115th Dream

18 juin 2010

Dites-le en chanson

Posté par Laiezza à 15:25 - Abécédaire laiezzien - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


17 avril 2010

"Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec" - Luc Besson *

19410139Sortez les orties fraiches, vous avez le droit de me fustiger. Je ne suis pas fière de ce que je vais faire, mais parfois, il faut savoir se sacrifier, pour une noble cause. Après, je veux bien admettre que défendre un film de Luc Besson, ce n'est pas forcément une noble cause. Ce type m'est totalement antipathique, je trouve la plupart de ses films nuls, d'accord, mais qu'y puis-je, si sa version d' "Adèle Blanc-Sec" est plutôt réussie ?
Sincèrement, j'aurais aimé ne pas aimer, mais ce serait faire de la mauvaise foi, sentiment qui m'est totalement étranger (ne rigolez pas, s'il vous plaît). C'est tout de même très bien fait. Du blockbuster, à la française si l'on veut, avec tous les défauts d'un blockbuster, mais toutes les qualités qu'il faut, pour en faire un réussi. Visuellement, c'est plus que convaincant. Louise Bourgoin, j'en suis la première étonnée, est tout à fait bien, dans son rôle. Le scénario n'a ni queue, ni tête, mais cela n'a aucune importance, puisque le tout baigne dans le second degré : on y vient pour se divertir, pour s'amuser, pour faire des montagnes Russes avec Luc Besson (et Mathieu Amalric, détail important ;). Et niveau fête foraine, il s'y connaît, Luc : c'est bruyant, ça remue, c'est coloré, très rythmé... si seulement, si seulement Luc Besson n'avait fait que ce genre de film. On l'apprécie beaucoup mieux, lorsqu'il fait du pur divertissement, que lorsqu'il se pique de donner du contenu niais à ses "grandes œuvres" niaises. Du coup, c'est encore plus agréable : on redécouvre que Besson, avant d'être le Pascal Nègre du cinéma, d'insulter les critiques, de tourner des âneries, est un type doué, qui sait filmer, qui a un certain style. Allô ? Oui ? Bonjour, bienvenue sur un blog où on casse Tim Burton une semaine, et où on dit du bien de Luc Besson la suivante. Ne quittez pas, nous allons prendre votre appel.
Bon, en essayant d'être honnête, je veux bien reconnaître qu'il y a quand même, dans ces "Aventures extraordinaires", deux ou trois trucs qui ne collent pas. Les dialogues, à certains moments, sont assez mauvais (c'est la plaie de Luc Besson, les dialogues, ce type est incapable d'écrire une bonne réplique, à ce stade, cela confine à la maladie, il doit être allergique au français), et il ne faut pas être trop exigeant sur l'intrigue, si l'on veut tenir jusqu'au bout. Mais, il n'empêche, ce film marche assez bien. Pas plus, mais pas moins.
Alors, elles viennent ces orties ?

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27 mars 2010

"Alice au Pays des Merveilles" - Tim Burton °

19212735C'était le film le plus attendu de l'année. "Alice au Pays des Merveilles" à la sauce Burton : qui n'en a jamais rêvé ? C'est vrai, depuis une dizaine d'années, Burton n'est plus que l'ombre du génie qu'il a été. N'importe : "Alice au Pays des Merveilles" filmé par lui, cela ressemblait tellement à l'œuvre de toute une vie, on ne pouvait pas ne pas se sentir, au moins, intéressé par le projet.
On le sait peu, mais Lewis Carroll a des ultras fans, surtout dans les pays Anglo-saxons, et ils ne manqueront pas de sauter au plafond, en voyant la manière dont Linda Woolverton a réécrit l'histoire. "Alice au Pays des Merveilles" et "De l'Autre côté du miroir" sont deux des œuvres les plus importantes de la littérature anglophone, elles pèsent un poids énorme dans l'imaginaire collectif, elles ont déclenché de telles vocations, que l'on ne peut que comprendre l'ire des amateurs. Ce n'est pourtant pas le pire aspect du film, d'avoir organisé un "retour au Pays des Merveilles".
La première réaction, dès la première scène, c'est de se dire : "ciel ! que tout cela est laid". Les couleurs sont criardes, certains décors hideux, il faut vraiment, soit n'avoir aucun sens du goût, soit avoir vendu son âme à la déesse 3D, pour trouver ce film "beau et sophistiqué", comme on le lit partout depuis mercredi. "Sweeney Todd", que j'avais durement critiqué il y a deux ans, avait pour lui une beauté formelle impressionnante. Pas "Alice".
Mais, le plus choquant, ce n'est même pas cela. Admettons que le "bon goût" soit subjectif. Le plus choquant, dans cette nouvelle version d'"Alice", c'est que ce n'est même plus "Alice". Et, d'ailleurs, ce n'est même plus Tim Burton, non plus.
Je m'explique : en apparence, ceci est un film de Tim Burton, avec un univers qui le passionne, avec tous ses acteurs fétiches, et son nom sur l'affiche. Mais en réalité, il n'y a rien de "burtonien" dans ce film, un comble, tant il semblait acquis qu'Alice par Burton, ce serait plus "burtonien" que Burton lui-même. Et bien, non. Comme dans "Sweeney Todd", on a l'impression que le film est réalisé par un copycat, ou un fan obsédé par le maître, sans en avoir la virtuosité. C'est parfois assez mal filmé, la fantaisie est vraiment limitée (hormis cette idée d'exprimer les émotions du Chapelier, à travers ses couleurs), et la poésie est absente. C'est dit pour Burton, comme pour Carroll, dont l'œuvre a été réduite en bouillie. "Alice" est résumée à ses clichés, personnages cultes, figures imposées. Cela valait bien la peine de changer l'histoire, si c'était pour, à la fin du fin, rester sagement dans les clous, et livrer une vision 1) édulcorée 2) complètement manichéenne, avec combat final du bien contre le mal (non, mais : c'est quoi ce délire ?!) "Retour au Pays des Merveilles" ? Plutôt : "Lewis Caroll pour les nuls qui n'ont pas envie de se forcer à ouvrir un livre".
Une précision s'impose : Linda Woolverton, citée plus haut, n'est pas une collaboratrice habituelle de Burton. C'est la scénariste imposée par le producteur, un certain Disney. Parmi ses hauts faits d'armes, on trouve : "La Belle et la Bête", "Le Roi Lion", "Mulan", et même, le film des Ewoks! Évidemment, si on me l'avait présenté comme cela dès le départ, je n'aurais pas payé un billet. Parce que, si c'est un mauvais Burton, c'est sûrement un très bon Woolverton, on retrouve toutes les caractéristiques de son style : scénario plat, personnages creux, scènes cul-cul. C'est malheureux pour Burton, mais le DA de Disney de 1951 était bien mieux.

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19 mars 2010

"The Ghost Writer" - Roman Polanski * *

tgwExcellente nouvelle, chers lecteurs : Roman Polanski refait du cinéma !

Ceci n'est pas allusion mesquine à ses récents déboires, mais bien à la médiocrité de sa filmographie récente. Entre "La Neuvième Porte", auto-parodie grotesque, avec Emmanuelle Seigner en démon, aussi crédible que moi en none ; "Le Pianiste", classicisme si rigoureux que personne ne doutait que l'Oscar arriverait ; et "Oliver Twist", déjanté, coloré, mais raté ; on ne peut pas dire que Polanski ait beaucoup gâté ses fans, dont je suis, depuis une décennie.

Arrive "The Ghost Writer", et soudain, tout est pardonné. D'accord, on est assez loin du "grand" Polanski (celui de "Rosemary" ou du "Locataire"). Mais au moins, on le retrouve à peu près au niveau du Polanski de "Frantic" (ou de "La jeune fille et la mort"), ce qui n'est déjà pas si mal. A "Frantic", par ailleurs, on pense dès les premières minutes. L'auteur du "Bal des vampires" semble avoir décidé de retourner sur les terres hitchcockiennes, difficile de ne pas en être ravie.
Pourtant, on ne peut pas dire que le canevas de départ (un nègre littéraire est embauché pour achever les mémoires de l'ancien premier ministre anglais, et se laisse embarquer dans les chausse-trappes, et l'habituel jeu de miroirs), soit spécialement enthousiasmant. Mais, comme d'habitude avec le cinéaste, tout est question de manière, et l'on retrouvera avec bonheur trois éléments incontournables, pour faire un bon Polanski : un endroit reclus et inaccessible, une paranoïa de plus en plus grandissante, et un humour froid et vachard (les allusions à Tony Blair sont à peine voilées, et très piquantes). J'oubliais : il faut aussi des acteurs au sommet de leur art, et de ce point de vue non plus, "The Ghost Writer" n'était pas très rassurant. Surprise : Ewan McGregor retrouve un peu de son aura passée, après dix ans à faire le minet à Hollywood. Pierce Brosnan et Kim Catrall, pour leur part, trouvent ici les meilleurs rôles de leur carrière. C'est vrai que ce n'était pas dur.
Conclusion ? Et bien en général, quand on vous dit : "ce film est un Polanski mineur", il faut se souvenir qu'on disait pareil de "Frantic", et que vingt ans plus tard, plus personne ne se souvient quel film majeur est sorti cette semaine là. En fait, depuis les années 80, Polanski n'est jamais meilleur, à mon avis, que quand il fait des films mineurs, plutôt que de jouer au cinéaste. "The Ghost Writer" est un film mineur. Allez-y ! ;)

Posté par Laiezza à 09:36 - Là, ça me va ! - Commentaires [3] - Rétroliens [0]

04 mars 2010

Viol - "Welfare Heart" * * *

welfareCher Monsieur Violin,

Tout d'abord, toutes mes excuses pour avoir été si peu locace, ces derniers mois. Je suis très occupée, et n'ai pas toujours le temps de m'occuper de ma correspondance. J'ai toujours, en revanche, le temps d'écouter les albums des artistes que j'aime, et c'est bien pour cela que je sors aujourd'hui de ma réserve.
En apprenant que vous "sortiez" un nouvel album, j'ai été à la fois ravie, et assez inquiète. "Déjà ?", fut mon premier mot. Cela faisait à peine un an, que Love Boat était sorti. Personnellement, je n'avais pas le sentiment d'en avoir fait le tour. Et voilà que me parvient Welfare Heart, sa belle pochette, ses nouvelles chansons. Bien entendu : tous mes doutes se sont envolés.
C'est incroyable, quand même, vous avez encore progressé. Je suppose que c'est le seul avantage, à être un jeune chanteur que peu de gens écoutent : vous pouvez bien faire ce que vous voulez, qu'est-ce que cela changera ? Alors, vous faites ce que vous voulez, c'est vraiment le sentiment qu'on a en écoutant votre nouvel album. Que vous vous êtes dit que, cette fois, plus question de se mettre des limites, même si, je dois vous le dire, les arrangements de "For the love of young rose" m'ont un peu rebutée (alors que la chanson, elle-même, est très belle).
Je commence par ce petit reproche car, sans vouloir vous flatter, c'est sûrement votre meilleur album. Il est beaucoup plus varié, aussi bien musicalement que dans les émotions, tout en conservant une qualité constante. Je pourrais bien essayer de lister mes chansons préférées, mais elles changent tout le temps, un jour "Flavor Of Love", un jour "Make me believe in Santa again", un jour "The Tempest". Je me dis qu'à chaque écoute, on pourrait aimer votre album différemment. Il est de ceux qui peuvent nous accompagner longtemps, plus longtemps à mon avis que Love Boat, qui, avec le recul, paraissait ne parler que d'une seule chose, qu'il déclinait chanson après chanson. Alors que là, on passe de l'amour joyeux au désespoir, on croise la foi au détour d'un titre (et, moi qui ne suis pas croyante pour deux sous, je vous reconnais un certain talent pour évoquer ce sujet)...
S'il fallait résumer les choses, je dirais que Love Boat représente l'obsession, et Welfare Heart, la multitude. Ce n'est qu'un sentiment personnel, mais vous savez qu'il ne faut guère en attendre plus de moi.

Laiezza

P.S. : Je ne sais pas si on vous l'a dit, mais aujourd'hui, c'est le Viol Day (ce nom). J'espère que cette fête sera assez dionysiaque à votre goût.

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07 février 2010

The Hot Rats - "Turn Ons" *

10003548Alors que le prochain album sort au printemps, deux Supergrass inspirés s'évadent en solitaire, et publient ce mois-ci un album de reprises pétaradant, et produit par Nigel Godrich (il y en a qui ont les moyens, débaucher Godrich, qui ne doit pas être loin d'être le producteur le plus cher du monde, pour des reprises, quand même...). On ne comprend pas très bien l'intérêt en premier lieu, mais les choses s'éclairent rapidement.
En effet, s'il s'agit avant tout d'un hommage, Turn Ons est loin de contenter de banales reprises. Gaz Coombes et Dany Goffey ont travaillé très sérieusement les arrangements, la texture, et signent quelque chose d'assez personnel et cohérent, en fait. Cela s'entend dès le premier morceau, le "I Can't Stand It" du Velvet étant métamorphosé en blues psychédélique, assez éloigné de la version originale. Le traitement est assez similaire pour tous les titres, même si tous ne le font pas. Ainsi, la voix de Coleman manque bien trop de profondeur, pour que la relecture, pourtant ambitieuse, du "Cristal Ship" des Doors soit convaincante.
Ce n'est pas une surprise, mais le duo est bien plus à l'aise sur les morceaux les plus glam-rock, ou les plus pop. "Love is the drug", "Pump it up", "Up the junction"...C'est logique, le groupe doit beaucoup à ces trois ancêtres (Roxy Music, Elvis Costello, et Squeeze). Il est également assez bon lorsqu'il tente des choses moins évidentes, comme "Bike" ou "(You Gotta) Fight For Your Right (To Party!)", des Beasties, carrément méconnaissable. "Queen Bitch" (Bowie), par contre, est ratée, et "EMI" (Sex Pistols), sympa mais assez bateau.
Bref : rien de génial ici, mais un disque sympathique pour tous ceux qui aiment Supergrass, qui contient quand même plus de bons titres que de mauvais.

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04 février 2010

"Ce cher Dexter" - Jeff Lindsay *

9782757800034Comme le veut la tradition, l'adaptation à succès d'un roman entraîne sa réédition. L'amateur est tenu de rédécouvrir l'oeuvre, sous un autre angle, et pour un autre prix. Tout cela pour, la plupart du temps, aboutir à la même conclusion : rien ne vaut l'original, à mort l'adaptation !
La grande originalité de Dexter, version papier, sa seule originalité, en fait, c'est que dès la première page, on comprend que l'adaptation télé est bien meilleure que les romans. Mais vraiment : il n'y a pas le moindre doute. La série a ses défauts, mais elle a une atmosphère particulière, une marque visuelle (pour ne pas dire : un côté très "esthétisant") qui, c'est évident, a fait énormément pour sa réputation. A côté, le roman fait pâle figure, assez mal écrit, assez mal construit, et bénéficiant d'une intrigue plutôt terne et qui, au bout d'un moment, finit par se diluer complètement dans les divagations du narrateur.
Cela rappelle beaucoup, évidemment, "American Psycho", mais sans le talent. Surtout qu'en version papier, Dexter partage bien plus de traits de caractères avec Patrick Bateman, notamment son arrogance, sa démesure : le Dexter d'origine, on ne peut pas lui enlever, est vraiment dingue. Le "profil type" du tueur psychopathe, ego énorme, auto-satisfaction, mégalomanie, et cynisme. Mais le problème du livre, c'est qu'il ne va pas beaucoup plus loin : si la trame est, en gros, la même que dans la première saison de la série (à une grosse nuance près à la fin !), seule la folie de Dexter semble vraiment intéresser l'auteur. Le reste, les personnages secondaires, mais aussi le "duel" avec le Tueur, ne sont que des prétextes, de vagues péripéties (à la limite, on croirait que c'est le livre qui est adapté, et que ces parties ne sont là que parce que la prod les a imposées !), histoire de dire que l'auteur n'a pas écrit, au fil de la plume, tout ce qui lui passait par la tête.
C'est donc assez moyen, et assez plat. Du roman noir comme les éditeurs américains en publient au kilomètre. Mais la bonne nouvelle, c'est que du coup, on a beaucoup plus de respect pour le travail des scénaristes de la série...

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26 janvier 2010

"Le Beau-père" - Nelson McCormick °

19202949Alors. C'est l'histoire (le mot est un peu fort) d'un tueur en série, mythomane et psychopathe, mais aux airs de gentleman ordinaire, qui intègre une famille, puis une autre, en tant que "beau-père", et finit à chaque fois par tuer femme et enfants, parce qu'ils le déçoivent trop, lui qui rêve de la famille idéale.
Mon résumé extrapole beaucoup, car en réalité, il n'y a pas le début d'une explication, procédé qui pourrait être terrifiant (il ne reste qu'une violence aveugle), mais qui se révèle vite aussi crétin que le héros (le fils de sa mère qui, bien sûr, se doute que ce type n'est pas net, et va tout faire pour le démasquer). Car, devinez quoi ? les gentils gagnent à la fin, le méchant s'enfuit, mais l'honneur est sauf, toute la gentille famille américaine survit, enfin sauf l'ex-mari, qui lui est froidement assassiné (mais bon, il avait abandonné sa famille, il le méritait). Vous voyez le genre : du bon gros film bis, revu et corrigé à la mode de l'époque, donc avec, d'un côté des teenagers idiots à tablettes de chocolat et gros seins, de l'autre une mère courage, qui fera triompher les belles valeurs familiales. Quand on se souvient que le script original était signé Westlake, on a du mal à y croire.

Mais le pire, c'est quand même Dylan "Niptuck" Walsh. Il paraît que le ridicule ne tue pas. Tant mieux, car sinon, Walsh devrait investir dans une garde rapprochée. Dans ce remake, putassier et grotesque, d'un classique de la série B. qui fait peur (et qui mettait en vedette, hasard amusant, une autre star de la télé, Terry "John Locke" O'Quinn, totalement terrifiant), Walsh est à mourir de rire du début à la fin. Il n'est pas le seul (le casting entier mériterait un "razzie award"), mais comme il est le personnage principal, le tueur psychopathe, on en attend un peu plus de lui. On a même du mal à comprendre que l'on ait pu penser à lui, pour ce rôle. J'espère qu'il n'a pas fait d'essais, ce serait très préoccupant pour Hollywood. J'en ai vu, des mauvais films, et même des très mauvais, des fois, mais je dois dire que rarement, j'aurais vu un acteur aussi mal casté. Aussi inquiétant qu'un moustique qui bzzbzz au-dessus de votre oreiller, Walsh a l'air d'être incapable d'aborder son rôle, alors il décide de tout jouer à contre-sens. C'est original : ainsi, le personnage, qui devait être un type normal et classe, a l'air d'un gros bourrin, beauf et con comme la mort (ou : comme un moustique), dont les plans "machiavéliques" sont risibles (c'est à peine si on comprend comment il fait pour rester impuni, abruti comme il a l'air d'être). Et quand il sort l'attendu : "Who am I, here ?" (la réplique mythique du film original, que Terry O'Quinn faisait de manière terrifiante, montrant soudain comme son personnage était déphasé, et malade), il fait une de ces têtes... Vraiment, sa réinsertion post Niptuck est mal barrée, encore un qui va faire grimper les statistiques du chômage. Pauvre Obama.

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24 janvier 2010

"Gainsbourg (vie héroïque)" - Joan Sfar *

film_gainsbourgCe film est génial, courez-y ! C'est, en substance, ce que l'on ne pourra que retirer d'une couverture médiatique comme toujours, mais encore un peu plus que toujours, dressée pour servir la soupe (mais il est vrai, aussi, que les journalistes ne connaissent rien à la musique, et ne connaissent sûrement, en vrai, pas grand chose de Serge Gainsbourg). Je ne vais pas avoir la prétention de dire qu'ici, vous lirez ce que vous ne lirez nulle part ailleurs. Mais j'ai la prétention de croire que, même si cela ne vous donne pas une envie de zapper le film (ce n'est pas mon but), il mérite d'être dit que "Gainsbourg (vie héroïque)" est un film raté. Pas mauvais, juste : raté. Avec des ambitions honnêtes, de bonnes idées, mais beaucoup de faiblesses et une certaine superficialité.
Cela commence très bien, avec l'enfance, puis la jeunesse, d'un homme qui pourrait s'appeler Gainsbourg, mais qui s'appelle Lucien. La caméra est inventive, l'acteur principal est convaincant, le cinéaste (dont c'est le premier film, ce qui laisse perplexe, comment peut-on confier un tel projet, et un tel budget, à un débutant ?) semble s'exprimer en toute liberté, ce qui est plutôt rare, pour un "biopic". On trouve même quelques moments de grâce, où Joan Sfar réussit à s'affranchir de son sujet, et réalise, tout simplement : un beau film, personnel.
Le problème, c'est que cet aspect ne dure pas longtemps : au fur et à mesure que Lucien devient Gainsbourg, le film commence à s'enliser dans les clichés, dans le catalogue des figures imposées. Comme un biopic, et pas un bon : là où un Joaquin Phœnix, en Johnny Cash, avait suffisamment de prestance, de charisme, pour dépasser le personnage, Eric Elmosino se contente, sur le plus gros du film, d'un mimétisme qui, s'il lui vaudra sûrement un César, n'apporte pas beaucoup au mythe de Gainsbourg. Le mythe : c'est le problème de ce long-métrage. Gainsbourg était un personnage au mille facettes, il aurait été commode d'en choisir une, et de l'exploiter. C'est ce que semble faire Sfar au début, mais pour une raison bizarre (pressions de la production ? des ayants-droits ?), il renonce à cette idée progressivement. Et nous montre, à partir de là, un Gainsbourg de musée Grévin. Or, quand un biopic ne propose ni une vision personnelle du personnage, ni une manière de l'approcher, et de le comprendre, que reste-il ? En l'occurrence, l'envie de se replonger dans une œuvre qui, malheureusement, n'est pas beaucoup mise en avant (où est Melody Nelson ? le meilleur album de son époque ?!), voire dans une des nombreuses biographies de Gainsbourg, par exemple celle de Gilles Verlant, bien plus incontournable...

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17 janvier 2010

"Exit le fantôme" - Philip Roth * * *

Exit_le_fantomeRetiré à la campagne depuis onze ans, Nathan Zuckerman, écrivain à succès n'écrivant plus, doit retourner en ville à l'occasion d'une opération qui le terrifie. Zuckerman, autrefois grand séducteur, est en effet touché à la prostate, ce qui implique une remise en cause de son identité d'autant plus radicale que, New York, cette ville où il a grandi, qu'il a aimé, qui "fait partie de lui", n'est plus la même, non plus. Le 11 septembre, et deux mandats du néo-conservateur Bush (ce n'est pas rien, dans une ville démocrate depuis la nuit des temps), sont passés par là. C'est au travers de rencontres avec deux femmes, comme lui "reliques" d'une époque oubliée (la première est plus âgée que lui, la seconde a déjà la trentaine bien entamée), que Zuckerman va être amené à se retrouver, à renouer avec son passé, mais aussi à se redécouvrir et tenter de s'accepter, tel qu'il est, maintenant.
Récit troublant, et schizophrène, "Exit le fantôme" pose la question qui est toujours, plus ou moins, associée aux romans mettant en scène Nathan Zuckerman : l'identité, ce qu'elle est, pourquoi elle l'est. Ici, toujours aussi hanté par la mort et la maladie (alors qu'il est en pleine santé, pour ce que je sais !), Philippe Roth s'interroge sous l'angle de ce que l'individu laisse derrière lui, en vieillissant, en avançant inexorablement vers sa fin. Cela fait une synthèse assez subtile de ses deux derniers livres ("La bête qui meurt", "Un homme"), peut-être comme la fin d'une trilogie virtuelle, durant laquelle l'auteur règle ses comptes, d'abord avec son premier personnage de série (Kepesch, dans "La bête"), puis avec un personnage "loner", comme il en a écrit quelques uns ("Un homme"), puis avec Zuckerman (son héros le plus connu). Ce qui est intéressant, c'est la manière dont ces livres offrent tous une vision différente du même sujet : un homme en fin de vie, angoissé par la mort, guetté par la décrépitude physique (donc, sexuelle). Mais aucun ne réagit de la même manière, face à la même situation de départ.
L'attitude de Zuckerman, dans "Exit le fantôme", est la plus touchante, parce qu'il est plus complexe que les autres. Or, face à ces angoisses, il devient linéaire, basique, banal, lui, le grand intellectuel, et cela le fait encore plus souffrir. Il a beau le savoir, que nous sommes tous égaux devant la mort, lui qui s'est toujours senti supérieur, ne supporte pas de perdre sa singularité. Et on le comprend : le lecteur, interpelé, ne peut pas s'empêcher de s'effrayer avec lui.

Un très, très beau livre, vous l'aviez compris, dont le titre est moche, et trompeur : en effet, c'est une référence à la première aventure de Zuckerman, "The Ghost Writer", sauf qu'en français, elle ne s'appelle pas "L'écrivain fantôme", mais "L'écrivain des ombres"...


Voir aussi : l'article de Thomas, sur Le Golb.

Posté par Laiezza à 11:58 - Oui, oui, oui, encore oui !! - Commentaires [3] - Rétroliens [0]