29 février 2008
"Je, François Villon" - Jean Teulé * * *
L'engouement, c'est communicatif, et c'est aussi, des fois, inquiétant. Celui qui entoure "Je, François Villon" l'est encore plus : il est encore plus fort que les autres. Des centaines de commentaires, pas une seule critique négative, à ma connaissance. Un succès fou chez les "blogs amis", plus le Prix des Chatsdebiblio 2007. Si ce livre avait été écrit par un inconnu, cela m'aurait paru beaucoup trop. Mais Jean Teulé a aussi écrit "O Verlaine", et "Darling", deux romans que j'avais beaucoup aimés. J'avais donc confiance.
Figurez-vous, chers lecteurs (je crois en avoir un, ou deux), que "Je, François Villon" est encore mieux que ce que je croyais ! Cette autobiographie à moitié imaginaire du grand poète médiéval, est carrément un régal !! Il y a, dans ce livre, tout le talent d'un grand romancier, ajouté aussi au talent d'un grand auteur de bande-dessinées, capable de donner à des situations déjà très drôles une force visuelle décoiffante ! Villon existe, au même titre qu'un personnage de roman ordinaire, sans les lourdeurs du genre biographique, mais avec le même savoir, la même science, et la même précision. C'est François Villon, en même temps ce n'est pas lui, c'est en fait une forme assez inédite, un roman n'ayant pas, je pense, d'équivalent ("O Verlaine" était un livre moins romancé). Cela donne l'impression que Jean Teulé a écrit une "sequel" des poèmes de Villon, a pris un personnage connu ailleurs, pour le mettre en situation. Résultat troublant, remarquable, d'une drôlerie irrésistible.
Je m'arrêterai ici, faute de temps je me contente de m'ajouter au concert de louanges. "Je, François Villon" est un livre exceptionnel, qui mérite son énorme succès, qui mérite d'être lu et relu. Courez-y !
Voir aussi, du même auteur : "Le magasin des suicides"
28 février 2008
"Hunky Dory" - David Bowie * * * *
Aujourd'hui, c'est musique !
Et la plus belle de toutes les musiques, après celle de Dylan, c'est celle de David Bowie, au moins sur Hunky Dory. Son meilleur album, le plus beau disque "pop" des années 70, plus qu'un chef d'oeuvre, une oeuvre intarissable, incontournable. Et pourtant : ce n'est pas son disque le plus connu. En fait, les disques de David Bowie ne sont pas très connus, je crois bien que beaucoup de gens seraient incapables de citer le titre de celui-ci. Ses chansons ne sont pas forcément connues du grand public, pourtant ce sont les plus belles dans le genre. Si certains disques de Bowie ne sont pas "accessibles", celui-ci a vraiment un potentiel pour plaire absolument à tout le monde, comme les meilleurs morceaux des Beatles. Rien ne peut rebuter : les mélodies sont parfaites, charmantes, douces. La voix est chaleureuse. Ca swing, ce n'est pas violent, c'est très harmonieux. Certains des textes sont superbes, les refrains font de chacun un tube potentiel. Chaque fois que j'entends la grandiose "Changes", ou la très dansante, très sensuelle "Oh ! You pretty thing", je suis vraiment surprise de me dire qu'en fait, à part les vrais amateurs de musique, personne ne les connait. Ca pourrait passer sur RFM, ou sur France Bleu, ou sur Nostalgie, sans dépareiller...Mais ça ne passe pas. Comme si la majesté de ces quelques chansons était bloquée, emmurée par l'aura mystérieuse, sulfureuse, de leur auteur.
Ce côté qui n'est d'ailleurs pas celui que je préfère, chez David Bowie. J'aime les artistes populaires, et les musiques populaires ; même en l'adorant, on doit reconnaitre que dans sa carrière, David Bowie a rarement été cela. Plutôt un esthète, un très grand artiste, pas du tout fait pour le succès de masse (à part dans les années 80...Qui ne sont pas son meilleur, c'est le moins qu'on dira !!). Je peux comprendre qu'il rebute, car il y a dans des disques comme Low, ou Station to Station, ou même dans le plus "accessible" Scary monsters and super creeps, un côté : élitiste s'adressant à des élites. D'ailleurs, cela s'explique peut-être par Hunky Dory, justement, qui est juste son quatrième album. En quatre ans de carrière, David Bowie avait déjà épuisé presque toutes les possibilités de la "musique pop". Puis, avec Ziggy Stardust (l'année suivante), il épuise les possibilités de la "musique rock". Alors, il a publié ensuite des disques de plus en plus complexes, de moins en moins "populaires au sens" : "qui pourraient plaire à tous". Un refus de la démagogie qui l'a sans doute privé du succès qu'il méritait, mais a aussi, évidemment, fait beaucoup pour sa crédibilité.
Mais Hunky Dory, ce n'est vraiment pas cela. Si vous qui me lisez pensez être "grand public", et pas intéressés par l'esthétisme de Bowie, faites-moi confiance : achetez ce disque les yeux fermés. C'est juste une oeuvre belle, simple, forte. Avec "Life on Mars ?", son "Imagine" à lui, mais beaucoup plus fort qu' "Imagine". Avec "Kooks", une chanson joyeuse qui fait pleurer. Ou "Quicksand". Et qui ne compte qu'une seule chanson rock, mais quelle chanson rock : "Queenbitch", une des meilleures qu'on ait faites, dans le genre. Vraiment, suivez mon conseil, vous ne serez pas déçu. C'est à la hauteur des Beatles de Sgt Pepper. Promis !
Voir aussi : "David Bowie" - Jérôme Soligny (biographie)
(cliquez sur l'image, pour écouter un extrait)
26 février 2008
"La passion selon Juette" - Clara Dupont-Monod *
Sceptique. Je suis sceptique. Sans aller jusqu'à atteindre l'agacement prodigieux de Thom, trop de choses m'ont dérangée, dans ce livre, pour emporter mon adhésion.
La forme choisie pour raconter cette confession d'une jeune femme libre, au XIIème siècle, pose beaucoup de questions. L'écriture est sèche, pas très évocatrice. Le texte, très compact. La première personne étouffe une bonne part du décorum, malgré quelques passages éclairs du côté d'un personnage masculin, cependant à peine esquissé. Quelque chose passe, suscite mon intérêt de lectrice, ceci dit ma lecture a été plus "appliquée", qu'autre chose. Je n'ai jamais été embarquée par l'histoire (il n'y en a pas), ni par l'héroïne.
Mais il serait inexacte de dire que rien ne m'a plu. J'ai apprécié la "cohérence" du texte, considérant que la narratrice est complètement psychorigide, et que son récit est à cette image. Image qui trouble un peu mon jugement : cet aspect épuré pourrait, aussi bien, être un cache-misère. Un auteur pourvu d'un style médiocre, peut le masquer en le saccadant au maximum. De même, il peut couvrir son absence de fond par un gros travail formel, structurel, etc.
Du coup, j'avoue ne pas savoir me prononcer. Est-ce une escroquerie, ou bien un travail de virtuose ? S'agit-il d'un travail documentaire, et philosophique, tellement considérable qu'il a été absorbé par le texte ; ou alors d'une pure fumisterie, ne racontant rien ? Il faudrait que je lise un autre livre de cette auteur, pour le savoir. Je vais le faire.
25 février 2008
"Beau rôle" - Nicolas Fargues °
Avec un titre pareil, on se prend à rêver ! Un beau rôle ? Du beau Nicolas Fargues ? Dans "One man show", puis "J'étais derrière toi", l'auteur a su se mettre en abime de manière originale. Le cynique à claquer qui nous séduit quand même (wouhou !!).
Dans "Beau rôle", on suit le parcours d'Antoine Mac Pola. C'est un énième héros made in Fargues : le gendre idéal qui masque un côté obscur odieux. Il pourrait porter le même nom que le personnage de "One man show". Sauf que lui, il est acteur, et sa cote grimpe, grimpe, grimpe. La voie du succès est toute tracée, mais l'auteur nous ménage un rebondissement pour le moins...rebondissant : Antoine est métis. On ne le découvre qu'en cours de route, au quart ou à la moitié selon les gens, de toute façon trop tard pour que ça ne donne pas l'impression de venir là comme un cheveu sur la soupe dans laquelle il : crache, bien sûr.
Je me demande comment il est possible de si peu évoluer. Dans "One man show", il y avait deux gros défauts, rédhibitoires à mon gout : la tentation du "name-dropping" permanent, et deux histoires parallèles qui s'emboitaient mal. "Beau rôle" c'est pareil, mais en pire. Rien n'est crédible, tout fonctionne de travers, ce n'est même plus drôle, c'est même parfois gênant. Je vais dire une monstruosité, mais bon : quand on voit les réflexion d'Antoine sur son "rapport à sa couleur", à l'ambigüité (de façade) de son "succès ethnique", on sent bien que Nicolas Fargues est un bon blanc, bien propre sur lui. Tous ces passages sont d'un simpliste consternant, ou comment en voulant casser les clichés sur l'ethnicité, et la discrimination positive plus ou moins consciente, un écrivain peut finir par les renforcer d'une manière très, très dérangeante dans la France de 2008. Dans le meilleur des cas, la couleur de peau du héros sera une caution sociale. Ce qui est, déjà, dérangeant. Pour la réflexion, par contre, mieux vaut relire "Effacement".
L'aspect "succès story ciné" du bouquin, souffre du même problème : Nicolas Fargues n'ayant utilisé pour documentation que quelques numéros de Closer, et deux ou trois discussions avec des peoples dans les coulisses de Ruquier, il enfile les clichés sur le cinéma, comme autant de perles. Oui, elle est agaçante, cette "grande et belle famille du cinéma français", toujours unie, toujours con-sensuelle. Mais de là à lui reprocher tout, n'importe quoi, et leur contraire, sans la moindre nuance...Non, il me manque quelque chose : l'empathie. Nicolas Fargues ne témoigne que d'un vif mépris pour ses personnages, et pour l'univers dans lequel ils évoluent. Rien ne trouve grâce à ses yeux, au point que j'ai fini par me demander quel intérêt il pouvait bien trouver à écrire là-dessus.
Un bon point, tout de même : c'est agréablement écrit. Je dois le reconnaitre. C'est plutôt ce que sous-entend la morale du livre, qui m'a vraiment agacée. Mais vraiment : beaucoup.
22 février 2008
"Vampire Weekend" - Vampire Weekend * *
C'est suite à un article glané au hasard du web (ici) que j'ai découvert Vampire Weekend, groupe qui, si son nom évoque plutôt le gohtique, est un truc parmi les plus pops et sympathiques que j'ai pu entendre, depuis longtemps. Originaire de New York, il propose une musique légère, aux arrangements moins simples qu'il y parait, dans la lignée dans grands groupes "college" américains (ces jeunes groupes qui se font connaitre en tournant sur les ondes des radios étudiantes).
Plutôt décontracté, Vampire Weekend fait forcément penser à The Police ("The kids don't stand a chance"), un peu aux Clash ("One"), et m'évoque un peu un R.E.M. rajeuni (et moins FM). Si on devait les classer dans une mouvance contemporaine, ce serait plus dur, car même si originaire de New York, Vampire Weekend ne sonne pas du tout "scène new-yorkaise" (Strokes, Yeah Yeah Yeahs), si ce n'est Radio 4 parfois (mais avec l'humour de Wilco, ou Clem Snide).
Ce premier album éponyme n'est pas parfait, mais il contient suffisamment de bonnes choses pour attirer l'attention. C'est vrai que sa simplicité est charmante, et fait un peu défaut aux groupes pops actuels, de plus en plus "surproduits". Une très bonne première découverte de 2008.
(cliquez sur l'image pour un extrait)
20 février 2008
"Dans le scriptorium" - Paul Auster * *
Livre après livre, Paul Auster continue de tracer son sillon mystérieux, hanté, fascinant. Si "Brooklyn Follies" avait pu en désorienter certains, en décevoir d'autres (moi en tête)..."Dans le scriptorium" renoue de belle manière avec le Paul Auster métaphysique et onirique que l'on connaît (et que l'on aime). Celui de la Trilogie New-yorkaise, de "La musique du hasard"...Cet auteur de paraboles faciles à lire et ardues à pénétrer.
Dans ce scriptorium, on trouve un inconnu, Mr Blank, qui ne sait rien de ce qu'il fait là, ne sait même pas qui il est. Il est enfermé et on l'observe, seul dans cette pièce, avec de rares visites et un manuscrit mystérieux pour seule compagnie. Doit-il écrire ? Que fait-il ici ? Qui l'observe ? Le temps de 145 pages on n'en manque pas une miette. L'écriture est beaucoup plus épurée que dans d'autres romans d'Auster, le personnage à la fois plus linéaire et plus torturé. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Camus, à Beckett, à de nombreux auteurs dits "absurdes" (ou apparentés à ce courant), mélangés à des influences plus contemporaines, le premier film "Cube", "La caverne des idées", de José Carlos Somoza...
N'est-ce pas l'absurdité du rôle d'écrivain, l'absurdité de la création, que Paul Auster pointe du doigt ? Ou bien s'agit-il d'une farce ? Ou bien d'un hommage à ses maîtres ?
Arrivée au terme du livre, je n'en savais pas plus. Mais je pense que resterai habitée encore longtemps par ce roman si riche, en dépit de sa brièveté.
18 février 2008
"Liaisons étrangères" - Alison Lurie *
Deux professeurs américains en congé d'études se croisent à Londres. Elle n'est plus très jeune, et elle n'est pas très belle. Il est jeune, lui ; et aussi très beau. Chacun à leur manière ils avancent vers un choc des cultures inversé : partant du principe qu'ailleurs l'herbe est plus verte, ces deux intellectuels regardent l'Angleterre comme le Graal, inaccessible pour les lettrés qu'ils sont tous deux. L'un comme l'autre va aller de déconvenue en désillusion, se rendant compte que le pays qu'il voulait voir n'était qu'un fantasme. On baille.
L'écriture d'Alison Lurie a beau être agréable (et même : très agréable), tout ceci sent quand même, un peu, le déjà-vu. L'humour est là et bien là, parfois très vif, d'autres fois décapant. Malheureusement ce qui m'a réjouie durant les premières pages a fini par m'ennuyer, au bout d'un moment. J'ai eu l'impression qu'à trop vouloir jouer avec les clichés, l'auteur s'y était laissée prendre. La partie "sentimentale" du livre manque vraiment beaucoup de subtilité. La partie "sociologique" est plus intéressante, créant des décalages assez drôles...mais un peu inutiles, aussi, parce qu'on voit bien où Alison Lurie veut en venir. Derrière leurs façades cyniques, les deux héros sont des nounours ; derrière son côté "qui dépote", l'auteur signe un livre très consensuel. A la fin, la bonne morale n'aura pas été défiée, mais juste gentiment écorchée.
Ce n'est pas déplaisant en soi, mais pas de quoi fouetter un chat...de bibliothèque, puisqu'Alison Lurie est notre Aristochatte.
17 février 2008
"Sweeney Todd" - Tim Burton *
Je n'avais pas prévu de billet pour aujourd'hui, mais finalement, j'ai un peu de temps. J'en profite donc.
Comme tout le monde, j'aime beaucoup Tim Burton. Cependant depuis "Big Fish", j'avoue que ses films ont tendance à me laisser sur ma faim (à l'exception du film d'animation "Corpse Bride"). "Sweeney Todd", comédie musicale à forte charge en hémoglobine, n'a pas vraiment inversé cette tendance.
Sans donner lieu à un mauvais film, l'histoire du barbier serial-killer ne m'a pas emballée, malgré une esthétique "noir et rouge" remarquable. Visuellement superbe, le long-métrage m'a paru, hélas, négliger beaucoup d'éléments importants, comme le scénario ou l'épaisseur des personnages. Déjà, ce n'est pas si original que je le croyais à lire les critiques. Le scénario est réchauffé, l'aspect comédie musicale est anecdotique, et dans l'ensemble, j'ai eu l'impression de l'avoir déjà vu.
Mais ce qui m'a le plus ennuyée, c'est que Tim Burton y a perdu ce qui séduisait même dans ses films les moins bons ("Charlie" ou "La planète des singes") : l'éclat. Je n'ai pas retrouvé sa fantaisie caractéristique, sa poésie, ses éclairs de drôlerie, caractéristiques. Du Burton que j'aime (celui des "Batman", d' "Edward aux mains d'argent", ou de "Sleepy Hollow"), ne reste que l'esthétique gothique glaciale, très à la mode de nos jours. De ce point de vue, "Sweeney Todd" est très réussi, et devrait plaire aux amateurs d'esthétisme, autant qu'à ses fans adolescents, séduits par la surenchère dans le macabre. Les plus âgés, en revanche, déploreront un film aussi beau que vide, un acteur (Johnny Depp) tenté par l'autoparodie, et un réalisateur qui, incroyablement, tent à régresser au lieu de mûrir son propos.
Pour utiliser une comparaison un peu excessive : autrefois, Tim Burton était l'équivalent visuel du romantisme sombre de The Cure ; aujourd'hui, il semble surtout s'adresser aux fans de Marilyn Manson. Décevant.
16 février 2008
"Hurt me" - Johnny Thunders * *
Pour ce premier "vrai" article musical, j'ai d'abord pensé à écrire sur mon idole : Bob Dylan. Mais je ne savais pas quel disque choisir, et écrire sur Dylan dans son ensemble m'aurait demandé trop de temps (or du temps, je n'en ai pas beaucoup, en ce moment). J'ai alors pensé à un album que m'a offert mon frère pour mon anniversaire, en me promettant que j'allais adorer.
Je connaissais déjà Johnny Thunders. Si ce n'est pas votre cas, sachez que c'est une légende du rock, puisqu'il a fondé le premier groupe punk en 1971 : New York Dolls. Puis il s'est illustré avec les Heartbreakers (pour le "classique" L.A.M.F.) et en solo, avec l'album So Alone, gros succès de l'année 1978. Après il a un peu disparu des ondes, comme beaucoup d'artistes de sa génération, et il est mort en 1991 dans des circonstances troubles (officiellement : une overdose, mais certains prétendent qu'il s'agit d'un meurtre, puisqu'il avait cessé de se droguer depuis plusieurs années).
Jusqu'à ce qu'on me l'offre, je n'avais jamais entendu parler d'Hurt me, même si je savais que dans les années 80, Johnny Thunders avait enregistré quelques disques "guitare-voix" sans rencontrer de succès. Quelle surprise ! Quitte à faire crier les puristes, je trouve qu'Hurt me est meilleur que ses deux disques connus. L'ambiance est dépouillée, la voix cassée, et plusieurs chansons sont vraiment très touchantes : "I like to play games", "You can't put your arms around a memory". Sa reprise de "Eve of destruction" est une des meilleures que j'ai pu entendre, mais surtout, il y a dans ce disque quelque chose de très surprenant : on y entend beaucoup de sons, de tons, d'ambiances, qu'on retrouvera dans les années 90 sur les disques "grunge", ou "antifolk". Par exemple, pour les connaisseurs : "I'm a boy, I'm a girl", qui est chantée en duo avec une certaine Charlotte, pourrait très bien être une chanson d'Hole. Et puis il y a quand même pas mal d'énergie, même si c'est acoustique. Ce ne sont pas que des balades lentes et tristes, mais aussi des chansons plus énervées comme "She's so strange", ou "MIA" (qui était, je crois, une chanson de son ancien groupe).
Alors on ne m'a pas menti : en effet, j'aime vraiment beaucoup ce disque presque inconnu. Même s'il y a quelques longueurs, je le recommande à tous ceux qui voudraient découvrir un artiste dont on donne, souvent, une vision réductrice.
Bon week-end à tous.
P.S. : Vous pouvez cliquer sur l'image pour écouter un extrait.
15 février 2008
"De manière à connaître le jour et l'heure" - Nicolas Cauchy * * *
Le titre ne me disait rien, et le résumé, encore moins. Mais c'était un livre pour moi, on me l'avait juré. En effet : tous ceux qui, comme moi, entrent dans la catégorie "familles, je vous hais", ont des chances de se laisser passionner par le roman de Nicolas Cauchy.
En apparence, une histoire simple racontée de manière compliquée : premier flash, Jean fête ses cinquante-quatre ans avec toute sa famille. Second flash, Jean est mort, les mêmes sont réunis pour son enterrement. Les langues se délient, les rancoeurs éclatent, et chacun aura voix au chapitre dans ce roman "choral" qui m'a enthousiasmée. Nicolas Cauchy ne raconte rien de très original, mais il le raconte très bien, donnant un caractère, une personnalité, et une voix crédible à chacun de ses dix personnages. Aux grands secrets il préfère les petits tabous destructeurs, le lecteur-voyeur assiste à la dissolution d'une famille modèle.
Difficile de lâcher ce livre, et le pire, c'est que je ne sais pas vraiment pourquoi : l'histoire n'est pas très originale, la construction non plus, mais ça marche. C'est vrai que la langue est très belle, et que le ton est particulier, mélancolique mais distancié, moins sombre que le laisse supposer le résumé. De ces idées de départ souvent reprises ailleurs se dégage une personnalité et un style ; résultat, ce roman élégant est très au-dessus de la moyenne de ce qui se publie de nos jours.
A noter que durant plus d'un an, l'auteur a tenu un étonnant "blog du livre".

