines scènes pour quelqu'un qui n'a pas lu le livre (du moins est-ce l'impression que j'ai eue).
"Le résultat m'a paru assez rafraîchissant et, comme toujours avec les HP version ciné, on n'adore pas mais on s’ennuie pas. Non plus.
"
comme Thom, je n'ai pas trouvé le film catastrophique. l'alternance entre scènes d'actions et amourettes adolescentes m'a paru sympa. Franchement, je crois que le film m'a moins ennuyé que le bouquin... (comme le précédent, alors que pour les 4 premiers épisodes j'ai pris beaucoup de plaisir aux bouquins, plus qu'aux films)
j'oubliais, tu parles du cabotinage de Dumbledore (tout à fait exact) et Slughorn: as tu vu la version originale ou francaise? moi j'ai vu la francaise, et je me suis apercu que la voix francaise de Slughorn est la meme que celle qui double David Suchet dans la série télé Hercule Poirot (dont on a parlé pour l'odyssée des séries chez Thom). Cette voix est très "cabotine", et elle m'a un peu géné aussi je dois dire...
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