30 mars 2008
"Diamond Hoo Ha" - Supergrass * *
Voyager à travers l'Europe m'a appris beaucoup de choses, celle-ci en tête : Supergrass est le Billy Crawford du rock. Un artiste anglo-saxon très connu en France...Et rien qu'en France. Dans le reste de l'Europe, et plus spécialement en Angleterre, dont il est originaire, le groupe est quasiment anonyme. La différence avec Billy Crawford, c'est que Supergrass mérite son succès.
Trois ans après Road To Rouen, qui avait fait plaisir à la normande que j'étais alors, mais pas tellement à l'auditrice, Supergrass revient en grande forme : Diamond Hoo Ha est un disque énergique, du glam-rock à la T-Rex. Donc une musique festive, sans complexe, volontiers dansante. C'est cette formule simple et joyeuse qui avait, déjà, fait le succès de Life On Other Planet, leur meilleur disque, paru en 2002. La mode étant revenue au rock, Supergrass aussi, et cela donne de grands moments, comme "Bad Blood", ou la chanson éponyme, dont l'intro ne manque pas de rappeler des souvenirs à l'amatrice de Gary Glitter que je suis.
Vous l'aurez compris, je recommande ce disque sans prétentions, mais pas sans finesse. Mon seul reproche sera que quelques ballades sont en trop (c'est le cas de "Ghost Of Friend"). Ce qui n'empêche pas Diamond Hoo Ha d'être mon disque préféré du moment.
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Diamond Hoo Ha Man")
28 mars 2008
"Un homme accidentel" - Philippe Besson *
Philippe Besson est un auteur bizarre, intéressant parfois, mais très inégal dans sa (dense) production. Il est vrai qu'il a écrit de jolis livres, par exemple : "Son frère", émouvant, un peu pathos, mais réussi. Ou, plus récemment, "Les jours fragiles", livre acclamé par tous. Ses autres ouvrages ? Ils m'ont laissée sceptique. "Se résoudre aux adieux" m'a même atterrée, tant il m'a paru niais, carrément cucul.
Après avoir entendu le plus grand bien de cet "Homme accidentel", je me suis décidée à le lire, à son tour. Pas convaincue, la Laiezza, c'est peu de le dire ! L'histoire est à peine digne d'un téléfilm de France Télévisions : un flic enquêtant sur le meurtre d'une prostituée, rencontre la nouvelle star du tout-Hollywood. Une histoire d'amour impromptue va se nouer entre ces deux hommes, que tout oppose. Pas très convaincant, comme point de départ. Pourquoi, déjà, faire se dérouler l'histoire à L.A. ? Pourquoi un flic travaillant sur les bas-fonds de la ville, d'un côté, et une star de cinéma, de l'autre ? Quel besoin Philippe Besson a-t-il eu, de mettre en scène ses personnages dans cet univers à la Ellroy ? Résultat, la partie enquête ne sert à rien (c'était prévisible), et la partie entourant le monde du cinéma, n'est qu'une enfilade de clichés.
Il ne reste que l'histoire d'amour. Il y a dix ans, sans doute ce livre aurait-il pu avoir une portée très importante. Aujourd'hui, malheureusement, il fait aussi cliché qu'un autre, écrire une histoire d'amour homosexuelle n'ayant plus grand chose d'original, ni de marginal, depuis bien des années. D'ailleurs, Besson ne prétend pas à l'originalité : au contraire, comme l'indique le titre, il prétend montrer à quel point cette histoire est, en fait, aussi banale qu'une autre. C'est très réussi ! son histoire est si banale, que j'en suis arrivée à me demander : pourquoi il l'avait écrite !
Ces émois ne sont pas mal restitués, et pas mal racontés. C'est ce qui sauve le livre de la nullité. Mais, les personnages évoluant dans un monde de papier glacé (carton pâte), j'ai eu du mal à me concentrer sur l'essentiel. Les deux livres réussis de Besson, cités plus haut, avaient tous les deux la particularité d'être des (presque) huis-clos. Apparemment, cet auteur est plus doué pour les face à face, que pour les histoires à thèmes multiples. Peut-être, alors, qu'il devrait y revenir ?
26 mars 2008
"La véritable histoire de mon père" - Nicolas Cauchy * *
Nicolas Cauchy est-il un auteur schizophrène ? A la lecture de ce premier roman, lorsqu'on connait déjà le second, on peut se poser la question. Cela pourrait être le livre d'un autre écrivain que cela ne choquerait personne.
Ceci dit, si quelque chose reste certain à propos de Cauchy, c'est que c'est un auteur singulier. Ecrit à la seconde personne du pluriel, "La véritable histoire de mon père" est un ouvrage troublant, bizarre, pas courant. L'histoire est celle d'un père, justement, qui a commis "l'irréparable" : le meurtre de son enfant. Le pourquoi du comment n'est pas dit de suite ; on avance d'abord dans le brouillard, on suit la route de Simon sans trop savoir l'endroit où elle va nous conduire, ni, même, si elle nous conduira quelque part. L'atmosphère est pesante, l'écriture froide, presque mécanique. Très perturbante, car on ne ressent en fait rien de la panique, de l'angoisse, de la peur du personnage. On en est complètement détaché, le narrateur (...) en est détaché, la vision est détaillée, et effrayante.
"La véritable histoire de mon père" m'a fait peur. Ce récit a quelque chose d'inhumain, presque, de violent et de repoussant. Mais c'est aussi un texte très, très bien écrit. Très bien narré. Je n'ai pas été passionnée, en le lisant : j'ai été admirative du style, de la construction. Un très bon livre, froid, dérangeant, mais très bon.
Voir aussi, du même auteur : "De manière à connaître le jour et l'heure"
(voir aussi les avis de Laurence, sur Biblioblog, de Livrovore, et de Thom, sur Le Golb)
25 mars 2008
"Ghost Days" - Syd Matters * * *
Troisième album d'un groupe que je suis depuis ses débuts, et aime tout particulièrement : Syd Matters. Pas un groupe de nerveux, c'est peu de le dire que leur musique est douce. Mais quelle féérie !
Si le précédent disque, We will forsee obstacles, peinait à voir Jonathan et ses amis se renouveler, Ghost Days les retrouve à leur meilleur, plus subtils que jamais, s'illustrant dans des compositions exceptionnelles ! "Cloudflakes" les voient se hisser au niveau d'un Radiohead ; "Ghost Days" évoque un interlude d'Air, ou de Wilco (époque Yankee Hotel). Le reste du temps, on pensera à un mélange de Gainsbourg, de Nick Drake, de Jeff Buckley.
Beaucoup de groupes convoquent ces influences depuis quelques années. Cependant, ils sont rares à pouvoir affirmer une véritable personnalité, à partir de tout cela. Syd Matters n'a pas ce problème, car son leader possède une voix très personnelle, et immédiatement reconnaissable. A la fois on se sent "à la maison", dans des climats et des ambiances connues, et à la fois on est surpris par la singularité d'une musique moins facile qu'il parait : "It's a nickname", ou la sombre "Nobody told me", ont vraiment leur truc à elles.
Alors, d'accord, c'est de la musique pour neurasthéniques. Vous ne mettrez pas beaucoup d'ambiance en soirée avec Ghost Days. Vous ne vous ferez pas d'amis, dans le meilleur des cas, vous pouvez utiliser l'album pour vous endormir. Mais c'est aussi une qualité, de pouvoir composer une musique douce, et apaisée, pour la nuit. Il serait vraiment dommage passer à côté de celle-ci !
(cliquer sur l'image pour écouter un extrait : "Everything else")
23 mars 2008
"VIOL" - VIOL (démo / autoproduction) * *
Il y a quelques semaines, Thom nous a fait découvrir un jeune artiste inconnu, VIOL (avec majuscules, vraiment ?). Nous sommes plusieurs à avoir été emballés. Joe, Lily, et moi-même, avons réclamé : le buzz, le buzz, le buzz ! J'ouvre donc les hostilités.
J'ai obtenu ce premier album (démo serait injuste, même si, sur le papier, c'en est une) de manière très simple : j'ai demandé gentiment. J'ai tout de suite accroché, car c'est vrai, le registre rock + psychédélique + folk + pop est exactement mon truc. Suite à la découverte, Thom a évoqué Bryan McLean (que je ne connais pas, en tout cas en solo), Kill Me Sarah a pensé à David Eugene Edwards, BBB. à Jeffrey Lee Pierce (leader de Gun Club). Lily, elle, a parlé d'Adam Green. Toutes ces références sont justes, je ne les contredirai pas. Mais avant de sonner comme ces maitres, VIOL sonne comme lui-même. Il s'agit de balises sur lesquelles il s'assoit, on le suppose avec jubilation : ses interprétations sont moins "décadentes", que baroques. La meilleure, c'est "Grace Bedell's Plea", qui le voit se livrer à un numéro moitié romantique écorché, moitié psychopathe pour rire.
Les autres chansons vont dans le même sens, avec des arrangements remarquables pour un amateur, un sens de la mélodie, et une voix des plus sexy ! A ma grande surprise, j'aime toujours autant le disque après plusieurs jours d'écoute intensive. Je me suis lassée d'un seul morceau ("All women in jail"), mais les autres ont très bien résisté. Le final est d'ailleurs exceptionnel, quel dommage qu'on ne puisse l'écouter sur le site de VIOL !
Vous l'avez compris, le buzz serait mérité, en tout cas à mon avis. J'espère que d'autres prendront la relève, cet album le mérite. Pour écouter les six premières chansons, vous pouvez vous rendre sur le "myspace" de VIOL. Pour recevoir le disque, il vous suffit de le demander. J'attends vos réactions ! A bientôt !
21 mars 2008
"Histoire de Lisey" - Stephen King * * *
Encore un grand Stephen King ?, vous demandez-vous, en voyant la catégorie. Oui ! Mais cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé, quand même. Le dernier que j'avais lu, "Roadmaster", m'avait assommée (n'en cherchez pas la critique sur le blog, je ne l'ai pas fini). Alors, comme à chaque panne d'inspiration, Stephen King a utilisé sa botte secrète : l'histoire d'écrivain torturé. Je ne reviendrai pas sur la fort juste analyse de Thom (ICI), pour en venir à l'essentiel : l'histoire de Lisey, c'est surtout celle de Scott, dont elle est la veuve. Un écrivain torturé (pléonasme ?) a l'univers bien particulier, très riche, très coloré, très sombre (voir la très belle couverture).
Une fois Scott mort, Lisey va sombrer un peu (c'est le cas de le dire), et se perdre, littéralement, dans l'œuvre de son défunt mari. Donc, dans sa psyché baroque, et macabre. Stephen King nous fait assister là à des vision impressionnantes, délirantes comme les voyages "transdimensionnels" de "Rose Madder", douces et romantiques comme les rêveries de "Sac d'Os". "Histoire de Lisey", un "thriller psychologique" ? J'ai bien tremblé, de page en page. Pourtant, le suspens n'est pas le principal atout de ce ixième roman. "Roman psychologique" ? Oui, plutôt ! Et roman très, très réussi.
Il fallait bien que cela arrive un jour, voilà, c'est fait : pour la première fois (à mon avis : pas la dernière), le mot "THRILLER" sur un livre de Stephen King, est juste là pour ne pas désorienter les fanatiques. A voir leurs (mauvaises) réactions sur le Net, cela n'a servi à rien. Et bien : tant pis pour eux !! Stephen King n'a plus besoin d'égorger des femmes, de trucider des chiens, d'agresser des enfants...Pour dire ce qu'il a à dire, et faire passer l'émotion. Un roman superbe.
Voir aussi, du même auteur : "Running Man"
19 mars 2008
"La Dame N°13" - José Carlos Somoza * *
Pablo Neruda disait que la poésie était une arme pour le futur. Ce texte, méconnu chez nous, n'a pu qu'inspirer José Carlos Somoza pour ce roman, qui bien que cubain réside à Madrid depuis de nombreuses années.
C'est l'histoire de Salomon Rulfo, enseignant dépressif souffrant de rêves étranges, et macabres. C'est par hasard qu'il découvre que cette vision est celle d'un fait divers réel, et ancien. Alors, il décide de se rendre sur les lieux, et met le doigt dans un engrenage terrifiant, qui l'enverra aux confins de l'horreur et finira par le confronter à la terrible Dame N°13.
Je n'en dirai pas plus. Mais si le postulat de départ est presque bateau, le développement de l'intrigue ne l'est vraiment pas du tout ! Basé sur une idée lumineuse, et écrit dans un style superbe, "La Dame N°13" est un livre de premier choix qui, hélas, souffre un peu de quelques longueurs, et d'une fin décevante. Cela dit, durant au moins quatre cent pages, le lecteur est tenu en haleine. On veut savoir, on veut comprendre, et plus grave : on veut voir, et ce que l'on voit est horrible. Comme dans son chef d'oeuvre, "Clara et la pénombre", Somoza, qui n'est pas sud-américain pour rien, se laisse aller à une complaisance dans l'horreur et la violence, qui pourra déstabiliser le lecteur non-averti. Mais cette violence n'est pas gratuite, elle interroge, se juxtapose au propos du roman : la poésie, synonyme dans l'imaginaire collectif de beauté, de douceur, peut aussi être noire et violente. L'art peut être fou, glauque, mal aimable.
C'est la morale de ce troisième roman très réussi, que je vous recommande, si le coeur vous en dit...Et s'il est bien accroché !
(voir aussi les avis de Laurence et Dda sur Biblioblog ; de Thom sur Le Golb)
16 mars 2008
"Les infiltrés" - Martin Scorcese * *
Un film de Scorcese, ça ne peut pas se rater. Dit-on, en général. J'avoue avoir loupé celui-ci, découvert récemment à la télévision, emballant à plus d'un titre : un flic qui s'infiltre chez les bandits, un bandit chez les flics, du sûr, du sans failles, remake plus que réussi du très bon "Internal Affairs". Meilleur ? "Les infiltrés" est, de ce point de vue, assez injuste : Scorcese étant probablement le meilleur cinéaste du monde, sa mise en scène est logiquement meilleure que n'importe quelle autre.
Il a en plus les moyens de faire appel à des acteurs fabuleux, et ce film n'en manque pas. Le casting est aussi bien son meilleur argument de vente, que sa plus grande qualité. Nicholson trouve ici son meilleur rôle depuis longtemps ; Alec Baldwin aussi (mais lui, c'est moins surprenant). Les deux jeunes premiers de service, eux, se tirent la bourre avec talent. DiCaprio est égal à lui-même, c'est à dire exceptionnel, jeune pour l'éternité, et torturé. Comme à chaque fois, on n'ose pas imaginer quelqu'un d'autre dans son rôle, fausse petite frappe, rageur, impressionnant. De l'autre côté (du film, et de la balance de la justice !), Matt Damon n'est pas mauvais non plus. A force de jouer les Jason Bourne, l' "intello d'Hollywood" (c'est son surnom) avait fini par faire oublier qu'il était un acteur de grand talent. Moins démonstratif que celui de DiCaprio (ni que tous les autres, en réalité), son jeu est tout en retenue, en ambigüités...Sans doute le rôle de sa vie (mais c'est vrai que, sur l'ensemble de sa filmographie, ce n'est pas un exploit).
Et sinon, c'est bien ce film ? Oui, c'est bien, enfin on voit surtout le casting, malgré tout. Le scénario est bien fichu (sans plus), le meilleur restent les dialogues (ciselés, parfois hilarants), mais que seraient ces dialogues sans d'aussi bons acteurs ?
A bientôt (toujours débordée, donc sais pas quand !)
08 mars 2008
"Un démocrate : Mick Jagger, 1960-1969" - François Bégaudeau * *
Bonjour ! Aujourd'hui, je sors de ma léthargie virtuelle, je n'ai pas le choix : because crossover des blogs 2008. A l'initiative de Thom, nous devons évoquer une ouvrage faisant le lien : musique / littérature. Un sujet qui, évidemment, touche de près ce blog, puisque j'y parle souvent des deux !
Il en fallait, du culot, pour écrire une fiction aussi déjantée, à partir du personnage de Mick Jagger. " Personnage" est le mot juste : Bill Wyman, ancien bassiste des Rolling Stones, a coutume de dire, en effet, que Mick Jagger est "un tas de types sympas". Il souligne ainsi la complexité de la rockstar, à la fois icône, individu sensible, poète, pamphlétiste, ou business-man.
C'est à partir de ces multiples facettes que François Bégaudeau, auteur de "Dans la diagonale", a bâti ce roman court et passionnant. Qui est Mick Jagger ? Personne et tout le monde, c'est pourquoi le livre commence en 1960, au moment de la rencontre avec Keith Richards. Avant de s'achever en 1969, date de la mort du héros, mort symbolique bien sûr, 1969 étant la date d'Altamont, concert des Stones qui tourna au massacre, un mort *, considéré comme "la fin du rêve hippie". Entre temps, Mick Jagger aura grimacé, chanté, pris des risques en écrivant des textes remarquables, provocateurs. "Let's spend the night together", "Under my thumb", "Midnight rambler", "Satisfaction", "Sympathy for the Devil"...Autant de classiques du rock dont l'auteur s'inspire pour nourrir le texte, absorbant leur symbolique. C'est très étonnant, décalé, plutôt drôle (surtout les passages où Jagger est au Paradis !).
Une autre manière de voir le leader des Rolling Stones, loin des biographies habituelles : une hagiographie fantasmée. Plus fidèle à l'esprit qu'à l'histoire, l'inverse du pourtant très bon livre de François Bon, sur le même groupe. Original, et très réussi !
(cliquez sur l'image pour écouter Mick Jagger !)
* merci à Kill Me Sarah pour la précision
05 mars 2008
Surbookée !!
Ca y est !! Depuis dimanche soir, j'ai commencé ma nouvelle vie rennaise, et depuis lundi, mon nouveau travail ! Ce qui explique que je délaisse un peu ce blog en ce moment : je n'ai vraiment pas le temps. Même pas de lire !
Je devrais revenir prochainement avec des billets sur "Les infiltrés", de Martin Scorcese ; "Histoire de Lisey", de Stephen King ; et "Ghost days", de Syd Matters.
D'ici là, je vous laisse avec un extrait du nouveau Nick Cave !
A bientôt !!
