12 février 2008
"Salammbô" - Gustave Flaubert * *
Chef d'oeuvre pour les uns, ridicule pour les autres, "Salammbô" ne mettra jamais personne d'accord. Normal : Flaubert n'a écrit que quatre romans (dont seulement trois ont été achevés), et si on peut trouver des points communs entre "Madame Bovary" et "L'Education Sentimentale", "Salammbô" et "Bouvard & Pécuchet" sont totalement différents. Flaubert, plus que n'importe quel autre auteur de son époque, était tout simplement inclassable. A cause de ça, beaucoup de bêtises, d'idées reçues et d'approximations circulent à propos de cet auteur, et encore plus à propos de ce livre.
Contrairement à ce que racontent même des universitaires sérieux, ou des gens se prétendant lettrés, "Salammbô" n'est pas le premier roman de Flaubert. C'est le second, et même le troisième si on compte "L'Education Sentimentale" première version (écrite en 1845 mais publiée seulement en 1911). Peu importe, en fait. C'est le second. Le second à avoir été publié, après "Madame Bovary"...mais c'est aussi un livre qu'il a écrit après "Madame Bovary", et pas du tout une oeuvre de jeunesse comme on a coutume de le dire souvent. C'est bien ce qui pose problème pour se forger un avis dessus. A côté de "Madame Bovary", il semble tellement différent et tellement imparfait qu'il est sans doute plus facile, pour les flaubertomaniaques, de se persuader qu'il s'agit d'une oeuvre de jeunesse.
Dans la "Salammbô", il y a des guerriers courageux. Il y a de belles femmes dénudées. Il y a des bagarres et même des batailles. Il y a des épées longues comme mes bras. Il y a des héros attachants et manichéens qui portent des noms complètement barbares. "Salammbô", c'est tout simplement de l'héroïc fantasy avant que le terme n'ait été inventé (pas très longtemps avant cela dit, car Lord Dunsaney, premier auteur du genre, c'est la fin XIXème). C'est un livre qui n'a absolument rien à voir avec l'idée qu'on se fait de Flaubert, mais c'est un livre important. Précurseur d'un genre.
Et il y a autre chose, quelque chose de vraiment plus important : c'est un livre accessible. Il n'y a pas uniquement un univers différent, il y a une écriture différente, plus simple, plus aérée. Moins sophistiquée. Comme si Flaubert avait vraiment tout fait pour qu'on croit à une oeuvre de jeunesse. Effectivement, "Salammbô" a à peu près tout pour plaire à un adolescent mâle normalement constitué. Pour un adulte femme, c'est moins palpitant. Pour les jeunes, c'est un régal. Une manière sans doute plus intelligente de leur faire découvrir le plus grand écrivain de son temps, qu'en les assommant avec "Madame Bovary".
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