12 février 2008
Qui suis-je ?
Bonjour à tous !
Je mets aujourd'hui en ligne ce blog, je ne sais pas trop ce qu'il deviendra, mais j'ai fini par céder aux pressions de mon entourage. Comme je suis célibataire, sans enfant, et que j'ai du temps...J'ai fini par me faire à l'idée d'un blog.
Enseignante de 26 ans vivant à Rouen (mais bientôt à Rennes), je nourris depuis longtemps une passion pour la littérature, que j'espère pouvoir partager avec ceux qui le voudront. Mes auteurs favoris sont Kafka, Conrad, Nerval, Easton Ellis, Gogol ou Remarque...Ce qui ne m'empêche pas d'avouer un plaisir coupable pour Bernard Werber ! Je suis plutôt ouverte, donc, même si quelques trucs me rebutent un peu, comme les polars ou la SF.
Pour ceux qui ne l'auraient pas compris, à voir le titre du blog, je suis aussi une fan de musique en général, et surtout de Bob Dylan ! J'espère pouvoir en parler le plus souvent possible, je ferai de mon mieux, ce n'est pas ma spécialité.
Pour conclure, je vous demanderai de ne pas faire attention à la masse de billets déjà postés ; je suis en fait une lectrice plutôt lente, il s'agit de textes écrits précédemment sur le forum des chats, auquel je participe depuis bientôt deux ans. Comme je suis en train de déménager, je ne sais pas encore quand j'aurais le temps de poster un nouveau billet. J'espère qu'en attendant, ceux qui sont déjà là intéresseront quelques personnes.
A bientôt.
"Bob Dylan : une biographie" * *
François Bon a écrit une biographie vraiment catastrophique. Mais qu'est ce que c'est bien !
Je veux dire qu'on m'a menti, parce que ce livre ne raconte pas du tout la vie de Bob Dylan ! Il raconte la vie de...François Bon L'histoire d'un mec qui veut écrire la biographie de Dylan, Bob, un chanteur qu'il aime beaucoup mais ne connait pas très bien. Et alors il se rend compte que son chemin est semé d'embuches, que son sujet est un mythomane de premier ordre, que les trois quarts des témoins sont morts, et que cinquante biographes plus doués que lui l'ont précédé dans l'entreprise. Alors, il déprime un peu, et puis il lit tout, et il fait un truc impensable : il raconte tout ce qu'il a lu sur Dylan, en sélectionnant plein de points de plein de bios différentes pour créer des parallèles et échaffauder des théories. Tout ceci n'est pas stricto sensu dans le livre, bien sûr. Mais on le devine, ça donne très envie de lire le making of !
L'idée de "Bob Dylan : une biographie" pourrait être super chiante, il n'en est rien : François Bon écrit tellement bien, et il pétille tellement d'intelligence, que ça marche à plein régime, on lit ça comme un roman de gare écrit par un virtuose. C'est génial, sauf si on est fan de Dylan (comme c'est mon cas). Car un fan de Dylan, même tolérant comme moi, pourra difficilement accepter que des chefs d'oeuvre soient évoqués en deux paragraphes, et la légèreté globale de l'ensemble.
Par contre le fan de littérature, lui, il en prend plein les mirettes. Le plaisir de lecture est maximum, avec un auteur qui sait raconter les histoires, aussi bien que partir dans des réflexions poussées sur l'art et la création. Bref, c'est un coup de coeur, mais attention à ceux qui voudront le lire : c'est un vrai beau livre d'intellos
"Bound together" - Anthony Thornton & Rogert Sargent (biographie) * * *
C'est un livre aussi complet et intéressant que poignant. Au point que je trouve ça presque triste de le critiquer en bios, c'est beaucoup plus, et ça va beaucoup plus loin qu'un simple livre s'adressant aux amateurs des Libertines. C'est plutôt un pendant contemporain et illustré du bouquin de Dee Dee Ramone, superbement écrit, retraçant avec humour et émotion l'épopée d'un petit groupe de rock que le succès a réduit en poussière.
Comme dans toutes les belles histoires, celle-ci commence par une amitié : Carl Barât et Pete Doherty se connaissent depuis le bac à sable, et montent un groupe au milieu de l'adolescence. L'auteur a eu le nez creux, puisqu'il les suit depuis les tous débuts en 1998 (quatre ans avant qu'ils enregistrent quoique ce soit). Contrairement à la plupart des groupes de rock, les Libertines ne vont pas changer 18 fois de noms et de personnels à leurs débuts...au contraire : ils seront les mêmes de leur création à...leur succès. C'est ce qui rend ce livre si triste, car plus que l'histoire d'un groupe de rock, c'est celle d'une amitié brisée.
En 2002, le single What a waste met les journalistes au pas, et voilà les Libertines catapultés superstars après avoir enregistré...une seule chanson ! The next big thing, qui va être réduite en poussière par un buzz typiquement anglais. Adoubés par Mick Jones, l'ancien guitariste de The Clash, ils publient l'album Up the bracket , qui sera le carton de l'année, et même de la décennie puisqu'il continue aujourd'hui de se vendre à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires tous les ans. C'est du rock mélodique, romantique, énervé, avec des textes malins, deux voix qui se mélangent à la perfection, et des chansons-hymnes dont les titres jettent : "Time for heroes", "Death on the stairs", "Horror show".
A l'instar de rares élus, comme Nirvana en leur temps, The Libertines vont entrer dans l'histoire du rock quasiment le jour de la sortie de leur premier album. Pas de mauvaises critiques, un succès immédiat...
La suite de l'histoire appartient à la légende, et s'avère moins glorieuse : Pete Doherty est un genre de fils de Syd Barrett, de Pink Floyd, et suivra la même trajectoire, sombrant dans la drogue, se calcinant les neurones, se montrant incapable d'assurer la tournée, s'autovirant de son propre groupe, et finissant par sortir un album "solo" sonnant comme une démo, totalement secoué et produit par le dernier fidèle (Mick Jones encore). En fait, ce livre remet l'histoire à sa place : Pete Doherty n'était pas victime de l'égoïsme de Carl Barât, au contraire ce dernier nia le plus longtemps possible l'imminence du renvoi de son incontrôlable ami. Selon les dires des autres membres (John Hassal et Gary Powell), ce fut même plutôt Doherty le tyran qui leur interdisait de chanter ou de composer (et quand on écoute aujourd'hui Yeti, le groupe d'Hassal, on se demande pourquoi car c'est presque aussi bien !). Viré une premiere fois en 2003, Doherty pète les plombs, fait deux cures, cambriole Barât, file à New York monter BabyShambles, puis est repris dans le groupe (très patient, tout de même !), lui offre les compos de BS, se fait virer après le sublime second album, reforme BS, publie son disque, devient de la chair à presse scandale, fait un bide commercial, déprime, foire sa tournée, voit Dirty Pretty Things (le groupe de Barât et Powell) le bouter hors du Top 50, évoque une reformation, change d'avis, disparaît de la circulation...
Il ne reste donc plus grand chose du groupe aujourd'hui, à part deux albums et deux singles indispensables, et ce livre magnifique, illustré par des photos exceptionnelles. Deux très bons groupes valent-ils mieux qu'un, on peut se poser la question. Ce qui est certain c'est que cette lecture laisse un goût amer...
"Le magasin des suicides" - Jean Teulé * *
Je viens de terminer "Le magasin des suicides", ce qui n'a rien d'exceptionnel tant il est court . Je ne vais pas refaire le résumé déjà fait sur des dizaines de sites, mais j'ai beaucoup aimé, et sans la moindre réserve. C'est un livre pour rire qui fait rire, et je n'en demandais pas plus, moi. Je ne suis pas certaine qu'il soit très juste d'y chercher autre chose, et à mon humble avis ça n'a d'ailleurs pas été envisagé comme tel.
Les livres à dimension purement ludique et humoristique sont souvent mal vus, ou alors salués mais toujours du bout des lèvres. Oui, ce livre est excellent, drôle, vif, délirant, tout ce que j'aime, et ça ne l'empêche ni d'être intelligent ni d'être remarquablement écrit.
"Le magasin des suicides" est un vrai bonheur de lecture, qui ne mérite certainement pas les critiques tiédasses que j'ai pu lire ici ou là dans la presse, tout en méritant par contre d'exploser les ventes comme il le fait. Un vrai régal que je recommande à toutes les créatures pleines de mauvais esprit et d'humour barré élevées à la lecture de la Page Nulle de Zaph.
"Le Saule" - Hubert Selby Jr * * *
Improbable histoire d'amitié entre Bobby, jeune noir vivant dans un taudis, et Moishe, clochard juif survivant des camps de concentration, "Le Saule" plonge le lecteur au coeur de South Bronx (un quartier comme le Bronx, mais en pire ). Bobby aime Maria, mais leur amour ne plaît pas à tout le monde, et notamment à la bande qui règne en maître sur leur ghetto. Alors ils sont attaqués, massacrés et, tandis que Maria est hospitalisée d'urgence, Bobby est recueilli par Moishe.
Ainsi commence ce roman aussi beau que dur, d'une violence peu commune, mais aussi d'une immense poésie. Auprès de Moishe, Bobby va guérir peu à peu. Physiquement tout d'abord, puis moralement - car les blessures morales qui lui ont été infligé sont bien plus lourdes et douloureuses que ses blessures corporelles. Elles répondent en écho à celles de Moishe, curieux personnage, énigmatique et souvent drôle, et elles vont droit au coeur.
A partir d'une trame de base extrêmement classique (la rencontre de deux êtres totalement différents et antagonistes, qui n'auraient jamais dû se rencontrer), Hubert Selby Jr a écrit son roman le plus émouvant et aussi le plus accessible. L'écriture est plus simple qu'autrefois, et la structure plus romanesque que dans ses grands classiques...il en découle ainsi une impression d'apaisement général, on a l'impression qu'avec l'âge, l'auteur a appris qu'il n'était pas forcément nécessaire de crier pour se faire entendre.
Un livre superbe, dont on ne ressort pas facilement.
"Les faux-fuyants" - François Sagan * *
Ce roman, un des derniers de l'auteur, part d'un postulat loufoque et très agréable : quatre jet-setteurs avant l'heure fuient tardivement leur chère Paris en juin 1940. Sur la route de leur exode, leur chauffeur se fait assassiner et les voilà recueillis par une bande de paysans plutôt hostiles (et réciproquement)...
On rit de bon coeur durant la première moitié du livre, tant Françoise Sagan prend un malin plaisir à renverser les valeurs et à piétiner l'image du tout-Paris bourgeois et précieux, auquel on l'a si souvent associée elle-même. Les situations sont comiques voire parfois carrément hilarantes, même si établies sur un canevas qui sent un peu le déjà-lu. Pourtant, ça marche, du moins pendant 70 pages environs.
La seconde partie est hélas beaucoup plus convenue, puisque comme on pouvait s'y attendre les prétentieux parigots (têtes de veau ! ) vont découvrir les charmes de la vie à la campagne, les vraies valeurs des vrais gens...etc.
Le choc des cultures tourne alors un peu au lieu commun, mais finalement, on n'en veut pas à Sagan. Durant quelques pages, on a ri de bon coeur, et les livres franchement drôles et purement comiques sont trop rares pour être boudés.
"Operation Shylock" - Philip Roth * * *
"Opération Shylock" est un livre bizarre où Philip Roth affronte un autre Philip Roth, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau et se sert du nom du célèbre écrivain à des fins politiques troubles. Sosie, imposteur, ou double issu de son imagination, le vrai Roth n'en sait rien mais décide d'enquêter.
Ce point de départ comique est le prétexte d'une aventure au coeur d'Israël et du Conflit au Proche Orient. Philip Roth est un intellectuel bavard et amusant, comme dirait l'autre, et ce qualificatif ne lui a jamais aussi bien convenu que dans "Opération Shylock". Je n'ai personnellement jamais aussi bien compris les incidents du Proche Orient qu'en lisant ce livre ludique, pédagogique, et hanté par les deux principales craintes de l'auteur : la destruction de l'identité juive et la dissolution de l'identité personnelle de l'écrivain dans son oeuvre. Ce dernier point, il l'a utilisé déjà dans "L'écrivain fantôme", "Ma vie d'homme"...c'était jusqu'à présent l'apanage de son héros Zuckermann , et ici Philip Roth tombe le masque.
Voilà donc un coup de coeur pour moi, car faire rire avec des choses aussi graves que des attentats en Israël est une performance que tout le monde ne peut pas réussir ! Bravo à l'auteur pour ce roman remarquable. Pour l'anecdote, c'est je crois le seul de l'auteur dans lequel le personnage est clairement lui, et c'est aussi le seul qui soit une fiction de la première à la dernière page !
"Tromperie" - Philip Roth °
C'est un livre impossible à résumer. Du reste, pour parler franchement, j'ai détesté et j'ai bien failli arrêter à au moins trois reprises.
J'ai déjà lu des livres de Philip Roth, et je sais combien il peut parfois être brillant, mais ce n'est pas le cas dans celui-ci. Qu'il se refuse à appliquer des schémas de narration classiques passe encore. Ca ne lui interdit pas de rendre son roman intéressant, or "Tromperie" est ennuyeux à mourir. Il est répétitif, verbeux, et sonne parfois vraiment très creux. D'autant que la compréhension de certains passages m'a semblée un peu délicate : durant les premiers chapitres, le fait de ne jamais précisément savoir qui parle à qui est séduisant. Cela donne au texte un côté énigmatique. Mais 200 pages comme ça !
Enfin, il y a les thèmes : rien de bien original, juste du sexe et du judaïsme. Sacré Philip Roth, il ne s'en laissera donc jamais ! Depuis le temps, je pense que tous ses lecteurs ont bien saisi qu'il était juif et que ça le travaillait. Avant d'être juif, Philip Roth est humain : or son livre, à cause de cette forme (ou non-forme) contient énormément de judaïsme, mais très peu d'humanité.
Le plus amusant, c'est tout de même le quatrième de couverture qui loue "l'extrême originalité" du roman et "l'inlassable créativité" de l'auteur...en effet, si être inlassablement créatif consiste à écrire n'importe quoi n'importe comment, "Tromperie" est un chef d'oeuvre.
"Le Sein" - Philip Roth * *
A quoi peut-on résumer l'identité d'un homme ?
C'est la question épineuse que Philip Roth traite dans ce roman, sur un mode burlesque et délirant. Contrairement à ce que laisse croire le titre en effet, il ne raconte pas l'histoire d'un homme qui est obsédé par les seins, mais qui est transformé en un sein (énorme, en plus ! ) et tente de s'expliquer puis de survivre à sa nouvelle condition...intéressante réaction que celle de David Kepesh, ce professeur de littérature comparée qui à force de toujours tout analyser, donne l'impression de réfléchir au pourquoi de son état avant de laisser parler son instinct de survie. L'idée était-elle de souligner qu'on restait le même, au-delà des apparances ? Même pas !
C'est bien plus compliqué que ça : il y a trois axes de lectures, Philip Roth essaie de satisfaire toutes les exigences simultaément. Il dresse l'hommage à Kafka, c'est ce qui semble le plus simple pour lui. Ensuite en voulant coller et à ses exigeances intellectuelles et à ses exigeances comiques, il a un peu scié la branche sur laquelle il était assis et signé en livre un peu foutraque...mais plutôt sympa. Ses délires de potaches (vous imaginez tout ce qu'on peut inventer quand on a un personnage transformé en sein ! ) ne sont pas là pour intellectualiser les débats comme je l'ai lu dans certaines analyses, mais pour détendre, dédramatiser les instants, nombreux, où la confusion du narrateur est étouffante. Avec la même histoire Kafka aurait écrit un roman horrible et poisseux ; Philip Roth en a fait une comédie burlesque et lettrée...
"Le Charme Noir" - Yann Queffélec * *
Il s'agit du tout premier roman de Yann Queffélec, la longue confession d'un homme, Marc, écrivain raté et futur ex gigolo cynique, tentant de trouver la route de la rédemption.
Il y a de nombreux défauts dans ce livre, mais on y retrouve d'une certaine façon tout ce qui fait un premier roman réussi, et qu'on ne peut voir qu'a posteriori. C'est à dire que la plupart des obsessions de l'auteur y sont déjà concentrées : ensemble très sombre, univers angoissant entre rêve et réalité, et personnage central hanté par les fantômes du passé (et plus spécialement par celui des parents, thème incontournable chez Yann Queffélec, dont les parents étaient tous deux des artistes connus et reconnus).
Il y a évidemment quelques maladresses dans la construction, mais la plume est solide et l'histoire prend à la gorge de la première à la dernière page. La seule chose qui différencie vraiment "Le Charme Noir" de la plupart des romans de son auteur, c'est que le narrateur - personnage est un homme (il s'agit généralement d'une femme, dans 90 % de ses livres). Sinon, fondamentalement, c'est la même chose, et c'est très réussi.
A aucun moment "Le Charme Noir" n'atteint bien sûr le lyrisme des "Noces barbares," ou la majesté du "Maître des chimères", mais on sent déjà qu'on se frotte à un auteur doté d'un immense potentiel qui se confirmera par la suite. Ce n'est sans doute pas le roman que je conseillerais pour une toute première lecture de Yann Queffélec, mais il reste très supérieur à certains de ses livres les plus récents.
