27 avril 2008
"Mystic River" - Dennis Lehane * * *
Deux billets le même jour...Voilà qui n'est pas dans mes habitudes, mais je profite d'avoir un peu de temps (ce qui devient rare). De plus, je parle cette fois d'un livre particulier, puisqu'il a été lu dans le cadre du Blog des Chats, ce qui impose une minuscule contrainte de temps.
Moi qui n'ai aucune affinité avec le polar, j'avoue que j'ai un peu ronchonné, quand Dennis Lehane a été proclamé ARISTOCHAT. J'ai jeté mon dévolu sur "Mystic River", le premier que j'ai trouvé. J'avais beaucoup aimé le film de Clint Eastwood ; le roman dont il est adapté est tout aussi bon.
L'histoire, si vous ne le savez pas, est celle de trois adolescents réunis autour d'une même tragédie (l'un d'eux a été kidnappé sous les yeux des autres), qui se retrouvent à l'âge adulte, à l'occasion de l'assassinat de la fille d'un d'entre eux. Face aux coups du sort, à la fatalité, les souffrances des uns sont devenues les tabous des autres. Chacun s'apprête alors à jouer le rôle que le destin lui a réservé, dans cette pièce étrange ayant lieu sur les bords de la fameuse "Mystic River" : l'un est victime, l'autre suspect, l'autre enquêteur. Dennis Lehane va jouer avec les apparences, ménager le suspens et, surtout, multiplier les points de vue de manière assez passionnante. Pas de héros, pas de pourris, juste des êtres humains, ravagés par les fantômes du passé.
Je ne pouvais que me laisser séduire, puisque l'écriture est superbe, et surtout, parce que l'intrigue policière est très secondaire. L'intérêt réside plutôt dans une étude des mœurs d'une ville abimée par la misère sociale, dans la chronique de caractères que tout oppose, et qui finissent par communier dans la souffrance. L'histoire est aussi bouleversante que la plume, et lorsqu'on referme le livre, on reste hanté par ses héros longtemps, très longtemps après...
(voir aussi la critique de Thom)
"Sans arme, ni haine, ni violence" - Jean-Paul Rouve * *
La Société Générale n'a pas attendu Jérôme Kerviel, pour en voir de toutes les couleurs. En 1976, le truculent Albert Spaggiari lui imposait, à Nice, un casse monumental, entré depuis dans la légende : des mois durant, lui et ses complices ont creusé sous la banque, qu'ils vont dépouiller le temps d'un week-end festif ! Cette seule anecdote aurait suffit à le rendre célèbre, ce génie du crime. Cela ne lui suffisait pas : interpelé et emprisonné, il réalisera peu après l'une des évasions les plus spectaculaires de l'histoire. Puis, en cavale, Spaggiari s'est pris au jeu des médias, a nargué tout le monde...Un authentique héros de roman, pour qui le "biopic" semble avoir été inventé.
C'est Jean-Paul Rouve, acteur attachant, qui s'y colle, pour sa première réalisation. Il s'en sort vraiment bien ! C'est pourquoi je préfère évacuer les défauts, dès le début : le problème de Rouve, c'est qu'il se heurte à la Légende avec un "grand L", et s'y perd un peu. Il fait de Spaggiari un loser magnifique, un Robin des bois moderne...Oubliant l'aspect moins sympathique du personnage. Spaggiari était un facho de la pire espèce, ancien para, ancien de l'OAS, une pourriture raciste et antisémite, comme on en voit peu (mais déjà trop !). De cela, aucune trace (ou bien peu) dans "Sans arme, ni haine, ni violence", tout à la gloire du "personnage". C'est d'autant plus dommage, de mon point de vue, que Rouve (également acteur principal), compose un Spaggiari tout en nuances, et n'aurait sans doute pas eu de mal à le mettre aussi en perspective, cet aspect-là.
Il faut donc accepter le parti pris, et faire abstraction de ce que vous savez déjà, si vous connaissez l'histoire. Si vous y parvenez, vous risquez de prendre beaucoup de plaisir : "Sans arme, ni haine, ni violence" est un film d'aventures charmant, à l'ancienne, façon Belmondo - De Broca (comme tout le monde le répète inlassablement, depuis la sortie). De l'humour, du rythme, Rouve n'est pas le plus grand metteur en scène du monde (De Broca non plus...), mais il se débrouille mieux que beaucoup d'acteurs passant derrière la caméra. La distribution est convaincante (chapeau à la chouchoute de Thom, Alice Taglioni), le côté fresque réussi, et l'angle d'attaque (l'histoire est vue par le regard d'un jeune journaliste suivant Spaggiari) est des plus intéressants. Une biographie très partiale, couplée à un très bon film.
(voir aussi l'avis enthousiaste de La Nymphette)
