15 avril 2008
"Un mal qui répand la terreur" - Stewart O'Nan * * *
Stewart O'Nan est un auteur assez génial. C'est vrai, n'importe qui passant après Thomas Clément m'aurait paru génial. Mais lui, O'Nan, il l'est vraiment, et "Un mal qui répand la terreur" est à mon avis son meilleur roman à ce jour, encore mieux que "Le nom des morts". Oui, carrément !
Ames sensibles s'abstenir, on s'y retrouve plongé dans le village de Friendship (!), en pleine guerre de sécession, où une épidémie de diphtérie répand la terreur...Mais aussi la mort, le sang, la folie. A mi-chemin entre "La peste", et une variation sur le mythe de Job, le roman de Stewart O'Nan présente ainsi la déchéance de Jacob, le fossoyeur, qui à force d'enterrer les corps de ses concitoyens, de s'épanouir dans la mort, finira par être possédé par elle.
Je reconnais qu'on ne nage pas dans la jovialité, et que ce livre a de quoi faire vraiment peur. La noirceur implacable d'O'Nan, transforme Friendship en un endroit étouffant ; le livre est aussi oppressant que lent, sinistre...Mais beau, aussi, le temps d'une danse, de Jacob avec son épouse, aussi lugubre que poétique (je vous promets...). Oui, il faut faire une ou deux concessions à cet univers si dur, pour parvenir à terminer "Un mal qui répand la terreur" sans fondre en larmes. Il y a des livres qui font pleurer à force de guimauve, celui-là, fait pleurer à force de la refuser. Cela ne se termine même pas bien, je vous préviens tout de suite.
Mais c'est BEAU, et prodigieusement bien écrit. Que faut-il de plus ? Un cœur bien accroché, peut-être...
