15 juin 2009
"Coraline" - Henry Selick * * *
Petite merveille d'animation signée par sa majesté Henry Selick ("L'Etrange Noël de Monsieur Jack", "James et la pèche géante"), "Coraline" propose une revisitation des plus intéressantes et, il faut bien le dire, des plus sinistres, du mythe d'"Alice au Pays de merveilles". Pour être exact, Selick adapte très librement un conte de Neil Gaiman, qui lui-même rendait hommage à "Alice" avec un certain goût pour le souffre, auquel il ajoute son goût propre pour les ténèbres, ce qui débouche sur un résultat aussi superbe qu'un peu flippant.
Sombre, mais jamais gothique façon Burton des clichés (Burton qui, d'ailleurs, a fait beaucoup trop d'ombre à Selick à l'époque de "Monsieur Jack"), "Coraline" évoque, en fait, un mélange entre "Alice" et "le Magicien d'Oz", deux contes fondateurs de l'imaginaire anglo-saxon, connus aussi bien pour leur fantaisie que pour leur cruauté un brin perverse. On pourrait presque parler de "film d'horreur pour enfant", tellement il devient vite évident que le résultat, pour superbe qu'il soit, ne s'adresse pas à tous (loin de là). On imagine même, avec un certain plaisir, les questions tordues que le film pourrait provoquer chez certaines têtes blondes.
Ambigu, le film l'est clairement, et si en tant qu'adulte on ne peut que jubiler face à une histoire aussi habile, on ne peut s'empêcher, aussi, de s'interroger sur la nécessité de le "vendre", contre vents et marées, comme un film pour enfants. C'est une constante depuis cinq ou six ans (un peu plus, même ; depuis "Shrek", en fait), chez les studios d'animations, de mettre en scène des dessins-animés à "double-fond" afin de jouer sur tous les tableaux, et de séduire tous les publics. Il n'est pas certain que "Coraline", comme un ou deux autres du genre, avant lui, ne séduise pas prioritairement les parents. Ses qualités (mise en scène virtuose, écriture particulièrement soignée) semblant plus appréciables pour des adultes, que pour des enfants. En l'état, c'est un excellent film. Pour vous et moi. Ce qui, cependant, est déjà beaucoup !
Commentaires
Ta chronique sonne juste, mais me laisse interrogateur quant aux références à Tim Burton. Tout d'abord que faut il entendre par un " gothique façon Burton des clichés"?
Et ne tombes tu pas dans la facilité en soulignant( comme moult critiques l'ont fait) que Burton a fait trop d'ombre à Selick pour L'étrange noël de Mr Jack?
Je m'explique sur ce point, Burton était co-scénariste et directeur artistique du film, Selick est bien crédité au générique, comme réalisateur, alors à qui la faute? Au spectateur qui ne prend pas la peine de rester jusqu'au bout de la séance puisque les images sont finies? A celui qui a pondu un titre original comme étant "Tim Burton's Nightmare Before Christmas"? Aux critiques ciné qui évoquent constamment Burton dès que Selick sort un film d'animation? Au fans de Burton qui ne pensent qu'à leur réalisateur favori? Ou seulement au vilain producteur mal coiffé qui tire la couverture à lui tout seul?
Ceci étant je suis d'accord avec le reste de tes remarques. Bonne continuation.
Je ne vois pas trop en quoi je tombe dans la facilité en précisant quelque chose qui est juste...vrai. Peu importe à qui la faute. Enormément de gens pensent que Burton est le réalisateur de Mr Jack, et c'est d'ailleurs, sans doute, pour cette raison que tant d'autres tiennent à préciser que Burton lui a fait de l'ombre.
A propos de la remarque sur le "Burton des clichés", je voulais dire que le grand public associe mentalement Burton à une imagerie gothique qui, en réalité, ne lui correspond pas réellement, sur la plupart de ses films (le fait qu'il se soit mis, au fil des années 2000, à s'autocopier, n'y est sans doute pas pour rien). Rien de plus.
Bonne journée.
La facilité tient au fait de trouver un prétexte pour évoquer (et un peu flinguer ) Burton au travers d'une chronique de film qui n'a rien à voir avec lui. Ceci risquant d'ailleurs de renforcer les clichés que tu dénonces. Mais comme nous sommes d'accord, je conclu en te remerciant de ta réponse.
A vrai dire, cela fait quelques années, maintenant, que les films de Burton ne me touchent plus vraiment (le dernier m'ayant vraiment beaucoup ennuyée). Mais de là à "le casser", il y a une marge, surtout avec un reproche infondé :)
Bonne journée.
Ouais bah n'empêche que c'est vrai que Burton se vautre dans la caricature et l'autoparodie depuis 10 ans... mais c'est pas grave, on lui pardonne tout (sic), et dès que qqn ose soulever ce point, allez zouh, c'est quolibets etc.
Pour Coraline, pas encore vu mais ça viendra ;-)
C'est vrai que les critiques à son sujet sont, souvent, d'une rare complaisance (idem pour les Coen). Après, on peut en effet considérer que c'est tomber dans la facilité, que d'énoncer une évidence (= Burton décline depuis cinq films) ;)
Mais bon, je comprends ce que voulais dire Syd, en fait, nous sommes en train de le prouver : voilà, ça y est, on reparle de Burton, et pas de Coraline, ni de Selick...
finalement fallait pas répondre au comm' de Syd alors :P LOL
Fallait même pas écrire le nom de Burton dans l'article :D
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=420966&pid=14093785
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
