115th Dream

Mes carnets de culture. Des livres, des disques, des films...Entre autres !

29 mai 2008

La dure loi des chiffres

Officiellement, le bloggueur n'écrit pas pour être lu, le taux de fréquentation de son blog ne l'intéresse pas. Cela dit, quand vous lui posez la question, il a toujours un ordre d'idée, vous avez dû le remarquer.
Mon désintérêt pour la chose des blogs n'ayant d'égale que ma nullité en informatique, c'est seulement aujourd'hui que j'ai jeté un œil aux statistiques de 115th Dream, pour la première fois en 53 semaines (me dit le serveur, je n'ai pas compté).
Verdict sans appel : 83 visiteurs par jour en moyenne ! La classe ! Les connaisseurs en matière de blogs vont se moquer de moi, mais sur le coup, j'étais vraiment contente. 83 personnes que je ne connais pas qui s'intéressent à mon blog ? Super !
Super... C'est vite dit. Il est possible, sinon certain, que de tous les blogs que je fréquente, le mien soit le moins lu, le moins bien répertorié, le plus confidentiel. Mais c'est vrai aussi que se comparer à un Art-Rock, à un Biblioblog, ou pire (un Golb ?), qui doivent avoir 5 à 10 fois plus de visiteurs, n'aurait aucun sens. Au contraire : j'aime bien le côté "happy few" ! mais j'admets que je me disais, en mon for intérieur, que j'avais d'autres lecteurs que les six ou sept qui commentent ici régulièrement (et se reconnaitront)... Et bien non !
Donc, je réfléchis à une nouvelle formule de 115th Dream. Parce que comme je n'aime pas le procédé de base pour attirer des gens (qui se résume, en gros, à se prostituer en laissant des commentaires partout, dans l'espoir d'attirer l'attention), et comme je préfère commenter ce que j'ai envie, quand j'ai envie (c'est à dire : presque rien, presque jamais)... Le référencement ne risque pas de s'améliorer de sitôt. Attention, hein : j'ai dit que je réfléchissais, pas que j'avais des idées. J'aimerais bien proposer quelque chose d'un peu plus original que des petits carnets, cela méritait que je vous le dise, la révélation n'est pas vitale, mais elle me permet de meubler en attendant (il faut bien que je soigne mes 83 visiteurs !).

Si vous avez des suggestions de nouvelles rubriques, n'hésitez surtout pas !

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27 mai 2008

"Le Jugement de Léa" - Laurence Tardieu *

9782757802489J'avoue mon incrédulité. J'avais abandonné "Puisque rien ne dure", il y a quelques mois. Ce n'était pas, à l'époque, le genre de livre que j'avais envie de lire. Je l'avais rendu à sa propriétaire, me faisant une raison ; c'est un peu par hasard que je suis revenue à Laurence Tardieu, avec ce petit livre (antérieur, si je ne m'abuse). Cette fois je me suis sentie plus réceptive, question de période ? "Le Jugement de Léa", sous couvert d'être une histoire différente, me parait assez proche de la moitié de "Puisque rien ne dure" que j'avais lue. C'est à dire très triste, très épuré, et très statique.
Il s'agit de l'histoire de Léa, mère suspectée d'infanticide, qui attend le verdict de son procès. Seule, dans une petite pièce, elle se lie peu à peu avec son gardien, parvient enfin à parler, se révèle petit à petit... Et ainsi s'achève le roman. Ne croyez pas que je vous dissimule une quelconque péripétie, ou un incroyable rebondissement : "Le Jugement de Léa" se résume à ce que je viens d'écrire, à peu de choses près. Il est vrai qu'il est court. D'un autre côté, on aurait pu mettre beaucoup de choses dans ces 120 pages, proportionnellement. C'est ce qui m'a un peu déroutée !
Parce que j'ai trouvé l'ensemble bien écrit, et plutôt intéressant, malgré une certaine complaisance dans le pathos (que j'ai choisi de voir comme un parti pris). Ce qui m'a dérangée, c'est la superficialité du personnage de Léa, qui n'existe que par son geste fou, viscéral. Or, comme ce geste n'est pas du tout explicité, ou tout du moins l'est de manière très confuse...Cela nuit à l'épanouissement du personnage (et donc, à mon plaisir de lectrice). Il est possible que cela soit volontaire, que Laurence Tardieu ait souhaité verser dans la suggestion radicale. Il m'a semblé, à moi, qu'à trop vouloir être suggestive, elle devenait évasive...

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25 mai 2008

And the winner is...

Personne !

Personne n'a trouvé la réponse à notre concours, réponse qui était :

Connaissance de l'Est, de Paul Claudel

756999



Cela nous apprendra à organiser des concours alors que nous n'avons presque pas de lecteurs !

Le bon côté des choses, c'est que comme ça, je vais garder le lot pour moi (et ce lot était... Le livre en question, enfin, "en réponse", plutôt).

Bon dimanche, et à bientôt.

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24 mai 2008

"Un dernier verre avant la guerre" - Dennis Lehane *

un_verre_avant_la_guerreAussi bien écrit, mais plus traditionnel, que "Ténèbres prenez-moi la main", ce premier épisode des aventures de Patrick Kenzie et Angela Genaro, est aussi le tout premier roman de Dennis Lehane. C'est sûrement pour ça que le résultat, s'il dispose déjà les obsessions récurrentes de l'auteur (misère sociale, violence en chacun de nous, fantômes de l'enfance...), s'avoue moins convaincant.
Les deux détectives y mènent une enquête à hauts risques, impliquant différents notables de Boston, et semblant liée à la guerre des gangs qui agite la banlieue environnante. C'est l'occasion pour l'auteur de se livrer à une série de portraits pour certains poignants, pour d'autres très drôles. Aucun personnage ne laisse jamais indifférent, et certains passages sont complètement prenants.
Pourtant, il manque encore quelque chose, qui se retrouve dans les autres livres de l'auteur (ceux que j'ai lus, en tout cas) : la "transcendance". Dans "Un dernier verre avant la guerre", on a quand même affaire à un roman policier assez classique, avec une intrigue un peu convenue, et un duo de héros attachant mais "déjà vu". C'est dommage, mais c'est un début (de carrière, et de série), et il aurait sûrement fallu que je commence par ici, pour l'apprécier à sa juste valeur.

Voir aussi, du même auteur :


(les commentaires de Thom et de Claude, chez les Chats)

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21 mai 2008

Carte de visite (2)

C'est toujours la fin de l'année, je suis toujours débordée...Ce qui signifie que voici la seconde carte de visite !

Aujourd'hui, les dix livres qui m'ont marquée (ou traumatisée, pour certains...).


Joseph Conrad : Typhon

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parce que j'ado-ore les histoires de marins ! Et que dans le genre, Conrad, c'est le meilleur.


Bret Easton Ellis : Les lois de l'attraction

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parce que j'ai acheté le livre juste pour son titre...ne l'ai pas regretté !


Percival Everett : Effacement

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que j'ai évoqué dans ce billet


Francis Scott Fitzgerald : Tendre est la nuit

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que j'ai évoqué dans ce billet


Nicolas Gogol : Le Révizor

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parce que c'est la pièce la plus drôle à laquelle j'aie jamais assistée, et que ce texte est le plus virulent que j'aie jamais lu


Franz Kafka : Le Procès

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que j'ai évoqué dans ce billet


Gérard de Nerval : Aurelia

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parce que le sous-titre, Le rêve ou la vie...


Erich Maria Remarque : Un temps pour vivre, un temps pour mourir

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parce que Remarque n'a pas écrit qu' "A l'Ouest, rien de nouveau", mais aussi ce livre ténébreux et puissant


Bernard Werber : Les fourmis

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parce qu'on n'est pas sérieuse, quand on a douze ans !!



Vous avez bien compté, il n'y en a que neuf ! En effet, j'ai décidé que vous alliez devoir trouver le dixième, cela vous occupera durant mon absence.

Quelques indices, bien entendu : l'auteur est français, et le livre a paru au tout début du vingtième. Ne cherchez pas un roman, il s'agit de poésie...

La réponse dimanche...Et si quelqu'un trouve, il y a aura un lot ! Je ne sais pas quoi, mais c'est promis...

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18 mai 2008

Carte de visite (1)

Qui dit fin d'année, dit : surcharge de travail temporaire. J'ai songé à mettre ce blog en pause, mais déjà que j'ai peu de lecteurs, si en plus j'hiberne...Autant le saborder !
Aussi, en attendant d'avoir un peu plus de temps, pour rédiger des billets dignes de ce nom, ai-je décidé d'ouvrir une série de "Panthéons personnels", ou de "Cartes de visite", si vous préférez.
Il y en aura trois : une pour la musique (aujourd'hui), puis dans les semaines à venir, une pour la littérature, et une pour le cinéma. Le concept est très banal, il s'agit de donner, le cas échéant, les dix albums qui ont le plus compté dans ma vie (pas forcément ceux que je considère comme les dix meilleurs disques du monde, je le précise, mais ceux que j'ai usés jusqu'à les trouer, pour certains).

Voici donc la carte de visite musicale !! Les images renvoient, comme d'habitude, à des extraits (sauf pour Bowie et les Libertines, puisqu'ils ont leurs propres articles).


David Bowie : Hunky Dory

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que j'ai évoqué dans ce billet.


Nick Cave : Henry's Dream

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parce que ce fut mon premier disque de Nick Cave, et parce que "Papa won't leave you, Henry".


Deep Purple : Made in Japan

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parce que j'ai écouté du hard-rock au moins une fois, dans ma vie. Mais juste ce disque-là, dont j'ai volé (oui !) le vinyle dans un magasin, en 1997.


Bob Dylan : Street legal

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parce que je l'ai acheté par hasard, à une époque où je n'avais que deux Dylan, et que j'en suis tombée amoureuse, ce qui ne serait peut-être pas arrivé si j'avais connu Highway 61 à l'époque.


The Kinks : Face to face

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parce que c'est un disque tout parfait, un assemblage de chansons "pop", toutes fabuleuses


The Libertines : The Libertines

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que j'ai évoqué dans ce billet


Mano Negra : Casa Babylon

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parce que c'est le dernier disque d'un groupe que j'ai adoré, et parce que quand je l'ai acheté, j'ai découvert, dépitée, que mon groupe favori d'alors, s'était séparé la semaine juste avant.


The Smiths : Strangeways, here we come

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parce que c'est l'album mal aimé des Smiths, alors qu'il est grand


Sweet : Sweet Fanny Adams

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parce que mon oncle me l'a offert en me disant : "laisse tomber tes Supergrass, c'est ça, le glam"


Supergrass : Life on other planets

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parce que je suis quand même retournée à Supergrass l'année suivante !

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14 mai 2008

"Un homme" - Philip Roth * * * *

rothIl y a des concerts de louanges qu'il faut savoir relativiser. Dans ces cas, les cinq personnes qui me lisent savent qu'elles peuvent compter sur moi. Mais il y a aussi, plus rarement, des concerts de louanges devant lesquels on doit s'incliner. "Le dernier de livre de Philip Roth est un chef d'œuvre". Si personne n'a dit le contraire depuis sa sortie, c'est tout simplement parce que cela est vrai.
Son histoire est très simple : il s'agit de 154 pages de retour d'un homme âgé, sur lui-même. Le texte est court, d'une simplicité à couper le souffle. Le personnage revoit passer sa vie, une vie presque normale, il n'est qu'un homme - sous entendu : comme les autres. "Un" - article indéfini. Cet antihéros ne sera donc jamais défini, tout le long du roman. Il n'est pas fuyant, il n'est pas transparent, il est juste banal. Sa vie ressemble à bien d'autres vies, pur produit de la classe-moyenne qui a réussi, s'est installé, a construit quelque chose : un univers, confortable, un peu étriqué ; une vie, quoi, qui vaut ce qu'elle vaut, mais à laquelle il est attaché.
Et à présent, la fin se rapproche. Il y pense, comme l'auteur on le devine (Philip Roth est né dans les années 30), il pèse le pour et le contre. On est frappé par sa solitude, tous ces gens autour de lui paraissent en fait lointains, effacés. Comme si plus il se rapprochait de la mort, plus le monde, autour de lui, parlait à voix basse. Au même moment, les voix du passé deviennent tonitruantes. Le personnage manque de devenir moins ordinaire. Une déclinaison de Philip Roth peut-elle, vraiment, être un homme comme les autres ? L'auteur semble dire que "oui". Que tous les hommes sont égaux, face à la mort. La morale de ce livre est une évidence. Il fallait tout le talent de Philip Roth pour la rendre si éclatante, si poignante, si drôle : Philip Roth, même hanté par la mort, n'est pas capable de rester sérieux trop longtemps. Il réussit à parsemer son livre de scènes comiques, légères, comme ces moments de vie qui sur le coup paraissent anodins, et qui deviennent le fondement de la mémoire.
On dit souvent : "ce livre est une belle leçon de vie". Philip Roth, dans "Un homme", donne une belle leçon de mort. Il fallait oser ! Mais comme l'a écrit Thom, dans une très bonne critique de ce livre : "Partir avec un tel roman serait assurément une superbe fin". J'ignore si c'était son idée ; ce qui est certain, c'est qu'après ce livre, Philip Roth pourra, c'est vrai, partir en paix.

Voir aussi, du même auteur :

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12 mai 2008

"Le Montespan" - Jean Teulé *

9782260017233Comme tout le monde, il m'est arrivé de dire qu'on ne jugeait pas d'un livre à sa couverture. Et comme tout le monde, il m'est arrivé de me montrer imprécise, sur ce sujet : car la couverture appartient à ce que l'on appelle le "paratexte" ; elle ne fait pas partie du texte, mais elle fait bien partie du livre. Et lorsqu'elle est illustrée, elle dit quelque chose dessus dont j'imagine (peut-être à tort) qu'elle s'étend au-delà de la bête accroche promotionnelle. Or, celle du nouveau Jean Teulé, elle a quelque chose d'inquiétant : cette caricature aux couleurs criardes, montrant un carrosse doté de cornes, est-elle à l'image du roman ? Plutôt, oui.
Vous en avez peut-être entendu parler : "Le Montespan" raconte, tout simplement, la vie du mari de la Montespan, favorite du Roi. Cocu magnifique, à une époque où être cocufié par le Roi est presque un privilège, notre héros, excessif et amoureux (excessivement amoureux...), ne l'entend pas de cette oreille. Et il dresse le projet fou de séduire la Reine, histoire de remettre les pendules à l'heure. Ce point de départ est tellement génial, il flatte tellement l'imagination du lecteur, que j'ai été d'autant plus déçue par son traitement.
Quand avec mes amis les Chats, nous avions interviewé Jean Teulé, celui-ci nous avait confié ne plus vouloir retenter l'expérience des poètes, de crainte que cela ne tourne au procédé. Ce qui est étonnant, c'est qu'il y a différents "procédés", et qu'en fait, dans "Le Montespan", Jean Teulé se contente de décliner la formule autrefois appliquée à "Villon" et "Verlaine". La figure historique n'est plus un poète, mais l'idée est là, et l'univers est très, très proche de celui de "Villon". C'est à dire baroque, déjanté, très BD. Or, ce qui collait à merveille avec le Moyen-Age, époque violente dont on sait en fait peu de choses, est beaucoup moins adapté à celle de Louis XIV. Voir la cour changée en lupanar de luxe est assez perturbant, et le côté caricatural des personnages et des situations est plus agaçant qu'amusant. Jean Teulé aurait-il péché par excès de démesure ? C'est ce que j'ai pensé à la lecture, à moins peut-être qu'il s'agisse d'excès de légèreté. La quantité documentaire, qui conférait leur solidité à "Verlaine" et "Villon", semble ici bien moindre. Pas un seul personnage qui ne manque d'épaisseur, de nuance, et l'auteur se transforme en caricaturiste ordinaire. Le résultat n'est pas un mauvais livre, mais un livre un peu cheap ; l'argument est très intéressant, son traitement un peu trop j'menfoutiste pour me captiver durant plus de trois cent pages.

Voir aussi, du même auteur :

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11 mai 2008

"Teeth" - Mitchell Lichtenstein * *

teeth_movie_poster1La découverte de la sexualité, c'est toujours quelque chose de traumatisant. Cela l'est encore plus, lorsque vous êtes une adolescente au cœur de l'Amérique puritaine. Cela relève du cauchemar, lorsque vous êtes atteinte de "vagina dentata". De quoi ? De cette étrange malformation affublant votre vagin de...Dents !
C'est ce qui arrive à la jeune Dawn, dont le prénom est déjà une métaphore. Le film en sera-t-il une, aussi ? Bien entendu ! "Teeth" fait penser, inévitablement, aux premiers films de Cronenberg, ces "séries B" horrifiques qui véhiculaient nombre d'interrogations plus métaphysiques. Plus spécialement à : "Rage", qui voyait une adolescente affublée d'un dard très phallique, sous son aisselle. C'est sous cette tutelle que Mitchell Lichtenstein a inscrit son premier film, dans lequel il met en abyme l'éveil au désir et à la sexualité, à la fois avec sensibilité, et avec humour.
Sans complexe, il exploite l'intégralité des images et allégories que lui offre son sujet : le sexe carnivore, l'arme défensive, l'objet de plaisir, la maitrise du désir, puis la maitrise du corps...Tout y passe, et tout passe. Au détriment, c'est vrai, de l'étude de caractères, un peu superficielle par instants (seule Dawn, en fait, est un personnage crédible). C'est un peu toujours l'inconvénient des satires. Cela n'empêche pas celle-ci d'être très réussie ; il ne manque vraiment pas grand chose à "Teeth", pour être un grand film.

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09 mai 2008

"Ténèbres, prenez-moi la main" - Dennis Lehane * *

copie_1_lehane_tenebresDans lequel Patrick Kenzie et Angie Genaro enquêtent sur un tueur en série des plus sadiques, passent du rôle de chasseurs à celui de proies, et finissent par laisser parler leurs sentiments réciproques (car quand on manque de mourir à deux, cela rapproche !). Dire que tout cela semble "déjà-vu", ce serait en-dessous de la vérité : "Ténèbres, prenez moi la main" est un roman téléphoné de la première à la dernière page. Chaque rebondissement est prévisible avec un chapitre d'avance, l'intrigue est bien menée, mais elle est dépourvue d'éclat.
Et pourtant ! "Ténèbres, prenez-moi la main" est un excellent livre. Paradoxe ? Pas tellement : comme beaucoup de livres de première main, celui-ci tient sur pieds car il transcende son sujet, et dépasse le cadre de "simple roman sur un serial-killer". D'abord, l'écriture de Dennis Lehane est superbe. Très crue, mais très vivante, imagée, suggestive. Elle crée la tension, parvient à faire trembler comme une feuille, même lorsque l'on arrive à deviner le pourquoi du comment. Ensuite, l'auteur écrit autre chose qu'un polar, en fait : il pose une réflexion sur la part de ténèbres présente en chacun d'entre nous. A travers la descente aux enfers du héros, il sous-entend que la civilisation ne tient qu'à un fil, que l'humanité n'est qu'une notion relative qui doit être soutenue, toujours, par l'éthique, si elle veut résister aux épreuves. Et que, parfois, il est difficile de ne pas glisser de "l'autre côté".
Un constat qui n'est pas nouveau, il est vrai. Mais dans une société sursécuritaire, prônant continuellement le "risque zéro", où l'inconscient collectif cherche à éradiquer la violence, comme s'il s'agissait d'une simple maladie...Ce constat semblera plus dérangeant que jamais.

Voir aussi, du même auteur : "Mystic River"

(voir aussi l'article référence de Gaëlle, ICI ; les avis des Chats de Biblio, LA)

Posté par Laiezza à 10:39 - A recommander - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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