03 mai 2008
"Dig, Lazarus, Dig !!!" - Nick Cave & The Bad Seeds * * *
Depuis que je me promène sur les blogs, j'ai remarqué qu'il n'y avait qu'un seul artiste pour y faire l'unanimité : Nick Cave. On aurait pu s'attendre à trouver plutôt David Bowie, ou Radiohead...Mais ceux-là sont, en fait, plus souvent (et plus durement) critiqués, que l'inaltérable auteur de "The Mercy Seat". Cela me surprendra toujours : dans la vie, je n'ai jamais croisé une aussi énorme concentration de fans de Nick Cave. Je dirais même que, parmi mes amis, peu de gens l'aiment. C'est normal : tous les fans français de Nick Cave, ils se planquent sur le Net. Un nouvel album de Nick Cave, c'est donc obligatoirement un évènement, sur les blogs.
Et pourtant ! Depuis quelques semaines, je lisais des critiques plus dures que d'habitude, à l'égard de Nick et de ses Bad Seeds. Dig, Lazarus, Dig !!! serait un disque fade, désincarné, lisse, sans aspérités (je vous épargne la liste exhaustive). Nick Cave aurait même viré "commercial", selon certains. A lire cela, il y a de quoi s'inquiéter. Mais le plus embêtant c'est que, dans un premier temps, cela se confirme ! Malgré un rythme entêtant, la première chanson (éponyme) s'avoue des plus frustrantes. Quelque chose semble manquer, mais on ne sait pas trop quoi. "Today's Lesson", morceau plutôt entrainant, pose les mêmes questions...Comme s'il y avait de très bonne idées, pas forcément achevées. Et le son est affreusement lisse, vraiment. Coup d'œil aux notes de pochettes : c'est bien Nick Launay aux manettes, comme sur les trois disques précédents (dont The Abattoir Blues, peut-être le meilleur disque "rock" des années 2000). C'est là qu'on se rappelle que Nick Launay, si on lui doit des classiques (Flowers of romance de PIL, If I die...I die, de Virgin Prunes), a aussi produit quelques vraies cochonneries (au nombre desquelles : les trois premiers Silverchair !).
Mais Nick Cave est un malin. Et Dig, Lazarus, Dig !!! : un disque des plus vicieux. Après la perplexité (une écoute), le rejet (deux à trois écoutes), ses chansons ont fait leur petit bout de chemin dans ma caboche, et voilà qu'un matin je me suis surprise à chanter "Albert goes west" en allant travailler. Bizarre ! Je reviens donc, le soir venu, sur cet album...Pour m'apercevoir que j'en connais, déjà, tous les titres par cœur (ou presque). Etonnée, je monte le son. Fort, un peu plus fort...Et je découvre, alors, un album de rock'n'roll comme j'en ai entendu bien peu, ces dernières années.
La principale qualité, ici, c'est le groove. Cela n'étonnera personne, connaissant Nick Cave, dont les albums ont toujours été pourvus de rythmiques assez obsédantes (voir Let love in ou Murder Ballads). A bien les écouter, "Today's Lesson", "Moonland", sont des descendants directs de "Stagger Lee". Une tension étrange, le rythme est plus speed qu'à l'habitude, mais en fait, Nick Cave fait toujours du Nick Cave. La vraie différence, c'est que c'est un album plutôt joyeux (du point de vue des mélodies, car les textes sont toujours aussi morbides). Il est même "accessible" (il faut que je le teste sur mes élèves). Il peut se chantonner sous la douche (les autres aussi...Mais ce n'est quand même pas l'idéal, quand c'est dimanche et qu'il fait beau dehors, je trouve).
Nick Cave dévoile, en fait, une autre facette de son talent, un peu nonchalante sur "More news from nowhere", peut-être un peu facile, ici ou là (cela sera mon unique reproche, mais Nick Cave aussi, a le droit parfois de verser dans la facilité). L'ambiance est souriante, décontractée. Sans jamais être trop légère, ni idiote...Dig, Lazarus, Dig !!!, c'est peut-être cela : ce que la musique pop devrait tout le temps être. Mais n'est pas souvent : chaleureuse, dansante, et, surtout : élégante.
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Albert goes west")
(voir aussi les articles de G.T. sur Art-Rock, et de Thom sur Le Golb, qui a aussi écrit une somme sur Nick Cave en général, ici, et là)
(P.S. : elle est assez longue, celle-ci, Gaël ? :)
