06 mai 2008
"La Théorie des codes" - José Carolos Somoza *
Après trois très bons romans, l'ayant imposé comme le maître du "thriller lettré", José Carlos Somoza se lance à présent dans le "thriller scientifique", et même mathématique. Au vu du succès planétaire de ses précédents ouvrages, la prise de risque est réelle, et mérite d'être reconnue et saluée. Avec son style vif et limpide, Somoza est sans doute l'un des rares auteurs capables de faire se passionner des littéraires pour des théories mathématiques (véridiques, il faut le souligner), et si je dois avouer que de prime abord ce livre m'attirait moins que les autres, je dois aussi reconnaitre que Somoza développe la théorie du titre avec une vraie pédagogie.
Ce qui est un peu paradoxal, c'est qu'en fait, si "La Théorie des cordes" se révèle moins réussi, ce n'est pas du tout parce que l'auteur a changé de genre. C'est parce qu'il commet des maladresses chez lui inhabituelles, maladresses on ne peut plus littéraires - je veux dire. Le début du roman est aussi prenant que déjà-vu : une universitaire perturbée s'aperçoit que d'anciens collègues, qu'elle avait côtoyés au cours d'une mission secrète dix ans plus tôt, sont tous éliminés les uns après les autres. Par qui ? Pourquoi ? En effectuant un retour vers le passé, l'auteur va narrer l'histoire de cette mission scientifique qui va dérailler, poser ses habituels questionnements philosophiques, et faire frémir le lecteur. Rien de nouveau sous le soleil ! Et j'aurais bien du mal à expliquer pourquoi, vraiment, ce qui marchait ailleurs ne fonctionne pas ici.
L'impression est celle d'une mécanique qui tournerait à vide. Tous les romans de Somoza, jusqu'à celui-ci, partaient d'un postulat plus ou moins éculé (ou disons : simpliste), pour aboutir à quelque chose d'inédit. A un renouvellement de thèmes ancestraux. Dans "La Théorie des cordes", le postulat (énième variation sur les voyages dans le temps) n'a rien de nouveau, c'est un fait. Mais surtout, la transcendance n'a jamais lieu, comme si en se lançant dans le SF, Somoza avait perdu une grande partie de son inventivité. Les ficelles sont trop grosses, les personnages trop nombreux et peu crédibles. Il ne reste du Somoza que j'ai aimé ailleurs, que le style (toujours aussi exceptionnel !), et ce sens du rythme, qui lui permet d'écrire des pavés sans jamais être assommant. C'est suffisant pour me distraire ; pas assez pour me passionner.
Voir aussi, du même auteur : "La Dame N°13"
