29 avril 2008
"Blonde comme moi" - BB Brunes * *
Vous êtes étonnés que j'écrive un billet sur les BB Brunes ? En fait : moi aussi ! Mais vous savez, je suis une enseignante dans le coup, moi ! Alors j'ai voulu jeter une oreille à la grande passion de mes élèves, ces jeunes BB que je n'aurais surement pas écoutés, sinon. C'est à dire que les autres groupes de la "nouvelle scène", Naast, Plasticines, m'avaient tellement ennuyée...Je n'avais pas très envie de remettre cela.
Pourtant, dans la vie, il ne faut jurer de rien : bien que rapprochés mentalement (et "médiatiquement") des deux autres groupes nommés, les BB Brunes sont d'un niveau très au-dessus, et proposent le premier disque complètement réussi de ce courant. L'album des Naast n'était pas nul, il était inégal, on voyait un potentiel, mais on baillait. Les BB Brunes, pour leur part, viennent de sortir un disque charmant du début à la fin, plein de pèche, de mélodies, et de rythmes sautillants. A la première écoute, on aura tôt fait de penser aux Libertines, mais en fait, c'est plus proche des Dirty Pretty Things (ils décalquent le riff de "You fuckin' love it", ce qui donne "Blonde comme moi"), ou des Hives.
Toutes les chansons ne sont pas parfaites. Mais il y en a plusieurs qui font vraiment mouche : "J'écoute les cramps" (très efficace), "Perdus cette nuit" (très jolie ligne de basse), et "Le gang", sont des chansons de première main, qu'il serait dommage de manquer par snobisme : "ouais, c'est d'la musique d'ados". Peut-être bien, mais le rock en général, c'est de la musique d'ados. Loin d'être les petits branleurs auxquels je m'attendais, les BB Brunes ajoutent à leur pose un côté "nous contre le monde" plutôt convaincant, des textes pas cons...On trouve même un ou deux morceaux urgents, où ils touchent au "truc", par exemple : "Mr Hyde". Dans l'ensemble, Blonde comme moi offre une nervosité assez rare, dans le rock français, un côté Smiths qui n'est pas pour me déplaire.
A découvrir, sans trop se fier au tube "Dis moi", qui est en fait le titre le plus fade d'un disque très sympathique. Cela mérite bien mieux que les moqueries des "vieux rockeurs" : à ne pas confondre avec l'ultra formaté Tokio Hotel. BB Brunes, sont vraiment rock 'n' roll.
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Perdus cette nuit")
27 avril 2008
"Mystic River" - Dennis Lehane * * *
Deux billets le même jour...Voilà qui n'est pas dans mes habitudes, mais je profite d'avoir un peu de temps (ce qui devient rare). De plus, je parle cette fois d'un livre particulier, puisqu'il a été lu dans le cadre du Blog des Chats, ce qui impose une minuscule contrainte de temps.
Moi qui n'ai aucune affinité avec le polar, j'avoue que j'ai un peu ronchonné, quand Dennis Lehane a été proclamé ARISTOCHAT. J'ai jeté mon dévolu sur "Mystic River", le premier que j'ai trouvé. J'avais beaucoup aimé le film de Clint Eastwood ; le roman dont il est adapté est tout aussi bon.
L'histoire, si vous ne le savez pas, est celle de trois adolescents réunis autour d'une même tragédie (l'un d'eux a été kidnappé sous les yeux des autres), qui se retrouvent à l'âge adulte, à l'occasion de l'assassinat de la fille d'un d'entre eux. Face aux coups du sort, à la fatalité, les souffrances des uns sont devenues les tabous des autres. Chacun s'apprête alors à jouer le rôle que le destin lui a réservé, dans cette pièce étrange ayant lieu sur les bords de la fameuse "Mystic River" : l'un est victime, l'autre suspect, l'autre enquêteur. Dennis Lehane va jouer avec les apparences, ménager le suspens et, surtout, multiplier les points de vue de manière assez passionnante. Pas de héros, pas de pourris, juste des êtres humains, ravagés par les fantômes du passé.
Je ne pouvais que me laisser séduire, puisque l'écriture est superbe, et surtout, parce que l'intrigue policière est très secondaire. L'intérêt réside plutôt dans une étude des mœurs d'une ville abimée par la misère sociale, dans la chronique de caractères que tout oppose, et qui finissent par communier dans la souffrance. L'histoire est aussi bouleversante que la plume, et lorsqu'on referme le livre, on reste hanté par ses héros longtemps, très longtemps après...
(voir aussi la critique de Thom)
"Sans arme, ni haine, ni violence" - Jean-Paul Rouve * *
La Société Générale n'a pas attendu Jérôme Kerviel, pour en voir de toutes les couleurs. En 1976, le truculent Albert Spaggiari lui imposait, à Nice, un casse monumental, entré depuis dans la légende : des mois durant, lui et ses complices ont creusé sous la banque, qu'ils vont dépouiller le temps d'un week-end festif ! Cette seule anecdote aurait suffit à le rendre célèbre, ce génie du crime. Cela ne lui suffisait pas : interpelé et emprisonné, il réalisera peu après l'une des évasions les plus spectaculaires de l'histoire. Puis, en cavale, Spaggiari s'est pris au jeu des médias, a nargué tout le monde...Un authentique héros de roman, pour qui le "biopic" semble avoir été inventé.
C'est Jean-Paul Rouve, acteur attachant, qui s'y colle, pour sa première réalisation. Il s'en sort vraiment bien ! C'est pourquoi je préfère évacuer les défauts, dès le début : le problème de Rouve, c'est qu'il se heurte à la Légende avec un "grand L", et s'y perd un peu. Il fait de Spaggiari un loser magnifique, un Robin des bois moderne...Oubliant l'aspect moins sympathique du personnage. Spaggiari était un facho de la pire espèce, ancien para, ancien de l'OAS, une pourriture raciste et antisémite, comme on en voit peu (mais déjà trop !). De cela, aucune trace (ou bien peu) dans "Sans arme, ni haine, ni violence", tout à la gloire du "personnage". C'est d'autant plus dommage, de mon point de vue, que Rouve (également acteur principal), compose un Spaggiari tout en nuances, et n'aurait sans doute pas eu de mal à le mettre aussi en perspective, cet aspect-là.
Il faut donc accepter le parti pris, et faire abstraction de ce que vous savez déjà, si vous connaissez l'histoire. Si vous y parvenez, vous risquez de prendre beaucoup de plaisir : "Sans arme, ni haine, ni violence" est un film d'aventures charmant, à l'ancienne, façon Belmondo - De Broca (comme tout le monde le répète inlassablement, depuis la sortie). De l'humour, du rythme, Rouve n'est pas le plus grand metteur en scène du monde (De Broca non plus...), mais il se débrouille mieux que beaucoup d'acteurs passant derrière la caméra. La distribution est convaincante (chapeau à la chouchoute de Thom, Alice Taglioni), le côté fresque réussi, et l'angle d'attaque (l'histoire est vue par le regard d'un jeune journaliste suivant Spaggiari) est des plus intéressants. Une biographie très partiale, couplée à un très bon film.
(voir aussi l'avis enthousiaste de La Nymphette)
24 avril 2008
Est-ce bien raisonnable ?
Vous avez déjà remarqué que, cette semaine, c'était glanding sur 115th Dream.
Je n'ai le temps de rien, à peine de lire...Et voilà que ma copine Sevie, sans doute poussée par de louables intentions, me propose de remplir l'anti-quizz de Thom : le questionnaire des "premières fois, dont on espère qu'elles seront les dernières". Il semble en effet que, durant mes vacances, une pétition ait circulé à ce sujet, voulant me forcer à participer à ce jeu idiot.
N'ayant rien de mieux à proposer cette semaine...C'est chose faite !
Premier quizz bidon >>> celui-ci !!
Premier licenciement >>> cela vous paraitra incroyable, mais je n'ai jamais été licenciée. Par contre, je suis une vraie pro de la démission. J'ai rarement passé plus d'un an à exercer le même travail. Rebelle, la Laiezza ? Il faut croire, oui !
Premier accident de voiture >>> j'ai passé le permis de conduire il y a très peu de temps, juste avant de venir à Rennes. Et je n'ai jamais conduit depuis, ou presque !
Première article honteux sur mon blog >>> je n'ai pas encore assez de recul, pour penser en ces termes. Surtout que, comme en créant mon blog j'ai repris des textes de l'ex-forum des Chats...Un tri a été effectué en amont. Cela dit, certaines critiques me paraissent, avec le recul, un peu décalées, par exemple celle de "L'Ancre des rêves" (ICI). Normal, puisqu'elles ont été "arrachées à leur contexte". Je réécrirai d'ailleurs sûrement quelque chose, sur ce livre précis, que j'étudie avec mes élèves et que j'ai, du coup, relu plusieurs fois depuis.
Premier voyage cauchemardesque >>> je suis une grande voyageuse, mais je n'ai connu qu'un seul voyage vraiment raté : le dernier en date, en Roumanie. Je connaissais bien ce pays, mais cette fois, les choses se sont mal terminées : je me suis fait dérober mes affaires, valises, papiers...Je suis rentrée à l'automne dernier, en catastrophe, grâce à l'ambassade de France ! Un souvenir qui, pour l'instant, m'a un peu vaccinée des voyages, moi qui ai pourtant vécu une bonne part de ma vie à l'étranger.
Premier baiser foireux >>> il s'appelait Yvan. Et il n'embrassait pas très bien, je ne saurais dire pourquoi. Question de feeling ? Sans doute ! De toute façon, je crois que les vrais baisers réussis sont rares. L'amoureux qui embrasse bien, avec intensité...Il faut le préserver !!
Première partie de jambe en l'air foireuse >>> il s'appelait Yvan. Il n'embrassait pas très bien. Donc !
Et voilà !!
Je m'en suis bien sortie, non ?
21 avril 2008
"Ferraille à vendre" - Anthony Burgess *
La "Feraille à vendre", c'est Excalibur, rien que ça. Retrouvée au vingtième siècle, l'épée légendaire se trouve catapultée dans une époque décadente et superficielle, où sa valeur ancestrale n'a plus lieu d'être.
Mais l'épée du Roi Arthur n'est ici qu'en guise de symbole. Le véritable nœud du roman, c'est l'étrange lien entre Daniel et Reginald, les deux héros. Deux frères dont l'un vient d'Occident, l'autre d'Orient, qui finissent par se retrouver, et constater les dégâts provoqués par une civilisation perdue, gâchée par des avancées technologiques aussi prétentieuses qu' incontrôlables, des nationalismes exacerbés...etc.
Finalement, ces deux antihéros vont se réfugier dans...le terrorisme ! Ce qui permet d'apprécier, une fois encore, la portée visionnaire de l'œuvre d'Anthony Burgess (auteur de "L'Orange mécanique"), pour qui la solution semble donc être dans Excalibur - c'est à dire dans le passé. Une idée intéressante, mais je dois dire qu'à un moment, je me suis quand même demandée si Burgess condamnait le terrorisme, ou en faisait son apologie. Evidemment, la première hypothèse est la bonne lorsqu'on connait l'auteur (cela semblera moins évident à un lecteur qui ne l'aurait jamais lu, je pense).
Beaucoup d'idées dans ce livre, vraiment. Trop, en fait ! si la vision, à la fois pessimiste et terriblement réaliste, de l'auteur séduit, sa narration semble se perdre en conjectures. Le livre part dans tous les sens, enchaine élucubrations incompréhensibles, et délires mystiques bizarres. On ne sait pas trop s'ils sont l'œuvre des personnages, ou de l'auteur...
Un livre vraiment étonnant, en tout cas !! Pas mauvais, mais pas facile à suivre. Un livre qui dit des choses importantes du point de vue philosophique, et existentiel mais qui, du point de vue romanesque, se révèle relativement décevant, et inutilement compliqué.
(ceci est une archive, déjà publiée sur le forum des chats, devenu depuis le blog des Chats ; j'ai trop peu de temps pour lire et écrire, cette semaine, d'où cette entorse au règlement :)
19 avril 2008
"Chroniques de l'asphalte 1/5" - Samuel Benchetrit *
Cher Monsieur Benchetrit,
Je vous ai écrit il y a deux semaines, pour vous parler de votre film "J'ai toujours rêvé d'être un gangster". Le hasard a fait que depuis, j'ai lu votre livre, "Chroniques de l'asphalte 1/5". Si j'ai bien compris, c'est le premier volume de vos mémoires, c'est bien ça ? A 35 ans, est-ce bien raisonnable ? D'autant qu'à la fin de cet épisode 1, vous en avez fini avec la jeunesse, il vous reste une grosse quinzaine d'années pour quatre épisodes...J'ai dans l'idée qu'après, il va y avoir des longueurs...
Je vous charrie, car ce ne fut pas, pour moi, une lecture désagréable, j'ai même été attendrie, car vous écrivez un peu comme mon cousin (un fana de Bukowski âgé, à ce jour, de 17 ans). Vous racontez la banlieue de votre enfance avec tendresse, avec humour, il y a dans ce livre tout ce qui manque à votre dernier film, je veux dire qu'on y sent une sincérité, et une authenticité.
Je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas non plus un très grand livre, même pas un excellent livre, c'est juste un livre passable. Ca, c'est votre vieux travers, je commence à vous connaitre : vous êtes un paresseux, approfondir le caractère d'un personnage, travailler la construction d'une histoire...Vous trouvez cela trop fatigant. Il vous manque l'essentiel, pour être un écrivain : le travail, il y en a pas mal à fournir, pour que votre talent s'épanouisse.
En attendant, vous avez quand même réussi le test. Je lirai votre second épisode avec attention. En espérant que vous ne prendrez pas mal mes missives, qui ne visent qu'à vous aider à progresser pour qu'enfin, vous méritiez un peu votre succès !
(voir aussi les critiques de Thom, et Yueyin)
17 avril 2008
"Elle s'appelait Sarah" - Tatiana de Rosnay °
Je ne suis pas une midinette. Je n'ai même pas de cœur. Cela rassurera mes amis, qui se moquent tout le temps de mon côté "fleur bleue". Hélas, la seule chose que j'ai ressenti en lisant ce livre, c'est de l'affliction.
Tatiana de Rosnay raconte, en alternance, l'histoire de Julia, journaliste américaine enquêtant sur la rafle du Vel' d'Hiv', et celle de Sarah, petite fille qui en a été la victime. Le roman saute donc sans arrêt de 1942 à nos jours, et inversement, étalant des thématiques très larges, et à mon avis, un peu trop. C'est en fait le même parti-pris que dans "Windows on the world", de Beigbeder (je m'étonne de n'avoir lu aucun commentaire, parmi les deux cents sur le Net, le soulignant). Ce qui était agaçant, lourd chez l'un, ne l'est pas moins chez l'autre.
Julia l'américaine se bat pour le Devoir de Mémoire, c'est très joli, mais ce n'est pas suffisant, je crois, pour écrire un roman ! Sans s'attarder sur le fait que se battre, de nos jours, pour la reconnaissance de faits figurant depuis trente ans dans tous les manuels d'histoire, connus et reconnus de tous depuis le procès Papon (1997, et 1995 pour le discours de Jacques Chirac), relève plus de la bonne conscience contemporaine que du noble combat des Klarsfeld (on se demande même un peu contre quoi elle se bat, la fille, sinon contre son propre nombrilisme)...Sans s'attarder là-dessus, côté Sarah, tout n'est qu'une succession de clichés, sur l'occupation, sur la guerre, sur le nazisme, même sur les juifs...Rien que des choses racontées mieux ailleurs. Qu'on lise Levi (Primo, pas Marc), Appelfeld, ou même Vittori. On aura là des livres intelligents sur ces questions, ni plus ni moins "populaires" que cette soupe, faisant dans la simplification permanente. J'ai failli arrêter plus d'une fois, tant cela m'était insupportable. L'histoire de Sarah n'est pas bouleversante, elle est surtout gnangnan et manichéenne. L'auteur s'attaquerait à la collaboration ? Pas du tout : elle raconte l'histoire des gentils en danger à cause des méchants. Je vous renvoie au superbe livre de Gilles Perrault, "L'orchestre rouge", pour en apprendre un peu sur l'occupation, la collaboration, la Résistance, ou la déportation des juifs. Dans "Elle s'appelait Sarah", on n'apprend rien de plus que dans un manuel de troisième, aucune documentation, le comble, quand l'autre héroïne du roman est une journaliste ! Et je ne parlerai même pas de l'écriture, insipide, mettons cela sur le compte de la traduction, histoire de ne fâcher personne.
Je pense que je n'ai pas besoin de faire plus pour que vous compreniez mon avis. Il n'y a rien d'émouvant, encore moins de "noble", dans cette mélasse compassionnelle, surfant sur le Devoir de Mémoire, comme on surfe sur une mode quelconque ("pour ne pas l'oublier", inscrit sur la couverture, l'accroche promotionnelle ne se cache même pas). "Elle s'appelait Sarah", en choisissant de suivre une petite fille toute mimi, et en prenant le parti de ne raconter l'histoire que sur le mode purement émotionnel, est dans la droite ligne des idées récentes de notre Président, et en conséquence, il provoque autant mon indignation. En tant que lectrice, en tant qu'enseignante (enseignant justement cette mémoire), et en tant que juive. Bien sûr, ce noble combat n'appartient pas qu'à moi. Que l'auteur ait voulu publier ce livre hors les frontières, pour qu'on s'en rappelle au-delà de la France, pourquoi pas ? Ici, désolée, je crois qu'il y a assez de livres, de romans, de films, de documentaires, sur cette question, pour qu'on se passe de l'aide intéressée de Tatiana de Rosnay.
16 avril 2008
"The Libertines" - The Libertines * * * *
Je me faisais la réflexion l'autre jour : déjà quatre ans que ce disque sortait. Le second album des Libertines...J'ai l'impression que c'était l'an passé. C'est le seul disque, je crois, que j'ai reçu comme un classique, tout de suite. Qu'est-ce que je veux dire ? Je veux dire que pour moi, un disque classique, c'est un disque qu'on a l'impression d'avoir toujours connu le jour de sa sortie, puis qu'on a l'impression de découvrir à chaque fois pour la première fois, durant les années qui suivent.
C'est très bizarre à définir. J'ai, en fait, du mal à me souvenir qu'à une époque, "Can't stand me now" n'avait pas été écrite. Ce que je ressens pour "Bob Dylan's 115th Dream", ou pour "Blackbird" (des Beatles)...A la différence que "Can't stand me now", je l'ai vue sortir, j'ai connu le monde avant elle, j'ai même connu les Libertines, avant elle. C'est très étrange, je vous assure, j'ai peur de très mal l'expliquer.
A 22 ans, moi, je me croyais un peu vieille, pour virer fan. Les Libertines ? Le premier était excellent, mais c'était un peu trop "ado en colère" pour moi. Peter Doherty, nouveau Rimbaud ? On y croit. La poésie rock'n'roll, comme on dit, je n'y ai jamais cru. Dylan est un grand poète. John Lennon est grand auteur de chansons, nous pourrions en discuter, mais pour moi, ça n'a jamais fait un pli.
Quand le second album des Libertines est sorti, il ne portait pas de titre, et il n'en avait pas besoin. C'était ça, les Libertines. La musique était rageuse, mais contrôlée, on sentait un travail, on sentait une fierté à montrer ce travail. Le talent de Doherty et Barat, était désormais arrivé à maturation. La "maturité", voilà un mot qui fait peur aux punks. Johnny Rotten, vieillissant, a changé de nom. Les Ramones, à partir de 1981, ont publié tous les deux ans le même disque (Thom, ne bondis pas, tu sais que c'est vrai) ; ils ont même commencé à recruter des jeunes, dans le groupe, pour oublier qu'ils étaient vieux. Joe Strummer est bien le seul, à ne pas avoir eu peur de vieillir. Cela lui a, d'ailleurs, couté son public. C'est vers cela que vont les Libertines à partir de 2004.
Y-a-t-il encore des hymnes adolescents, sur The Libertines ? Il y a "What became of the likely lads", qui sonne comme un adieu, en dernière plage. "Last post on the bugle", ou "Campain of hate", cela n'envoie plus vraiment la purée. C'est déjà plus subtil que "Time for heroes". "What katie did", c'est planant, c'est du doo-wop, presque. Vous avez déjà vu du doo-wop joué par des adolescents ?
The Libertines a été mon disque du passage à l'âge adulte. En même temps que les Libertines, même si Pete Doherty s'est dépêché, après, de retrouver sa chère adolescence. Il a eu peur, moi aussi, mais un peu moins. J'ai arrêté de l'aimer après, pas que sa musique soit devenue mauvaise (Shotter's Nation restera l'un des très bons disques de 2007), c'est moi qui suis devenue grande. J'ai suivi une route logique. The Libertines, le disque générationnel ? Pour les gens nés à partir de 82 (je suis de la toute fin 81, en fait), qui sont un an trop jeunes pour avoir connu le grunge, c'est une certitude...
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "What Katie did")
Voir aussi : "Bound together" - Anthony Thornton & Roger Sargent (biographie)
(voir aussi la chronique de Guic' The Old)
15 avril 2008
"Un mal qui répand la terreur" - Stewart O'Nan * * *
Stewart O'Nan est un auteur assez génial. C'est vrai, n'importe qui passant après Thomas Clément m'aurait paru génial. Mais lui, O'Nan, il l'est vraiment, et "Un mal qui répand la terreur" est à mon avis son meilleur roman à ce jour, encore mieux que "Le nom des morts". Oui, carrément !
Ames sensibles s'abstenir, on s'y retrouve plongé dans le village de Friendship (!), en pleine guerre de sécession, où une épidémie de diphtérie répand la terreur...Mais aussi la mort, le sang, la folie. A mi-chemin entre "La peste", et une variation sur le mythe de Job, le roman de Stewart O'Nan présente ainsi la déchéance de Jacob, le fossoyeur, qui à force d'enterrer les corps de ses concitoyens, de s'épanouir dans la mort, finira par être possédé par elle.
Je reconnais qu'on ne nage pas dans la jovialité, et que ce livre a de quoi faire vraiment peur. La noirceur implacable d'O'Nan, transforme Friendship en un endroit étouffant ; le livre est aussi oppressant que lent, sinistre...Mais beau, aussi, le temps d'une danse, de Jacob avec son épouse, aussi lugubre que poétique (je vous promets...). Oui, il faut faire une ou deux concessions à cet univers si dur, pour parvenir à terminer "Un mal qui répand la terreur" sans fondre en larmes. Il y a des livres qui font pleurer à force de guimauve, celui-là, fait pleurer à force de la refuser. Cela ne se termine même pas bien, je vous préviens tout de suite.
Mais c'est BEAU, et prodigieusement bien écrit. Que faut-il de plus ? Un cœur bien accroché, peut-être...
13 avril 2008
"Les enfants du plastique" - Thomas Clément °
Juste avant de partir en vacances, je regardais le documentaire que Jimmy consacrait à Thierry Ardisson, animateur que j'aime bien, comme beaucoup de gens, surtout parmi les amateurs de rock. Justement, Ardisson disait à un moment avoir voulu produire "des émissions rock", plutôt que "des émissions sur le rock". L'idée se tient, et elle est louable. Problème : je peux me tromper, mais à mon avis, si la musique rock sans l'état d'esprit n'est rien, l'état d'esprit sans la musique rock n'est pas grand chose, non plus. Or, il suffit de regarder une émission d'Ardisson cinq minutes, pour voir que sa culture en la matière est plutôt limitée, finalement très consensuelle, mercantile, et démago. Parce que c'est compliqué, son idée : il ne suffit pas de connaitre les Stooges pour être rock. Ce serait trop facile. Il faut encore les comprendre.
Aussi me suis-je demandée ce que Thom, avait fumé le jour où il a qualifié "Les enfants du plastique" de "livre rock" (appellation que, de toute façon, j'ai toujours trouvée idiote). J'ai trouvé qu'on était, ici, dans la droite ligne de la "culture rock à la Ardisson". Une bonne base, très loin de la mienne, qui est sans doute plus populaire, pour ne pas dire : prolétaire. Ce n'est de toute façon pas le même rapport. "Manque de Clash", concluait Lhisbei. Je suis d'accord, au moins là-dessus : le rock de ce livre, au titre pourtant guerrier, c'est du rock bon teint qui n'effraierait même pas ma grand mère. Dans cette histoire, l'auteur confronte un patron de multinationale du disque au fantôme de son passé grunge, de sa rock'n'roll attitude enfouie. L'idée est séduisante, mais elle est très mal exploitée, car elle repose sur une définition de la rock'n'roll attitude que le livre n'illustre jamais : adolescence éternelle, ode à la liberté, rage against le système. C'est respectable, mais quand on construit son livre comme une succession de slogans publicitaires, et qu'on a un style plus proche de Beigbeder, que de Lester Bangs...Cela fait un peu décalé. S'il suffisait d'avoir les bonnes références musicales pour être rock, Ardisson le serait, mais Dominique de Villepin aussi ; et Lemmy, de Mötörhead, qui avoue ne quasiment jamais écouter de rock, ne le serait pas. Mais Lenny Kratvitz, oui. Etc.
C'est pourquoi, quand par moment il y a un côté "nampe-dropping rock'n'rollement correct" (surtout au début), j'ai juste eu l'impression que l'auteur essayait de draguer la critique littéraire de Rock&Folk. Je ne sais pas si cela a marché. J'en doute, car il manque beaucoup de choses à ce livre, pour qu'il soit rock : la poésie, le romantisme, le côté "écorché vif ", de cet esprit. Le rock y donne le sentiment d'une caution que le livre, s'il racontait les déboires d'un ex joueur de mambo, n'aurait pas. Parce que j'ai trouvé que, si on enlevait le rock, il ne restait rien du livre. L'écriture est fade, le livre est mal rythmé, il n'y a pas vraiment de construction, il n'y a qu'un seul personnage pourvu d'un caractère (complètement cliché, hélas)...Juste de la formule facile, beaucoup d'esbroufe...Un très joli titre, il faut le dire, qui m'a fait envie pendant longtemps ! Un super slogan, une belle couverture pour emballer, qui donnent envie d'acheter le produit. Le teaser, c'est un peu l'inverse du rock. Le plus drôle (ou triste) c'est que la morale de l'histoire, c'est que le rock ne meurt jamais, mais que ce livre prouve le contraire.
Une critique beaucoup plus longue que d'habitude, mais je n'étais pas satisfaite de mon premier crossover, par rapport à ceux, si excellents, des autres ; je voulais aussi être précise, pour ne pas me fâcher avec mes deux copains qui ont consommé "Les enfants du plastique"...oups : "aimé", je veux dire !!
