17 avril 2008
"Elle s'appelait Sarah" - Tatiana de Rosnay °
Je ne suis pas une midinette. Je n'ai même pas de cœur. Cela rassurera mes amis, qui se moquent tout le temps de mon côté "fleur bleue". Hélas, la seule chose que j'ai ressenti en lisant ce livre, c'est de l'affliction.
Tatiana de Rosnay raconte, en alternance, l'histoire de Julia, journaliste américaine enquêtant sur la rafle du Vel' d'Hiv', et celle de Sarah, petite fille qui en a été la victime. Le roman saute donc sans arrêt de 1942 à nos jours, et inversement, étalant des thématiques très larges, et à mon avis, un peu trop. C'est en fait le même parti-pris que dans "Windows on the world", de Beigbeder (je m'étonne de n'avoir lu aucun commentaire, parmi les deux cents sur le Net, le soulignant). Ce qui était agaçant, lourd chez l'un, ne l'est pas moins chez l'autre.
Julia l'américaine se bat pour le Devoir de Mémoire, c'est très joli, mais ce n'est pas suffisant, je crois, pour écrire un roman ! Sans s'attarder sur le fait que se battre, de nos jours, pour la reconnaissance de faits figurant depuis trente ans dans tous les manuels d'histoire, connus et reconnus de tous depuis le procès Papon (1997, et 1995 pour le discours de Jacques Chirac), relève plus de la bonne conscience contemporaine que du noble combat des Klarsfeld (on se demande même un peu contre quoi elle se bat, la fille, sinon contre son propre nombrilisme)...Sans s'attarder là-dessus, côté Sarah, tout n'est qu'une succession de clichés, sur l'occupation, sur la guerre, sur le nazisme, même sur les juifs...Rien que des choses racontées mieux ailleurs. Qu'on lise Levi (Primo, pas Marc), Appelfeld, ou même Vittori. On aura là des livres intelligents sur ces questions, ni plus ni moins "populaires" que cette soupe, faisant dans la simplification permanente. J'ai failli arrêter plus d'une fois, tant cela m'était insupportable. L'histoire de Sarah n'est pas bouleversante, elle est surtout gnangnan et manichéenne. L'auteur s'attaquerait à la collaboration ? Pas du tout : elle raconte l'histoire des gentils en danger à cause des méchants. Je vous renvoie au superbe livre de Gilles Perrault, "L'orchestre rouge", pour en apprendre un peu sur l'occupation, la collaboration, la Résistance, ou la déportation des juifs. Dans "Elle s'appelait Sarah", on n'apprend rien de plus que dans un manuel de troisième, aucune documentation, le comble, quand l'autre héroïne du roman est une journaliste ! Et je ne parlerai même pas de l'écriture, insipide, mettons cela sur le compte de la traduction, histoire de ne fâcher personne.
Je pense que je n'ai pas besoin de faire plus pour que vous compreniez mon avis. Il n'y a rien d'émouvant, encore moins de "noble", dans cette mélasse compassionnelle, surfant sur le Devoir de Mémoire, comme on surfe sur une mode quelconque ("pour ne pas l'oublier", inscrit sur la couverture, l'accroche promotionnelle ne se cache même pas). "Elle s'appelait Sarah", en choisissant de suivre une petite fille toute mimi, et en prenant le parti de ne raconter l'histoire que sur le mode purement émotionnel, est dans la droite ligne des idées récentes de notre Président, et en conséquence, il provoque autant mon indignation. En tant que lectrice, en tant qu'enseignante (enseignant justement cette mémoire), et en tant que juive. Bien sûr, ce noble combat n'appartient pas qu'à moi. Que l'auteur ait voulu publier ce livre hors les frontières, pour qu'on s'en rappelle au-delà de la France, pourquoi pas ? Ici, désolée, je crois qu'il y a assez de livres, de romans, de films, de documentaires, sur cette question, pour qu'on se passe de l'aide intéressée de Tatiana de Rosnay.
