19 décembre 2009
Quelques chansons qui se sont démarquées en 2009...
Vu mon rythme de ouf, ce sera probablement mon dernier message de l'année.
Joyeuses fêtes à tous !
03 décembre 2009
"Paranormal Activity" - Oren Peli °
Des esprits, une caméra vidéo, un gros "buzz" sur internet, et un producteur surtout connu pour avoir "manqué Blair Witch". Certains considèreraient que tout est déjà dit, j'avoue que pour ma part, je ne savais pas trop si j'avais envie de voir ce film, ou non. L'occasion ayant fait la larronne, j'ai regardé cela d'un oeil distrait, plus intéressée par le pop-corn (je sais, j'avais dit que j'arrêtais, mais je vais si rarement au cinéma, désormais, que le pop-corn revêt un côté festif) que par un film, il faut bien le dire, sans grand intérêt.
En fait, "Paranormal Activity" aurait pu être génial, il aurait juste fallu pour cela qu'il sorte il y a dix ans, et s'intitule "The Blair Witch Project". L'influence est certes revendiquée, mais cette bonne foi ne change rien au fait que, du début à la fin, on a l'impression d'être face à un ersatz, ou au mieux, à un projet des années 90, qui aurait été rangé dans un carton, et exhumé aujourd'hui pour booster l'économie pendant la crise (c'est quand même de la rentabilité maximum, ce film, et pas que pour les amateurs qui l'ont tourné, mais bien, mais surtout : pour Paramount). Parce que bon, soyons réalistes, qui ça peut bien épater en 2009, un film tourné en vidéo, faussement amateur, jouant à mort sur la suggestion, et laissant l'imaginaire faire le reste ?
Ah oui, je me rends bien compte que ce que je dis là peut être alléchant. Mais bon, il y a déjà plein de films collant à cette idée de suggestion, de "La Maison du Diable" à "Cloverfield", soit quarante-cinq ans de cinéma, alors quand on aime le genre, on en a quand même vu d'autres, que ce "Paranormal Activity" gentillet, qui vaut surtout pour dix minutes "scotchantes", pour une heure et des poussières d'ennui (le début est d'une lenteur, et d'une nullité... je ne vous dis même pas). Mais il est vrai que l'on a tous nos hantises, et que les esprits frappeurs, ici comme ailleurs, ne font pas partie des miennes, ce qui m'a condamnée à regarder le film, plutôt que de me laisser submerger par la terreur, comme certains dans la salle (qui ont ravivé, dans mon cerveau pourri par la méchanceté, le débat sur le pré-conditionnement). Très mauvaise idée, bien entendu, puisque de film, au sens "œuvre cinématographique", il n'y avait pas, juste quelques plans au caméscope, en plus assez mal montés. Bref. Mieux vaut oublier et - mais tout le monde s'en doutait - résister au buzz.
P.S. : mon emploi du temps, sur le blog, étant chaotique, j'ai laissé passer toutes les critiques de "bons films" en 2009 ! Donc, rassurez-vous, même si 2009 est une année moyenne, j'ai quand même vu quelques films bons cette année, au nombre desquels l'excellent "A l'Origine", qui doit certainement être encore à l'affiche, ici ou là, et que je vous invite à voir d'urgence.
29 novembre 2009
"X-Men Origins : Wolverine" - Gavid Hood *
Est-ce que vous vous souvenez de mon ami, fan de comics, celui qui m'avait kidnappée pour m'obliger à regarder "Watchmen" ? Eh bien, il a récidivé, me ligotant pour me contraindre à regarder le dvd de "X-Men Origins : Wolverine". Je reconnais que j'étais, certes, un peu plus consentante, l'idée de passer 105 minutes avec Hugh Jackman n'étant pas, loin de là, déplaisante. Ceci dit, ma tendance naturelle à être "circonspecte" face aux gros films pour garçons, qui font des boums, qui font des cracs, ne me préparait pas à passer un si bon moment.
Parce que, oui, je me suis bien amusée. D'accord, c'est très bruyant, cela louche vers le n'importe quoi, le regarder au premier degré relèverait de la maladie mentale, et ce qui peut m'intéresser en bd, curieusement, me semble très limite au cinéma (enfin, à la télé, en l'occurrence). Mais ce film, plutôt sombre, ne manque pas de qualités, la première d'entre elle étant (tadam !) : Huck Jackman, bien sûr ! Drôle de type, d'ailleurs, ce Jackman. Qui, ayant commencé sa carrière avec les griffes de Wolverine (il a fait quelques trucs avant, mais rien de rare), n'a pas cessé depuis de multiplier les projets, souvent très ambitieux ("The Fountain", quand même !), révélant un talent d'acteur que personne n'aurait pu soupçonner... Enfin, bref, Jackman est très bon, il me fait penser à Christian Bale en Batman : un acteur bien plus doué que ce qu'on lui demande, qui donne une dimension inattendue à la scène de "blockbuster" la plus convenue. Il donne une humanité intéressante à son personnage de psychopathe (le seul reproche qu'on pourrait lui faire, mais il n'y peut pas grand-chose, c'est d'avoir "adouci" Wolverine), et son adversaire, incarné par Liev Schreiber, un autre gars dont personne ne soupçonnait le talent (il a surtout multiplié les seconds rôles à la télé), n'est pas en reste. Reposant totalement sur ce duo d'acteurs, et bien sûr sur les inévitables effets spéciaux, "X-Men Origins : Wolverine" tient plutôt ses promesses, dans la mesure où de toute façon, il ne nous vendait pas là Lune, mais du gros divertissement du dimanche aprem'. Et si cela pourra sembler bizarre, oui, j'ai préféré "X-Men Origins : Wolverine" à "Watchmen", aussi cinéphile que je sois, sûrement parce que Hugh Jackman en Musclor (tiens, c'est une idée), au moins, cela a le mérite de ne pas prétendre être ce que cela n'est pas, de ne pas multiplier les digressions philosophiques, pour faire semblant d'être autre chose qu'un film de garçons, avec plein de testostérone et des méchants très méchants.
A lire aussi, l'avis de Lyle, sur J'écoute de la musique de merde.
26 novembre 2009
(?!)
Le choix est un embarras (Jean-Paul Sartre, ou quelqu'un qui lui ressemble)
Face à la très longue liste de "meilleurs albums des années 2000", je suis restée perplexe, ne sachant lequel choisir pour, avec toute la hargne et la méchanceté qui me caractérisent, remettre en jeu les titres durement acquis l'an passé (un prix du jury et une médaille d'argent, si ma mémoire...) En effet, entre une moitié des disques que je ne connaissais pas, une moitié de la moitié restante que je n'aimais pas, et un quart de moitié restante que j'aimais bien mais dont, franchement, la place me semblait usurpée...Enfin, j'ai vraiment hésité. De plus, et alors que tout me destinait à écrire quelque chose comme "Snipons Sonic Youth, les bruitistes, et les poseurs", "Au Revoir Simone, pars vite, ne reviens pas" - bref, à faire ma Laiezza - voilà que, par deux fois, mes amis Guic' the old et Zaphod cognaient (et bien ! et fort !) sur ma mouvance/tête de turc préférée. De quoi nourrir quelques regrets. On ne va pas, pas encore, écrire un truc insultant les snobs, les Inrocks, et tutti ?
Et puis : j'ai réfléchi. Tranquillement, en rangeant la chambre de mon fils. Je me suis dit : "bon, mais est-ce un hasard si ces deux articles ont le même genre de cible ?" Est-ce un hasard, vraiment, ou bien est-ce une tendance, en creux, une tendance lourde dans le rejet, d'une certaine forme de "snobitude", qui s'incarne (à tort, ou à raison) dans l'image des Inrocks (sans doute à cause du côté "journalistes anti-Gonzo"), image qui ne serait, finalement, qu'un prisme, une espèce de catalyseur du mécontentement collectif (cela marche aussi avec RnF, vous me direz, mais oui, mais un peu moins)... Les années 2000, ce ne se sont pas spécialement le triomphe des bruitistes, des bidouilleurs, des snobs du rock (certes, c'est la décennie de Kid A, coïncidence troublante). Cela vend peu, et cela n'intéresse pas grand monde, en vrai. Mais c'est bien une époque, par contre, durant laquelle tous ces trucs se sont "sanctuarisés", voire : "institutionnalisés", suivant la logique d'évolution de l'Internet lui-même, qui renforce la séparation entre des "écoles" devenues "clans". "Institutionnalisés", au sens où, ces dix dernières années, le moindre truc snob ayant vendu quelques milliers d'exemplaires fut attendu et vénéré par une petite caste beaucoup plus bruyante que dans "l'avant web", au sein de laquelle il y avait même des "factions opposées", puisque dans toute caste, même chez les snobs, on trouve, devinez qui ? des snobs.
Ce qui donne, ô joies de la démonstration par l'absurde, un groupe comme Sigur Rós (du quasi "mainstream", soyons snobs, soyons clairs) se faisant huer par son public pour avoir, appât du gain quand tu nous tiens, pris un virage "accessible" (= commercial, en langage snob, parce que dire "commercial", cela fait trop ado, alors on dit "accessible") avec l'album Með suð í eyrum við spilum endalaust (moi, je trouve que c'est moyen dans le genre virage accessible, vous vous voyez, aller au supermarché acheter un truc pareil ?). C'est tout de même terrible. Les pauvres islandais, cela faisait des années qu'ils n'avaient plus écrit une vraie chanson, et pour une fois qu'ils faisaient un effort, tout le monde les casse. Parce que tout le monde (à part moi) préfère le Sigur Rós d'avant, celui, neurasthénique, qui faisait danser des trisomiques dans ses clips tout en essayant, avec un talent certain, hélas inversement proportionnel au plaisir d'écoute, de communiquer avec : les baleines ("Untitled 1"), les extra-terrestres ("Untitled 3"), les fourmis ("Untitled 8", sous-titrée, dans un grand éclat de rire, "pop-song")... en espérant qu'ils n'y soient pas parvenus, au risque de nous fâcher l'espèce humaine avec beaucoup de monde.
Honnêtement, avec leur grand "chef-d'œuvre", ( ) (non, je n'ai pas oublié de remplir les parenthèses : c'est bien son titre !), on ne sait ce qui est le plus drôle, de sa bande-son de cartoon pour suicidaires en puissance, ou du snob qui saura dire, avec un aplomb incroyable, que c'est quand même de la musique grand public, n'exagérons rien (le snob a ceci de commun avec le technocrate qu'il a, depuis longtemps, égaré un certain sens des réalités, ne nourrissant plus qu'une idée vague, parfois juste, souvent fausse, de ce fameux "grand public" pour lequel, dans le fond, l'un et l'autre vivent : que serait le snob, sans son adjuvant préféré ? A quoi s'opposerait-il ? Avez-vous déjà remarqué qu'en réalité, seuls les snobs, utilisent l'expression "grand public", il n'y a qu'eux que cela obsède, il n'y a d'ailleurs que pour eux que c'est infamant, d'être un individu ordinaire).
Je reviens à Sigur Rós. A ( ), album sans titre au bazar conceptuel inouï, dont le packaging est presque plus soigné que le contenu, très représentatif, si l'on y pense, de la décennie durant laquelle il a paru. Une décennie durant laquelle les fleurons de la précédente, ceux-là même que l'on avait adorés pour leur manière de redéfinir rock et pop, s'enliseront complètement dans des expérimentations sans queue, sans tête, sans fond. Je passe sur Radiohead, arbre cachant une jungle d'échecs prétentieux. Björk publiera Vespertine et Medulla, les Flaming Lips, Yoshimi machin, PJ, White Chalk. A côté des ces gros fours artistiques, tellement mauvais que je n'ai pas eu le courage de les attaquer de front, ( ) est presque un disque agréable, au sens où, après tout, il ne fait pas de mal. D'accord, c'est prétentieux, façon antiphrases, et Sigur Rós y invente, personne ne l'aurait cru possible, le minimalisme pompier, l'épure grandiloquente, un peu comme quand Dominique de Villepin garde le silence : vous voyez, il se tait, mais son silence demeure chargé d'orgueil et d'arrogance. La musique de Sigur Rós, dans sa volonté d'être tellement anticonventionnelle, est irritante ; oh non, il n'y a pas d'esbroufe, pas de racolage, mais le clamer avec tant de vigueur, n'est-ce pas déjà se vendre de manière un peu trop voyante ? Il n'y a peut-être pas de "kitsch" dans les treize minutes d' "Untitled 7", mais il y a tant de prétention, ça ne vaut pas beaucoup mieux.
Mais à la limite, admettons. On peut y trouver son compte, quoiqu'il me semble que l'on ne soit pas loin du new-age pour branchés. Le problème, et ce qui est très représentatif des années 2000, ce n'est pas que Sigur Rós existe, fasse son truc, quoique j'en pense (après tout, moi aussi, le dimanche, il m'arrive de faire du bricolage). Ce qui est troublant, c'est que ce groupe soit devenu suffisamment connu, pour parvenir à mes chastes oreilles. On peut se moquer du "rock revival", du "folk revival" ; tout ce qui est moutonnier est risible. Mais on aurait tort de résumer cela à un "engouement médiatique". Les "mouvements" massifs ne naissent pas par hasard, ils sont toujours l'expression d'une lassitude, face à ce qui les précède. Lorsque l'on se souvient des dithyrambes qui accompagnaient, au début des années 2000, chaque nouvelle sortie de Björk, de Sigur Rós, on ne peut pas ne pas interpréter le "retour du rock", aussi contestable soit l'expression, comme l'envie d'un retour à des choses simples, plus immédiates, moins cérébrales. Si Genesis, Yes, ou ELP, sont indirectement responsables du punk, Radiohead, Björk, ou Sigur Rós, le sont des bébés rockers. Le cycle de la musique est ainsi, et aujourd'hui, quand j'écoute ( ), je suis surprise de trouver cela moins énervant, ou ennuyeux, que complètement ringard...
25 octobre 2009
Viol - Love Boat * * *
Cher Monsieur Violin,
J'avais déjà beaucoup aimé votre précédent
disque (qui n'avait pas de titre), mais là, je dois dire que cette
fois-ci, je tends vers la rage. Depuis juin dernier, que notre ami
commun Thomas, a mis en ligne votre Love Boat, je n'arrête pas de
l'écouter. Cet album m'obsède, au point que j'aie fini par renoncer à
mon idée de départ, celle de rédiger une chronique en bonne et due
forme, pour écrire ces quelques mots. Monsieur Violin, quel est donc
votre problème ? Comment se fait-il que vous en soyez réduit, si vous
me passez l'expression, à diffuser votre musique sur le Golb, bouge
dans lequel vous avez, certes, vos habitudes, mais qui sans le moindre
doute, n'est pas à la hauteur de votre talent ? Je sais que le monde du
disque est impitoyable. Mais tout de même : il me semble que votre
place est ailleurs. Dans des lieux où votre sens, inné, remarquable, de
la mélodie, saura être apprécié par le plus grand nombre. Et je ne le
dis pas, croyez-moi, pour vous flatter.
La finesse avec laquelle vous
placez votre (belle) voix, l'intelligence de votre écriture, le talent de vos
textes, tout cela vous place bien au-dessus de la masse. Il y a, dans
votre Love Boat, une fluidité, et une maîtrise, qui donnent
l'impression que dix ans se sont écoulés, depuis l'album d'avant. En
deux ans, vous voilà passé de jeune gars prometteur, à artiste
accompli dont, à titre personnel, j'attends avec une certaine
impatience le prochain "disque".
Parce que, Monsieur Violin, il y a sur
celui-ci ce que j'appellerais, mais cela n'engage que moi, de grandes
chansons. De celles qui vous marquent, que vous écoutez inlassablement,
que vous ne sauriez oublier, ni dévaluer, avec le recul. Je le pensais
il y a quelques mois, en entendant pour la première fois "Ignorance
makes you pretty", "Seasons of the sun", ou "Death Letter". Je le pense
encore maintenant, et je gage que je le penserai encore, dans un an.
Lorsque ces morceaux ne me font pas frissonner (c'est le cas de la
dernière que je citais, par exemple), ils se contentent de me faire
chanter à tue-tête, ce qui est déjà remarquable, sans jamais avoir eu
les textes sous les yeux, je les connais tous par cœur. Alors comment
ne pas vous souhaiter le meilleur, pour la suite ?
Laiezza.
Télécharger l'album
PS : Je crois savoir que nous habitons, désormais, non loin l'un de
l'autre. J'espère que vous aurez l'amabilité de me prévenir, si
toutefois vous deviez y donner un concert !
05 octobre 2009
"Spin City" - Bill Lawrence et Gary Goldberg * * *
"Spin City", c'est sans doute, avec "Sex and the City", la série qui m'a le plus fait rire de toute ma vie. A l'époque, c'était facile, il n'y avait pas autant de super séries qu'aujourd'hui, et puis le téléchargement, le streaming, tout cela n'existait pas, on regardait bêtement ce qui passait à la télé (souvent pas le meilleur). Mais en sortant des cartons (avec pas mal d'années de retard) la série qui ressuscita la carrière de Michael J. Fox, Canal + a vraiment rendu un fier service à ses abonnés, leur garantissant quelques samedis soirs radieux.
Si vous n'avez jamais entendu parler de ce programme, pourtant souvent rediffusé (je crois qu'il passe encore sur France 4, en ce moment), "Spin City" raconte l'histoire du cabinet du maire New York, et plus spécialement celle de son premier adjoint, Mike Flaherty, qui a bien du travail pour éponger, dans chaque nouvel épisode, la dernière gaffe en date de Monsieur Winston (l'invraisemblable - mais hilarant - Barry Bostwick). Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que Mike n'est pas aidé, son équipe se composant surtout de bras-cassés : Stuart, le troisième adjoint obsédé sexuel, Paul, l'attaché de presse demeuré, Nikki, la comptable fleur bleue, James, le gentil naïf écrivant les discours, et bien sûr Carter, embauché dans le premier épisode pour représenter les minorités au sein du cabinet (il est black ET gay). Au fil des épisodes, ce "noyau dur" sera rejoint par d'autres personnages (et même un chien suicidaire), tous plus loufoques les uns et que les autres.
Tout cela n'est pas très sérieux, vous dites-vous, et vous avez raison. A la différence de "Scrubs", série écrite, quelques années plus tard, par la même équipe, et qui parfois le cède à l'émotion, "Spin City" n'a pas d'autre ambition que d'être une comédie drôle, efficace et, de préférence, familiale. Elle remplit plus que très bien son rôle, (avec même, parfois, un zest de mauvais esprit), manque rarement son but, et ce jusqu'au bout (ce qui est rare, pour une série). Et, lorsqu'au bout de quatre saisons Michael J. Fox, gravement malade, est obligé de céder sa place à Charlie Sheen, la série, loin de s'enliser, trouve une seconde jeunesse grâce à la botte secrète des auteurs : l'auto-dérision. "Spin City" est une série qui se moque d'elle-même en permanence, et tourne ses propres acteurs en dérision. Ainsi, pendant quatre ans, Fox jouera de son image de zébulon monté sur piles. Plus tard, Heather Lockler se montrera sous un jour totalement inattendu, tout comme Denise Richards se moquera de son image de bimbo, ou Sheen de sa réputation de séducteur invétéré et fêtard de première (la même réputation qui lui valut, au début des années 90, une longue traversée du désert).
Bref, de l'énergie, de la bonne humeur, de vannes qui tuent, et des acteurs survoltés. C'est le cocktail d'un bon sitcom, et celui-ci est un des meilleurs. Essayez si vous ne me croyez pas, vous ne serez pas déçus !
24 septembre 2009
"Plage de Manaccora, 16h30" - Philippe Jaenada * * *
Tiens, mais que devient Philippe Jaenade, ex Aristochat (mais membre des Chats, à titre honorifique) de son état ?
Eh bien. Il lui en arrive, décidément, des vertes et des pas mûres. Figurez-vous que Philippe, alors qu'il essayait d'avoir une vie ordinaire, en partant en vacances en Italie, a totalement raté son coup, puisqu'il a failli mourir. Entre nous, une telle constance dans la catastrophe, cela force le respect. Philippe a beau se réclamer de Bukowski, il évoque quand même, de plus en plus, Gaston Lagaffe. Si l'on met bout à bout tous ses livres, il lui est quand même arrivé un nombre d'aventures effrayant (le nombre, mais les aventures sont assez effrayantes, également).
On pourrait ne pas rire, après tout le narrateur et sa famille sont en train de risquer leur vie, mais c'est mal connaître Philippe J., qui ne manque jamais de délivrer au passage une petite vanne, une remarque acide, ou une considération existentielle ne manquant pas de rappeler les célèbres : "Lois fondamentalement fondamentales régissant l'univers" (marque déposée). Néanmoins, l'ensemble reste assez tendu, et le texte, particulièrement dense. C'est sûrement le livre le plus complet que Jaenada ait signé à ce jour, à la fois un bonheur de lecture, et en même temps un texte fort, mélancolique et haletant (oui, tout cela à la fois).
En temps que lectrice fidèle, c'est un véritable plaisir, car si j'avais jusqu'alors toujours l'impression, dans ses romans, qu'il manquait un petit quelque chose, ce n'est pas du tout le cas dans "Plage de Manaccora, 16h30". Celui-ci me donne l'impression exactement contraire : que rien ne manque, et que rien n'est en trop (je pense aux nombreuses digressions, typiques de l'auteur). A ne surtout pas manquer !
A lire également, sur ce blog
15 septembre 2009
"Hours" - David Bowie *
Des fois, quand vous blogguez (je ne saurais jamais écrire ce mot), il se passe des choses étranges. J'étais partie pour écrire une chronique très positive de l'album Hours, qui m'a été attribué par un hasard nommé Xavier, dans le cadre du David Bowie Blog Tour. Moi, consciencieuse, je ressors l'album des cartons (je ne l'écoute pas tous les jours, vous non plus, je parie), je le passe un peu, histoire de m'en imprégner...Et là, c'est le drame, je m'ennuie comme pas permis, et m'aperçois que je ne le trouve pas terrible du tout. Comment est-ce possible ? J'aurais pourtant été prête à parier que Hours, c'était un très bon disque, et même un grand album méconnu. Tout ceci était-il un mirage ?
Hours est sorti en 1999, après deux grands disques, Outside, l'album préféré de tous les snobs, et Earthling, le véritable (et à mon avis seul) grand chef-d'œuvre de Bowie dans les années 90, un grand disque "pop" caché dans un costume drum'n'bass. Pour Outisde je blague, bien sûr, c'est un très bon disque, mais qui contient énormément de longueurs, ce que Bowie lui-même a reconnu quelques années plus tard. Tenez : on pourrait dire pareil d'Hours, en fait. Sauf que ce serait juste un bon disque. Et que les longueurs seraient surtout du remplissage.
En fait, Hours fait appel à un procédé que, dieu soit loué, le téléchargement a fini par éradiquer. La technique, très répandue dans les années 90, consistait à mettre le meilleur titre du disque (qui était aussi, souvent, le single) en plage un, de manière à ce qu'en découvrant l'album sur une borne d'écoute, on reste sur une bonne (ou excellente) impression. En l'occurence, un certain "Thursday's child", qui donne l'impression d'être un inédit caché par Bowie en 1971. N'importe quel amateur entendant cela, il achetait l'album (de toute façon, à cette époque, les amateurs de musique achetaient tous les albums des artistes qu'ils aimaient, souvent sans passer par la borne d'écoute, c'était le bon temps, enfin surtout pour les "dir' com'"). Après, le reste pouvait bien n'être que remplissage, du moment que l'album était acheté, c'était bon. Cela ne vous étonnera pas, si je vous dis qu'Hours s'est plutôt bien vendu.
Le problème, c'est que derrière "Thursday's child", il n'y a pas de quoi monter aux rideaux. "Something in the air" est mignon, "Survive" est un très bon morceau de Placebo (que j'aime bien, n'allez pas croire!). "If I'm dreaming my life", c'est un de ces morceaux un peu "lounge" ("très ennuyeux", en français) que Bowie s'entête à caser sur tous ses albums depuis Black Tie, White Noise, un truc pas désagréable, mais que personne n'aurait la folie d'écouter jusqu'au bout. "Seven", considéré comme la chanson la plus autobiographique de Bowie, est de loin la meilleure du lot, une petite pétite folk, façon Space Oddity (l'album, pas la chanson, qui n'est pas folk du tout). C'est le seul morceau de l'album qui aurait mérité de devenir un classique. Le reste est vraiment soporifique, informe, répétitif. Sans ligne directrice apparente, Bowie passe d'une pop assez classe (mais un peu artificielle), à un cyber-rock affecté (si "The Pretty things are going to hell" n'est pas une chute d'Earthling, c'est très bien imité), et, sur le final, à de la drum'n'bass psychédélique, genre évidemment très lourd et ennuyeux, qu'il semble cependant avoir inventé.
Comment ce disque a-t-il pu s'attirer autant de bonnes critiques ? Mystère et boule de gomme. D'autant que c'est sur cet album que le guitariste Reeves Gabrels, considéré par les critiques comme un gros loser, à juste titre, a composé le plus de titres (en fait, il les a tous cosignés). Aucun doute qu'en 1992, avant la "résurrection", cet album inutile aurait été un gros four, et Gabrels renvoyé à ses disques de hard FM.
A présent, à qui je le refile, le tag ? J'aimerais assez voir ce qu'Emma a à nous dire, sur Bowie ;)
12 septembre 2009
"La clé de l'abîme" - José Carlos Somoza * *
Après le décevant "La théorie des cordes", José Carlos Somoza est de retour, et il creuse plus que jamais le sillon SF, avec toujours l'art qu'on lui connaît depuis "Clara et la pénombre". Art qui tient en quelques "éléments clés" : SF + surnaturel + roman conceptuel.
Le concept de Somoza du moment, c'est celui de s'inspirer de l'univers de Lovecraft, dans le but de nourrir son propre univers. Je connais peu Lovecraft, j'ai juste lu "L'affaire Charles Dexter Ward", lorsque j'étais plus jeune. J'aurais du mal à dire si le pari est tenu, ou non. Et j'oserai même dire que, dans le fond, je m'en moque pas mal.
Car La clé de l'abîme est vraiment un très bon livre, finalement plus un thriller, qu'un roman fantastique ou de science-fiction, dans lequel on suit avec passion le cheminement de Daniel, individu ordinaire traversant un futur ravagé (j'ai pensé, avec une certaine surprise, à l'univers du manga "Akira", du moins était-ce ainsi représenté par mon imagination), détenteur d'un secret menaçant l'équilibre du monde, puisque remettant en cause la liturgie toute entière, sur laquelle repose ce monde. Alors que dans "La théorie des cordes" et même, dans une moindre mesure, dans tous les autres livres de Somoza, il y a beaucoup d'effets de manche, "La clé de l'abîme" à l'air très limpide, à côté. Peut-être est-ce dû au fait de s'attaquer à un mythe (Lovecraft), dont il se veut le "passeur" respectueux. En tout cas, "La clé de l'abîme" est sûrement le livre le plus dynamique de l'auteur espagnol, peut-être encore plus prenant que "Clara", auteur qui développe toujours, par ailleurs, ce style unique, simple et séduisant.
Bref, c'est un vrai plaisir de le retrouver en si bonne forme !
A lire également, sur ce blog :
Voir aussi l'avis de Laurence, sur le Biblioblog.
07 septembre 2009
"Supermodified" - Amon Tobin * * *
Ayant eu une discussion un peu houleuse avec G.T., considérons cet article comme ma tournée de réconciliation. Je le dis haut, je le dis fort : sans le grand, l'immense, le vénérable G.T., je serais totalement passée à côté de ce fabuleux album, qui, si cela continue ainsi (c'est parti pour), finira par devenir l'un de mes préférés.
Je n'en suis pas encore là, mais en tout cas, Supermodified, d'Amon Tobin, occupe déjà une place de choix dans ma discothèque. Ce qui, pour les cinq personnes qui me lisent régulièrement, constitue déjà, en tant que tel, un évènement. En effet, on ne peut pas vraiment dire que je sois une grande fan de musiques expérimentales, encore moins instrumentales. Le commentaire pourra sembler étrange, venant d'une mordue de jazz. Je m'explique : le rock instrumental, ou l'electro instrumentale, sont des registres qui m'ennuient profondément. Je déteste le côté démonstratif et vain du premier (sauf Karma To Burn, et encore, pas tout), tout comme je déteste le côté répétitif de l'electro (du moins d'une partie de l'electro).
Rien ne me prédestinait donc à tomber amoureuse de cet album. Sauf une chose, que je ne pouvais pas savoir, car personne ne me l'avait dit avant : Supermodified n'est pas un album d'electro, mais bien un album de jazz, déguisé en electro. Comme je connais mal le reste de la discographie d'Amon Tobin, je ne suis pas en mesure de déterminer s'il est partie d'une base de jazz pour construire de la drum'n'bass, ou bien s'il a fait le chemin inverse. Ce qui est certain, c'est que l'on retrouve sur Supermodified plus de groove que sur n'importe quel disque de jazz "contemporain".
D'ailleurs, de par la variété d'émotions et de registres qu'il aborde, Supermodified s'inscrit comme supérieur à énormément de disque parus ces dernières années. C'est à la fois contemplatif et dansant, approprié à une écoute attentive et intimiste, comme à un boucan de réveil matin (je n'avais jamais entendu des "ultra-basses" comme celles-ci, mes murs implorent désormais ma pitié). En plus, c'est très accessible, ce qui n'est pas le cas de tous les autres disques d'Amon Tobin (Foley Room, le dernier en date, m'a paru beaucoup plus ardu)...Et je peux vous dire que les disques de jazz (et de drum'n'bass, d'ailleurs, même si je connais moins bien) qui soient parfaitement compréhensibles par une néophyte, ne sont pas si courants.
Si vous voulez découvrir ce disque pas comme les autres, il est en écoute sur deezer.
